Parc naturel régional du Haut-Languedoc, ligne de partage des eaux, forêts, vignes, ponts, tunnels… voilà les termesque les cyclistes souhaitant mettre le cap sur cet itinéraire doivent retenir. Car autant qu’une balade sportive stimulante à réaliser lors d’un beau week-end, cette voie verte de 76 kilomètres balisée du Tarn à l’Hérault est une invitation à (re)découvrir la géographie du Sud de la France, entre transitions climatique et culturelle.
Au nord de la montagne Noire
Le périple démarre à Mazamet. Avant de quitter cette ville à l’histoire jalonnée par l’industrie lainière, il faut en apprécier les belles demeures bourgeoises du XIXe siècle. Saint-Pons-de-Thomières, tout le parcours se déroule en voie verte. Depuis Mazamet, elle file plein est dans la vallée du Thoré,bordant au nord la montagne Noire et son point culminant, le fameux pic de Nore (1211 mètres). Il s’agit d’une journée de vélo sans réelle difficulté, sur l’ancienne voie ferrée, dans des paysages verts intenses – le territoire est réputé pluvieux ! Forêts de chênes et de frênes, pâturages et pelouses de montagnes jalonnent le parcours. Le tracé égrèneaussi des villages tranquilles et pas désagréables, comme le Midi tarnais sait en délivrer : Saint-Amans-Soult, Lacabarède, Labastide-Rouairoux… dévoilent leur habitat resserré et leurs toits de tuiles. Si vous, cher touriste, êtes à vélo, ici, on préfère le rugby, n’en déplaise à Laurent Jalabert, l’enfant du pays. N’hésitez pas à vous arrêter aux abords d’un stade de village si vousvoyez des joueurs, jeunes ou vétérans, s’entraîner. Ambiance sudiste et accent garantis.
Entre montagne Noire et Monts de Lacaune, Labastide-Rouairoux mérite un arrêt plus prolongé. Objet de curiosité: le Musée départemental du Textile. Installé dans une ancienne usine lainière du XIXe siècle, il témoigne du dynamisme passé de cette activité. Filature, tissage, teinture… le site replonge dans l’époque faste grâce à des démonstrations de machines. Arrive ensuite le lieu le plus symbolique de l’itinéraire : le tunnel du col de la Fenille. D’un coup, extinction des feux sur les paysages champêtres bocagers et changement de département, du Tarn à l’Hérault. Surtout, la galerie de près de 800 mètres de long saute la ligne departage des eaux entre océan Atlantique et Méditerranée. Cela s’appelle un seuil géographique et celui-ci fait quitter les terres humides océaniques pour la sécheresse des paysages méditerranéens – on exagère, mais la césure est quand même sensible. Passa Païs (Passe Pays), voilà donc pourquoi cette voie verte s’appelle ainsi! Reste à se laisser glisser jusqu’à Saint-Pons-de-Thomières, bourg déjà languedocien. Au passage, halte possible à la grotte de la Fileuse de verre (grotte de la Devèze). Seule grotte située sur le territoire du parc naturel régional du Haut-Languedoc, elle déploie une belle dentelle de concrétions minérales. On pourra compléter par la visite, à côté, de l’Espace de découverte du milieu souterrain.
Garrigues et vignes
À Saint-Pons-de-Thomières, la voie verte rejoint la vallée du Jaur. Soirée-étape dans cette commune aux multiples attraits. Lieu depassage entre Castres et Béziers, la cité a prospéré grâce à l’industrie textile (elle aussi!) et l’extraction du marbre. Elle abrite également le musée de la Préhistoire, avec des vestiges du Néolithique et l’histoire, à découvrir, des statues-menhirs – certaines sont proches de l’itinéraire, renseignez-vous dans les offices de tourisme.
La seconde étape compte 40 kilomètres. Jusqu’à Bédarieux, elle est en grande partie tracée le long du Jaur. Une étape à petit dénivelé à travers chênes verts, garrigue et vignes, dominée par les monts du Caroux et du Somail et marquée par la traversée du plus beau village du parcours : Olargues. Classé d’ailleurs comme tel, ce bourg de charme sehisse sur une butte rocheuse. Photo « carte postale » assurée à l’entrée du village, avec la tour-clocher perchée, les maisons groupées et l’esthétique pont du Diable du XIIe siècle, jeté en dos d’âne sur le Jaur.
Gorges héraultaises
Juste après, le franchissement d’un pont Eiffel ouvre un large panorama sur la nature sauvage de la vallée. Celle-ci accueille des affluents dont certains traversent de véritables canyons. C’est le cas de l’Héric, juste avant la vallée de l’Orb. Les plus déterminés feront le détour (3 heures à pied aller-retour). C’est aussi le cas des gorges de Colombières, qui s’enfoncent le long du ruisseau d’Arles, au pied de la montagne du Caroux. Bédarieux et son intéressant Espace d’art contemporain ne sont plus qu’à 16 kilomètres. Après Lamalou-les-Bains, c’est le terme de la Passa Païs, une virée fructueuse entre climat et paysages du sud.
Du train au vélo
Entre 1860 et 1880, des travaux colossaux aboutissent à la création de la ligne de chemin de fer entre Bédarieux et Castres. Il n’a pas été facile detriompher du relief contorsionné de ces vallées. Pour y parvenir, les ingénieurs ont fait appel aux dernières techniques. Ponts et viaducs en marbre et en acier, longs tunnels forés sous les montagnes… les ouvriers réalisent un chantier remarquable. Castres se trouve dès lors à moins de trois heures de train de Montpellier. La ligne de voyageurs sera exploitée jusqu’en 1972, le trafic marchandises, jusqu’en 1986. Elle est ensuite déclassée puis déferrée, mais les départements du Tarn et de l’Hérault lui ont trouvé une nouvelle vocation touristique.
L’itinéraire de la voie verte Passa Païs
La voie verte du Haut-Languedoc, nommée aussi Passa Païs, est un itinéraire de 76 kilomètres tracé entre Mazamet (Tarn) et Bédarieux(Hérault). Balisé dans les deux sens, le parcours emprunte une ancienne voie de chemin de fer reliant les deux villes. Il traverse plusieursponts et tunnels, offrant un côté insolite au parcours. Le revêtement, stabilisé, est principalement constitué de sable compacté. L’itinéraire s’étire le plus souvent à flanc de montagne, depuis les contreforts de la montagne Noire, située au sud, jusqu’aux ultimes pentes du massif du Caroux, au nord, peu avant le terme de cette voie verte. Il traverse de nombreux villages au charme typiquement languedocien. Arrivé à Bédarieux, une liaison balisée permet de rallierBéziers, par la Véloroute 84. Sur 43 kilomètres, elle quitte les paysages montagneux pour se fondre dans les grands terroirs viticoles héraultais. De petites routes de campagne mènent enfin à Béziers.