Le Cap de la Hague, contrée au bout du monde

La baie d’Écalgrain, splendide plage de sable et de galets avec un point de vue unique sur les îles Anglo-Normandes et le raz Blanchard. - © Tuul et Bruno Morandi / Détours en France

Publié le par Philippe Bourget

L'essentiel

Résumé par l’IA, validé par la Rédaction.

  • Le GR223 entre Cherbourg et Carteret révèle ses plus beaux atouts : plages sauvages, falaises, landes et hameaux chargés d’histoire, comme Gruchy, village natal du peintre Millet.
  • Trois jours de marche rythmés par des paysages contrastés : criques paisibles, caps battus par les vents, prairies verdoyantes dignes de l’Irlande et villages de granit au charme discret.
  • De la plage de Querqueville aux dunes de Biville, un itinéraire entre calme et tempête, entre patrimoine et nature brute, pour les amoureux de grands horizons.

Le GR223 court de Honfleur au Mont-Saint-Michel, fil d’Ariane côtier de la Basse-Normandie. Mais c’est entre Cherbourg et Carteret qu’il excelle. Depuis Querqueville exactement, il s’échappe à l’ouest dans un décor riant de plages qui ne laisse rien présager de la suite.

Le GR223 comme itinéraire 

La première étape mène à Omonville-la-Rogue. Près de 14 kilomètres à parcourir en un peu plus de quatre heures. La plage de Querqueville est agréable, celle d’Urville-Nacqueville, avec sable blond et grand estran, mérite une baignade. Mais passé l’hôtel le Landemer, le décor change. Place à la lande et à la côte rocheuse, fin de l’urbanisation. Un vallon s’échappe sur la gauche? Courez-y. Au bout, à Gruchy, hameau humide de terre et de mer, se tient la maison natale du peintre Jean-François Millet. Rappelez-vous, les tableaux de la France paysanne du XIXe, Des glaneuses, L’Angélus... c’est lui, et sa maison se visite. Le sentier littoral poursuit ses ondulations au gré des baies et des pointes, exposées nord- est, regardant les côtes anglaises et l’île de Wight. Doué du Moulin, baie de Quervière, pointe d’Etimbert... de creux en cap et de vert en gris sur ce sentier de lande, on parvient à Omonville-la-Rogue. L’entrée du village est marquée par les vestiges d’un ancien fort, situé sur la colline de Led-heu. Il daterait du XVIe siècle. Comme les contrebandiers et les douaniers qui l’empruntaient jadis, vous trouverez refuge dans cette ville portuaire aux solides maisons de granit. Certaines sont encore couvertes de pierres de schiste. 

Paysages de calme et tempête...

Deuxième jour, celui de l’avant « grand spectacle ». Long de 13,5 kilomètres, l’itinéraire conduit en trois heures et demie jusqu’à Auderville, ultime commune du cap de la Hague. La côte est encore abritée, avec un relief bas plus enroché mais très découpé. Elle est jalonnée de spots sauvages: la pointe de Jardeheu (ancien sémaphore); la pointe de Catehaut; la baie d’Ecuty... 

Entre eux, des intermèdes suaves, comme le calme avant la tempête. Des criques rocheuses. La courbure légère de la plage de l’anse Saint-Martin. Et Port-Racine, autoproclamé plus petit port de France. Avec sa quinzaine de barcasses au mouillage, attachées par de longues cordes à des poteaux en bois, il se donne des airs de calanque. Histoire de bien finir la journée, il faut quitter la côte et rejoindre Auderville, village des terres. Le bourg affiche de coquettes maisons aux jardins fleuris de boules d’hortensias parme.

Balade « allegrissimo »

Reste le grand jour. Au programme, 23 kilomètres d’Auderville à Biville. Sept heures de voyage allegrissimo. Pointes du Nez-Cabot, de la Loge, du Grouin... voilà le cap ultime, face au raz Blanchard, souvent en furie. Ils ne sont pas nombreux à l’affronter, mais on trouve ce genre de gaillards à la station SNSM de Goury, ultime havre à bateaux avant les outrances du large. Après ? C’est un voyage en Irlande ! Des prairies d’un vert claquant, des murets de pierre sèche, de la bruyère, des arbres pliés par le vent, des falaises amples. Flegmatiques dans leur enclos, des vaches semblent imperméables au spectacle. Il y en a souvent, pourtant, des tempêtes ravageuses. C’est soûlé de vent que l’on saute de la baie d’Écalgrain au nez de Voidries, de celui de Jobourg au château de Vauville. Voilà Biville et les dunes, fin de parcours. Et si l’on repartait en sens inverse?

Sources

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