Inscrivez-vous à la newsletter hebdomadaire
Reportages, photos, bons plans: partez à la découverte des régions françaises avec notre newsletter !
Votre email pour recevoir vos newsletters :
Les informations vous concernant sont destinées à l'envoi des newsletters afin de vous fournir ses services, des informations personnalisées et des conseils pratiques. Elles sont conservées pendant une durée de trois ans à compter du dernier contact. Ces informations pourront faire l’objet d’une prise de décision automatisée visant à évaluer vos préférences ou centres d’intérêts personnels. Conformément à la loi française « Informatique et Libertés » n°78-17 du 6 janvier 1978 modifiée et au Règlement Européen 2016/679, vous pouvez demander à accéder aux informations qui vous concernent, pour les faire rectifier, modifier, ou supprimer, pour vous opposer à leur traitement par mail à dpo@uni-medias.com ou par courrier à l'adresse suivante : Uni-médias, à l'attention du DPO, 22 rue Letellier - 75015 - Paris, ou pour demander leur portabilité, en écrivant par courrier à l'adresse suivante : Uni-médias, à l'attention du DPO, 22 rue Letellier - 75015 - Paris ou par mail à dpo@uni-medias.com. Vous pouvez également définir les conditions d'utilisation, de conservation et de communication de vos données à caractère personnel en cas de décès. Pour toute demande relative à vos données personnelles, vous pouvez contacter le délégué à la protection des données à l’adresse mail suivante : dpo@uni-medias.com, ou introduire une réclamation auprès de la Commission Nationale Informatique et Libertés.

Le val de Saire, la côte « sous le vent » de la presqu'île

Par Tuul Morandi
source : Détours en France n°223

Niché à l’embouchure de la Saire dans le nord-est du Cotentin, Saint-Vaast-La-Hougue a le vent en poupe. Élu « Village préféré des Français » en juin 2019, ce petit port de pêche a tout pour plaire : un riche patrimoine distingué par l’Unesco, un littoral aux eaux transparentes et une huître qui sublime les plateaux de fruits de mer. L’île de Tatihou, accessible à pied et en engin amphibie, ajoute un brin d’originalité. Plus au nord, dans son décor de carte postale, Barfleur est l’autre perle du val de Saire. 

det_Normandie649-saint-vaast-la-hougue.jpg

La grande jetée de Saint-Vaast-la-Hougue

Commençons par une balade à l’extrémité de la grande jetée, au sud du village, pour embrasser du regard l’ensemble d’une baie tanguant entre ciel et mer. L’île de Tatihou en face, la presqu’île de La Hougue au sud et la pointe de Saire au nord, entourent « la plus belle rade de France » – l’expression est de Vauban. En attendant l’ouverture de l’écluse, pêcheurs et plaisanciers s’affairent dans le port le plus accueillant, dit-on, du Cotentin. Abrité des forts vents d’ouest, « Saint- Va », comme le nomment les locaux, offre une dernière escale aux bateaux en partance vers les îles britanniques.

det_Normandie647_saint-vaast-la-hougue.jpg

Saint-Vaast-la-Hougue, vue aérienne

Aujourd’hui havre pour les plaisanciers, autrefois position hautement stratégique face à l’Angleterre, Saint- Vaast-La-Hougue est entré dans l’Histoire après un épisode tragique pour la flotte française. Au large de sa rade s’est jouée, en 1692, une bataille qui s’est soldée par l’incendie de 12 vaisseaux français et par le naufrage du Soleil Royal, un bâtiment de guerre de premier rang. Cette défaite face aux ennemis héréditaires, les Anglais, sera à l’origine de la construction de deux tours jumelles fortifiées par Vauban, l’une à La Hougue, l’autre à Tatihou ; ce qui permettait un tir croisé protégeant la rade de toute attaque extérieure.

La chapelles des marins

det_Normandie659_saint-vaast_chapelle_des_marins.jpg

La chapelle des marins à Saint-Vaast-la-Hougue

Quand on remonte la grande jetée, impossible de manquer la chapelle des Marins, sise face aux flots, à la pointe d’une avancée rocheuse. « Au Moyen Âge, c’est ici que battait le coeur du village. La chapelle, unique vestige de l’église paroissiale de Saint-Va construite au XIe siècle, est dorénavant un lieu de recueillement pour les familles des marins disparus et dépourvus de tombe, explique Annick Perrot, historienne et passionnée par sa ville. Saint-Va fut d’abord et avant tout un village de matelots et de marins pêcheurs. » Preuve en est, les nombreuses maisons de pêcheurs alignées dans le quartier historique à deux pas du port. Il suffit de flâner dans la rue des Paumiers ou l’impasse Triquet pour les découvrir.

La tour Vauban 

det_Normandie676_saint-vaast-la-hougue.jpg

Les fortifications de la Hougue édifiées par Vauban à Saint-Vaast-la-Hougue

Depuis la chapelle, le Sentier du littoral mène, en une dizaine de minutes, à la presqu’île de La Hougue. Une enceinte fortifiée et une douve protègent la tour Vauban, 20 mètres de haut et 16 mètres de large. À 3 kilomètres, sur l’île de Tatihou, sa soeur jumelle lui fait face. Depuis la terrasse, une vue à 360° embrasse le village, la rade, la mer et la colline de La Pernelle. Du côté de l’anse du Cul-de-Loup, les parcs ostréicoles tapissent la mer sur près de 30 hectares. Des hommes tournent les poches d’huîtres sur les tables alignées, tandis que des tracteurs chargent les coquilles prêtes à être commercialisées. « C’est le plus ancien bassin de la Manche. Des traces écrites prouvent l’existence de “parcs à conserver” des huîtres depuis le XVIe siècle. »

det_Normandie747_parc_huitres_saint-vaast-la-hougue.jpg

Parcs à huîtres de Saint-Vaast-la-Hougue

Les plus courageux parcourront les 7,5 kilomètres du sentier Vauban, balisé par l’office de tourisme. Nous, nous rentrons au port en empruntant la rue de Verrüe, principal axe commercial du village, où il est impossible de manquer la vitrine de la maison Gosselin, fondée en 1889. Pousser la porte de cette épicerie fine, c’est comme partir pour un voyage gastronomique au pays des produits du terroir, du café, du thé, de la confiserie, des liqueurs…

L’île de Tatihou 

det_Normandie716_tatihou.jpg

L'île de Tatihou et ses parcs à huîtres

Nous rejoignons le quai Vauban, direction la cale de marée basse. Il est temps, en effet, de larguer les amarres vers la perle des « perles du val de Saire », l’île de Tatihou. De là, nous embarquons pour une traversée d’une dizaine de minutes sur le Tatihou-II, un véhicule amphibie unique en son genre, qui flotte à marée haute et roule à marée basse. Autrefois, on menaçait les enfants désobéissants d’un : « Si tu n’es pas sage, tu iras à Tatihou ! »

det_Normandie705_tatihou_bateau.jpg

Engin amphibie pour aller sur l'île de Tatihou

De 1948 à 1984, ce tapis vert posé sur la mer à un kilomètre à vol d’oiseau de Saint-Vaast-La-Hougue, a abrité un centre de rééducation pour adolescents. Aujourd’hui, dans un bâtiment de l’ancien lazaret (qui servait à la mise en quarantaine des personnes débarquant de pays où sévissait une épidémie), un passionnant musée nous apprend que ce bout de terre de 28 hectares a, de tout temps, été peuplé. Dans son Histoire ancienne, l’île a puisé son nom. « “Tat” est un nom propre scandinave, certainement celui d’un chef Viking ; “Hou” signifie une terre entourée d’eau », nous explique Margaux Marie, guide au musée.

det_Normandie724_tatihou_.jpg

Tour de Benjamin de Combes, classée Patrimoine Mondial de l'UNESCO, sur l'île de Tatihou

L’Histoire moderne de Tatihou, elle, est représentée par la tour Vauban, les fortifications, ainsi que les blockhaus, qui s’élèvent au sud-est de l’île, retraçant deux siècles et demi de constructions militaires, de la bataille de la Hougue à la Seconde Guerre mondiale. De son côté, l’ancien lazaret évoque la peste de Marseille XVIIIe siècle. « Le lazaret fut construit en 1722, pour placer en quarantaine les marins débarquant à Saint-Va. Marchandises et équipages étaient tous soumis aux purifications par fumigation, pour éviter la propagation de la maladie. »

Un site ornithologique majeur

Derrière les épaisses murailles du lazaret, un jardin exhale le parfum de plantes venues d’ailleurs. À l’extérieur, de mars à novembre, un troupeau de 80 brebis pâturent paisiblement, limitant le développement excessif de la végétation. À leur départ, les bernaches cravants stationnent par centaines dans ces herbes rasées par les moutons, ce qui facilite leur alimentation. Tatihou est classée « Site ornithologique majeur », avec plus de 150 espèces d’oiseaux qui nichent, habitent ou passent l'hiver en toute tranquillité sur cette terre sauvage.

Barfleur, port ducal

det_Normandie774_barfleur_port.jpg

Le port de Barfleur

À une dizaine de kilomètres de Saint-Vaast-La-Hougue, Barfleur, ancien site stratégique des ducs de Normandie, a plus d’un atout dans son jeu. Labellisé « Plus Beau Village de France », c'était jusqu’au Moyen Âge le port le plus important de la région. Même si son aura est plus modeste, la cité continue de vivre au rythme des marées. Les Barfleurais ont l’habitude de venir s’installer devant la cale, le temps d’une pause méditative avec vue sur la mer. « C’est ici qu’a commencé l'épopée de Guillaume le Conquérant en Angleterre », commente Véronique Lacoste, de l’office de tourisme.

det_Normandie873_barfleur.jpg

Barfleur, vue aérienne, et le phare de Gatteville ou phare de Gatteville-Barfleur et le sémaphore situés à la pointe de Barfleur

À cet endroit même, la duchesse Mathilde avait fait construire le Mora, le navire qui a transporté son époux Guillaume vers Hastings, en 1066 : il y livra une fameuse bataille. « C’est un Barfleurais, Étienne, qui pilotait le navire », rappelle notre guide en montrant la plaque scellée en son honneur, sur un rocher de l’ancienne cale. « Guillaume, duc de Normandie, conquiert le royaume d’Angleterre la même année. Dès lors, Barfleur devient le port principal de Normandie. Richard Coeur de Lion, Jean sans Terre… Ils sont tous passés par ici, entre les XIe et XIIe siècles. » Depuis, la mer a gagné sur la terre, jusqu’à engloutir l’ancien port ducal et une partie du village ancien.

det_Normandie877_phare_gatteville_barfleur.jpg

le phare de Gatteville ou phare de Gatteville-Barfleur et le sémaphore situés à la pointe de Barfleur

Un charme authentique

det_Normandie820_0_barfleur_port.jpg

Port de Barfleur

Au bout du quai, l’église Saint-Nicolas, silhouette trapue, flanquée d’un clocher raccourci pour mieux résister aux vents, défie la mer, comme si elle voulait protéger le pays des intempéries. Barfleur s’apprécie en déambulant dans ses ruelles pittoresques. Depuis le parvis de l’église, la vue plonge dans la rue Saint-Nicolas, l’ancien quartier des pêcheurs, où de petites maisons de granit coiffées de schiste bleu s’alignent dans une belle harmonie. « Certaines possèdent des crochets à leur lucarne, qui servaient à étendre les filets », explique Véronique Lacoste. Par son charme authentique, les lieux attiraient artistes et écrivains en villégiature. Le peintre Paul Signac vécut au numéro 96, de 1932 à 1935. Auparavant, Jules Renard avait rédigé, dans la cité portuaire, son roman L’Écornifleur, paru en 1892. « La plage, la plage de sable fin… » écrivait-il, inspiré par celle de l’Église, à deux pas de chez lui. Il s’y installait pour contempler longuement la pointe de Barfleur avec, pour seule compagnie, le phare de Gatteville qui s'élève à 75 mètres.

Singulières faîtières

det_Normandie848_barfleur.jpg

Barfleur, labellisé Les Plus Beaux Villages de France

« Levez les yeux vers les toits des maisons, afin de comprendre une des originalités du village », nous invite Véronique Lacoste. Des épis de faîtage à dentelle métallique et en terre cuite vernissée rehaussent les demeures. « C’est la marque de fabrique locale. Cette tradition remonte à loin, on les voit sur les toitures anciennes du val de Saire, de même que sur l’église Saint-Nicolas. » C’est du bout de la jetée que le port présente son profil le plus photogénique : les couleurs des chalutiers jouent avec les reflets de l’eau. « Barfleur peut vite changer d’aspect. Quand il fait beau, c’est riant ; et quand il fait gris, le village plonge dans une certaine profondeur. » Barfleur, chacun peut y trouver son bonheur.

Tags 
mer