La Creuse à vélo : une immersion dans la France buissonnière

Bourganeuf, ancienne capitale de l’ordre des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, séduit avec son trésor patrimonial : le prieuré hospitalier (appelé le château), la tour Zizim (XVe siècle) et l’église Saint-Jean-Baptiste (XIIe-XVe siècles). - © Philippe Roy / Détours en France

Publié le par Philippe Bourget

L'essentiel

Résumé par l’IA, validé par la Rédaction.

  • Boucle à vélo exigeante mais bucolique à travers la Creuse : paysages naturels, villages pittoresques, patrimoine rural et 4 647 m de dénivelé positif (vélo électrique recommandé).
  • Haltes culturelles et nature : vallée des Peintres, plateau de Millevaches, Aubusson et ses tapisseries, fontaines légendaires, cascades, lacs et thermes d’Évaux-les-Bains.
  • Un itinéraire entre art, eau et verdure, ponctué de sites remarquables et de gîtes "Accueil Vélo" pour se reposer et découvrir la Creuse autrement.

Une grande boucle champêtre. Voilà l’ADN de ce parcours qui révèle les atouts d’un département rural assis sur unpatrimoine très éclaté. Ici, la Creuse propose ce qu’elle a de meilleur : un chapelet de lieux naturels et culturels intimes, reliés par de petites routes peu fréquentées. L’aspect sportif est à prendre en compte : 4 647 mètres (presque le mont Blanc !) de dénivelé positif sont au programme. Aussi, le vélo à assistance électrique sera recommandé à tous ceux pour qui pente rime avec épouvante.

La vallée des peintres 

Crozant, bourg perché sur son promontoire dominant la Creuse, a été popularisé par George Sand dans les années 1830. Elleya fait venir de nombreux artistes, dont Claude Monet, qui ont reproduit les paysages lumineux et si particuliers de la « vallée des Peintres ».
Crozant, bourg perché sur son promontoire dominant la Creuse, a été popularisé par George Sand dans les années 1830. Elleya fait venir de nombreux artistes, dont Claude Monet, qui ont reproduit les paysages lumineux et si particuliers de la « vallée des Peintres ». © Jacques Sierpinski / Détours en France

L’itinéraire démarre au nord-ouest du département, à Crozant. Autant rentrer dans le vif du sujet ! C’est ici, au confluent de la Sédelle et des deux Creuse que Claude Monet, Armand Guillaumin et Francis Picabia ont posé leur chevalet, conquis par la candeur des cours d’eau glissant au pied de monts verdoyants. Rien n’est plus romantique que les tours rondes de Crozant dominant la rencontre entre la Creuse et la Sédelle. Jusqu’au lac de Vassivière, le parcours joue à saute-mouton sur les collines de l’ouest creusois. Surprise à La Souterraine, morne gare sur la route du sud mais étape enthousiasmante, avec son cœur médiéval fortifié et son église romano-gothique. Plus loin, Bénévent-l’Abbaye rappelle la présence des routes de Saint-Jacques-de-Compostelle. Ici passe la via Lemovicensis, l’un des quatre chemins classés au patrimoine mondial de l’Unesco. Dans cette Petite Cité de caractère, il fait bon poser son vélo au pied de l’abbatiale du XIIe siècle, typique de l’art roman limousin. À Châtelus-le-Marcheix, lesgorges du Thaurion promettent des tours de roues exquis dans une vallée encaissée, entre granit et landes sèches. Des sentiers de randonnée se faufilent dans ce corridor où vivent faucons, genettes et chats forestiers. Passé Bourganeuf, ancienne commanderie de l’ordre des Hospitaliers (tour Lastic, chapelles des Pénitents Blancs du Puy…), la route s’élève vers Saint-Pardoux-Morterolles et ses cascades d’Augerolles (arrêt fraîcheur impératif). Puis traverse Saint-Martin-Château et sa cascade des Jarrauds, avant de se hisser au lac de Vassivière, à 735 mètres d’altitude. La route monte mais n’ayez crainte. Le transport des bagages peut être assuré par des taxis et les gîtes labellisés Accueil Vélo requinquent les cyclistes fatigués, notamment avec leur cuisine généreuse.

Pôle touristique et sportif de la région, équipé sur ses 45 kilomètres de rivage de plages, d’une base nautique, d’hébergements, le lac artificiel de Vassivière, entouré de tourbières, landes et forêts, est le plus grand lac du Limousin (10 km2). Balades à cheval, randonnées pédestres ou avec un âne, VTT, pêche... nombre d’activités nature y sont proposées. En son centre, une île de 70 hectares abrite le Centre international d’art et du paysage de Vassivière dédié à l’art contemporain.
Pôle touristique et sportif de la région, équipé sur ses 45 kilomètres de rivage de plages, d’une base nautique, d’hébergements, le lac artificiel de Vassivière, entouré de tourbières, landes et forêts, est le plus grand lac du Limousin (10 km2). Balades à cheval, randonnées pédestres ou avec un âne, VTT, pêche... nombre d’activités nature y sont proposées. En son centre, une île de 70 hectares abrite le Centre international d’art et du paysage de Vassivière dédié à l’art contemporain. © Jacques Sierpinski / Détours en France

Vassivière est le poumon vert de laCreuse. Les 1000 hectares de ce lac de barrage sont enchâssés dans un décor de landes, de forêts et de tourbières que lesannées ont rendu presque naturel. Arrêt sur ses rives pour profiter des baignades, des sentiers, des activités nautiques et de la visite du Centre international d’art et du paysage, et son parcours de land art. Un circuit à vélo de 23 kilomètres a même été tracé en hommage à l’enfant du pays, le légendaire Raymond Poulidor.

Millevaches, hautes terres limousines 

De Vassivière à Felletin et Aubusson, l’itinéraire file à l’est en flirtant avec un territoire célèbre du Limousin : le plateau de Millevaches. Mieux vaut s’y trouver à la belle saison qu’en hiver! Ces hautes terres limousines à l’habitat clairsemé, hôte de prairies à vaches, de forêts et de landes, ont une réputation de glacière que le réchauffement climatique n’a pas réussi à entamer. À vélo, c’est une étape magnifique, avec routes vallonnées et horizons dégagés. La traversée livre les reliques attendues de la France rurale: vieux moulins, anciennes fermes (Domaine de Banizette), légendes (sentier de Pierres Fades…). Changement de décor à Felletin et Aubusson. Ces deux cités portent dans leurs gènes l’histoire de la tapisserie. Cet art creusois est inscrit depuis 2009 par l’Unesco sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. À Aubusson, on visitera la remarquable Cité internationale de la tapisserie avant de se faufiler dans les rues de la vieille ville, à la recherche des ateliers de tissage.

L’Atelier-musée des Cartons de Tapisserie d’Aubusson, installé dans une belle demeure du XVIIe siècle restaurée, en bord de Creuse, dévoile 500 ans d’histoire artistique à travers les « cartons », modèles originaux des chefs-d’œuvre d’Aubusson.
L’Atelier-musée des Cartons de Tapisserie d’Aubusson, installé dans une belle demeure du XVIIe siècle restaurée, en bord de Creuse, dévoile 500 ans d’histoire artistique à travers les « cartons », modèles originaux des chefs-d’œuvre d’Aubusson. © Jacques Sierpinski / Détours en France

Au pays des fontaines

Les fontaines de la Creuse sont ancrées dans la culture locale. Aiguières bienfaitrices ou guérisseuses, sources de cultes ou de légendes, elles maillent le paysage au long de l’itinéraire. Certaines faisaient jadis l’objet de processions. À Châtelus-le-Marcheix, le circuit du vallon des Six Fontaines dévoile un réseau hydraulique antique. À Mourioux-Vieilleville, les eaux de la fontaine Saint-Rémy (IIIe siècle) sont réputées pour guérir rhumatismes et convulsions. À Clugnat, un grand nombre de fontaines jalonnent le territoire communal. Amis cyclistes, vous ne mourrez pas de soif lors du tour de la Creuse !

Se requinquer à Évaux-les-Bains 

D’Aubusson à Chambon-sur-Voueize (46 kilomètres), au long d’un paysage doux de prairies, le thème principal est l’eau. Eau de l’étang de la Naute, site aménagé pour la baignade ou le kayak. Eau de l’étang des Landes, réserve naturelle nationale et refuge pour prèsde 600 espèces animales, dont 250 oiseaux. Une Maison de la Réserve accueille le public. Eau, encore, à Chambon, où l’on prendra un selfie à vélo sur le pont roman franchissant la Voueize. Eau, enfin, à Évaux-les-Bains, seule station thermale du Limousin où le centre Evahona remettra sur pied les cyclotouristes éreintés. Reste à mettre cap à l’ouest pour rejoindre Crozant, en quatre étapes. Soit 112 kilomètres au fil d’un relief accidenté marqué par cinq sites majeurs : l’église de Toulx-Sainte-Croix et les Pierres Jaumâtres (chaos rocheux aimé de George Sand) ; le château de Boussac; l’église fortifiée de Bonnat ; le village éperon de Bourg-d’Hem ; et celui de La Celle-Dunoise, accroché au-dessus de la Creuse, soit le retour dans la vallée des Peintres. La boucle est bouclée !

Tour de l'itinéraire 

La Bourgogne à vélo offre un réseau de 800 kilomètres de véloroutes et voies vertes reliées entre elles, le long de six itinéraires majeurs : le canal de Bourgogne (215 kilomètres d’Auxerre à Dijon), mais aussi le canal du Nivernais, le canal du Centre, la Voie des Vignes, la boucle de la Bourgogne du Sud et la Loire en Bourgogne. Suivant les cours d’eau ou sinuant au milieu des vignobles, les différents parcours sont abordables par les cyclistes de tous niveaux, y compris les enfants et sont ponctués de nombreux châteaux, églises et abbayes. On répertorie plus de cent hébergements Accueil Vélo (campings, hôtels, gîtes, chambres d’hôtes) situés à moins de 5 kilomètres de l’itinéraire.

 

Sources

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