Que l’on y pénètre par le chenal des Bluiniers ou par les Pierres noires, c’est un monde féerique qui se dévoile. Un éden de langues de sable et de rochers, baignant dans des eaux d’une limpidité incroyable. Autour du fort Cigogne, sentinelle immobile, s’organise une mer intérieure. Comme à Chausey, on l’appelle la « Chambre ». On y trouve un herbier de zostères qui abrite une foule d’animaux marins et tout particulièrement des juvéniles, mais aussi des hippocampes, des seiches, des crevettes ou encore des orphies, avec leur long « bec »... Aux grandes marées de septembre, c’est le paradis de la pêche à pied. Si l’on n’y partage pas forcément ses bons coins, la convivialité est de mise et qui dit pêche dit forcément festin partagé avec les voisins...
Îles de Glénan : Tahiti en Bretagne
Durant la période estivale, les îles de Glénan vivent au rythme de la voile et de la plongée. Dès le milieu des années 1950, des plongeurs quimpérois ont installé leur camp de base dans la ferme de Saint-Nicolas pour partir à la découverte des fonds marins. Ce qu’il s’y passe est bouleversant ! On y perd tous ses repères. On s’y déplace lentement au milieu de forêts de laminaires, de chaos et falaises peuplés d’une flore et d’une faune aux couleurs surprenantes. Si la mode du fluo a depuis toujours envahi le monde sous-marin, les Glénan sont surtout connus pour être une oasis de la voile. Non pas que la navigation y soit plus facile qu’ailleurs, au contraire ! Elle concentre toutes les difficultés de la navigation à voile : courants, îlots, écueil à fleur d’eau... Et c’est pourquoi, dans le monde de la voile, « les Glénans », avec un « s », représentent le meilleur apprentissage de la mer. Ce qui, au départ, n’était qu’une faute d’orthographe dans le nom des îles est devenu une manière subtile de différencier l’archipel de l’école qu’elle accueille. L’établissement « Les Glénans », créé en 1947 par Hélène et Philippe Vianney, a donc rendu les Glénan célèbres. Après les années de guerre passées dans la Résistance, le fondateur cherche à transposer en bord de mer ce qu’il a expérimenté à la montagne : un centre de loisirs pour aider les jeunes déportés à reprendre goût à la vie. Dans ce coin de Bretagne, la recette est magique : l’environnement nautique permet de s’initier à la navigation ; l’hébergement rustique et la vie collective y insufflent un esprit inoubliable.
Dégustation royale
Surpeuplé l’été, ce bel archipel redevient hors saison un repaire de marins et de pêcheurs. Jadis propriété des célèbres restaurants parisiens de fruits de mer Prunier, son vivier est tenu par la famille Castric depuis 1968. Dans cette famille de pêcheurs, il y a d’abord eu Jean et sa femme Yvette, puis leurs enfants. Jean-Michel, l’aîné, a repris le flambeau paternel de la pêche avec Paul, son propre fils, et notamment celle, incontournable, du prince lapis-lazuli de ces eaux, le homard. Ses sœurs, Nelly, Isabelle et Véronique, tiennent, d’avril à septembre, l’un des plus étonnants « bistrots de haute mer » de l’Atlantique. Rien n’est plus savoureux que d’y déguster un « cardinal des mers » à la « mode des Glénan »... en y mettant les doigts ! C’est là, sans aucun doute, la plus authentique des manières de déguster ce royal crustacé.