Vue aérienne sur le port et la ville de Saint-Martin- de-Ré, dont les fortifications ont été achevées par Vauban sous le règne de Louis XIV. Vue aérienne sur le port et la ville de Saint-Martin- de-Ré, dont les fortifications ont été achevées par Vauban sous le règne de Louis XIV. - © Philippe Roy / Détours en France

Ré, l'étoile de l'archipel charentais

Publié le par Marie Le Goaziou

L'essentiel

Résumé par l’IA, validé par la Rédaction.

  • L’île de Ré, avec ses 140 km de pistes cyclables et peu de dénivelé, se découvre idéalement à vélo. On traverse ses villages, marais, forêts et son isthme étroit du Martray, vestige de trois îles réunies depuis le Moyen Âge.
  • Saint-Martin-de-Ré, village fortifié par Vauban au XVIIe siècle, abrite une citadelle classée au patrimoine mondial de l’Unesco. Elle servit de bastion militaire, puis de point de départ vers les bagnes coloniaux.
  • Entre clochers-observatoires, ânes en culottes et réserve ornithologique du Fier d’Ars, l’île mêle patrimoine, traditions rurales et nature préservée.

Avec 140 kilomètres de pistes cyclables et peu de dénivelé, l’île de Ré se visite idéalement à vélo. On peut ainsi découvrir les villages et ports pittoresques, traverser forêts et marais et comprendre comment ce territoire si vulnérable a vécu depuis le Moyen Âge. Elle s’étire sur 25 kilomètres et offre la particularité de posséder un isthme, le Martray, étroit de quelques dizaines de mètres. Avant le Moyen Âge, l’île de Ré était composée de trois îles distinctes qui ont fini par se rejoindre. L’île n’est que peu habitée alors, mais la mise en valeur de ses terres et surtout l’exploitation des marais salants au cours de l’époque médiévale amène une large population à s’installer. Au milieu du Moyen Âge, des villages se créent un peu partout, autour de leurs églises paroissiales, et la vie rurale est déjà bien organisée. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, alors en plein « âge d’or », l’île de Ré compte près de 17000 habitants, à peine moins qu’actuellement ou hors saison, 18 000 habitants, que l’on multiplie par dix en pleine saison estivale...

Rivalités franco-anglaises

Construite en 1626 à la demande de Louis XIII, le fort La Prée est le plus ancien bâtiment militaire de l’île.
Construite en 1626 à la demande de Louis XIII, le fort La Prée est le plus ancien bâtiment militaire de l’île. © Hervé Ronné / Détours en France

Désormais grand rendez-vous touristique, l’île de Ré n’a pas toujours été aussi pacifique ! La guerre de Cent Ans entre l’Angleterre et la France, de 1337 à 1453, affecte Ré, ainsi que les autres îles du Pertuis breton. Elle est à cette époque constamment menacée. Si c’est aujourd’hui un joli port de plaisance et un haut lieu du tourisme, Saint-Martin-de-Ré avait historiquement un rôle défensif. Ses premières fortifications datent du règne de Louis XIII, en 1627, par l’ingénieur d’Argencourt qui imagine et dessine une première citadelle au sein de la ville et le fort de Prée situé sur la commune de La Flotte.

L'île, un chef-d’œuvre signé Vauban

L’entrée de la place forte, située sur la commune de La Flotte.
L’entrée de la place forte, située sur la commune de La Flotte. © Hervé Ronné / Détours en France

C’est avec la venue de Vauban que l’île de Ré se transforme en place forte primordiale pour la défense des ports de La Rochelle et Rochefort. En 1681 il entreprend de construire une citadelle et une enceinte fortifiée à Saint-Martin-de-Ré, sur sa côte Nord. Retranché derrière ses magnifiques fortifications, le village devait pouvoir accueillir toute la population de l’île lors d’une attaque. C’est une vaste enceinte fortifiée permettant d’héberger toute la population de l’île, soit quelque 17000 habitants, ainsi que le bétail, et de stocker vivres et fourrages en cas d’attaque ennemie. En arc de cercle côté terre, elle comporte bastions, demi-bastions à orillons, demi-lunes et contre-garde. Deux portes monumentales, la porte Toiras et la porte des Campani, ouvrent les remparts qui s’étendent sur 14 kilomètres avec un demi-cercle d’1,5 kilomètre de rayon. La citadelle ouvre sur la mer par un petit port fortifié. Ce chef-d’œuvre de l’architecture militaire du XVIIe siècle, superbement préservé, est reconnu comme un des sites majeurs de Vauban et inscrit à ce titre sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco.

Les portes du pénitencier

Bien que transformées sous la IIIe République, l’enceinte urbaine et la citadelle de Saint-Martin-de-Ré sont conservées intégralement. À partir de 1873, cette dernière devient une étape pour les condamnés au bagne en instance de départ pour la Nouvelle-Calédonie jusqu’en 1897, puis vers la Guyane jusqu’en 1938. La citadelle est aujourd’hui un centre pénitentiaire de plus de 400 détenus. La balade sur les remparts offre des vues remarquables sur le Pertuis breton et la côte vendéenne, et sur l’immense citadelle, qui bien sûr, ne se visite pas.

Des clochers pour observatoire

Le clocher terrasse de l’église Saint-Martin, en plein cœur de la ville, est aussi un lieu d’observation privilégié. Si l’église garde de son passé une silhouette très tourmentée, quelques éléments rappellent ses fortifications. Comme le clocher n’a pas survécu au bombardement de la flotte anglaise à la fin du XVIIe siècle, une tour néoclassique avec une terrasse panoramique a été reconstruite. Si l’ascension des 117 marches ne vous fait pas peur, les toits de Saint-Martin-de-Ré dévoilent toutes les richesses patrimoniales de la cité Vauban.
Autre tour d’observation exceptionnelle, dans le village d’Ars-en-Ré, tout au nord de l’île ; le clocher octogonal de l’église Saint-Étienne dresse sa flèche gothique culminant à 42 mètres. Peinte en blanc à la base et en noir à la pointe, elle se distingue de loin et sert toujours d’amer et guide les bateaux vers l’entrée de la baie du Fier d’Ars, et le chenal d’accès au port. Cette baie, plan d’eau de 800 hectares, est une véritable mer intérieure qui se découvre à marée basse, entourée de marais. Cet extraordinaire enchevêtrement de terre et de mer fait d’Ars-en-Ré un village de pierre et d’eau, inscrit sur la liste des « Plus Beaux Villages de France ».

Des ânes culottés

L’âne en culotte, c’est un peu la mascotte que l’on peut rencontrer au parc de la Barbette. Utilisé autrefois pour des tâches agricoles, le ramassage du varech sur les côtes, la récolte du sel ou le transport d’un village à l’autre, le baudet du Poitou faisait partie de la vie quotidienne. Si l’âne était ainsi culotté, ce n’était pas par coquetterie, mais par nécessité. Les marais salants étant le paradis des mouches et moustiques, il a donc fallu trouver une solution pour les protéger au mieux, et selon la légende, une femme d’Ars aurait pris une ancienne chemise de son mari pour en habiller son âne.

Escale ornithologique

La baie du Fier d’Ars donne sur le Pertuis breton, le bras de mer au nord-est entre l’île de Ré et le continent. Elle abrite la réserve naturelle de Lilleau des Niges, paradis pour des milliers d’oiseaux, venant d’Europe, d’Afrique et d’Amérique du Nord, qui y sont accueillis tout au long de l’année : échasse blanche, bernache cravant, avocette élégante, aigrette garzette. Cette baie est entourée de 1200 hectares de marais et vasières maritimes endigués, conquis sur la mer au cours des siècles, à grand renfort de digues. Les marais salants sont aussi nombreux. Sur l’estran du Fier, l’ostréiculture est largement implantée. Le niveau d’eau est régulé artificiellement à l’aide d’écluses permettant l’entrée de l’eau de mer jusque dans les zones les plus reculées des marais lors des marées hautes, grâce à des systèmes complexes de chenaux. à découvrir à pied ou à vélo, sur des kilomètres de pistes cyclables.

Une presqu’île à croquer

Situé sur la côte nord, au cœur des marais salants, Loix est le plus petit village et le plus petit port de l’île.
Situé sur la côte nord, au cœur des marais salants, Loix est le plus petit village et le plus petit port de l’île. © Hervé Ronné / Détours en France

Autre lieu exceptionnel, la presqu’île de Loix compte parmi les plus jolis endroits de Ré. Il suffit de passer le pont du Feneau pour découvrir ce qui est le plus petit village et le plus petit port de l’île. Ce fameux pont a été construit en 1808. Jusqu’alors, à marée haute, le village était entouré d’eau. Construit vers 1850, le port a connu son heure de gloire au début du XXe siècle grâce au commerce du sel. Sur la place du Port, on découvre l’ancien moulin à marée, édifié au Moyen Âge par les moines de l’abbaye de Saint-Michel-en-l’Herm, seigneurs des îlots d’Ars et de Loix. La passerelle en bois qui jouxte le moulin offre l’un des plus prestigieux panoramas de l’île.

Attention, alerte submersion ! 

Une menace pèse sur l’île de Ré. En effet, elle est très exposée aux risques de submersion marine du fait de sa très faible altimétrie : au maximum 20 mètres au-dessus du niveau de la mer ! Du XVIe au XXIe siècle, les submersions
ne sont pas rares. Sur l’île, on a recensé 55 « vimers » (vive mer), nom donné
à ces submersions, malgré les digues construites dès le Moyen Âge le long des côtes. Durant la seconde partie du XXe siècle, les tempêtes s’espaçant, les ouvrages ont été négligés. Mais la nuit du 27 ou 28 février 2010, la tempête Xynthia a rappelé à tous l’importance de ces ouvrages. Il a fallu reconstruire la digue du Boutillon, conçue pour protéger l’une des zones les plus fragiles de l’île, le Martray. Ce lieu-dit, dont le nom signifie littéralement « trait de≈mer », marque l’endroit où les deux parties de l’île, autrefois séparées, se sont soudées par le dépôt de séd

Reliée par un cordon ombilical

L’île est connue pour ses nombreux et authentiques marchés alimentaires. Ici, celui de La Flotte, dans son enceinte médiévale, est ouvert tous les jours, toute l’année.
L’île est connue pour ses nombreux et authentiques marchés alimentaires. Ici, celui de La Flotte, dans son enceinte médiévale, est ouvert tous les jours, toute l’année. © Hervé Ronné / Détours en France

Depuis 1988, un pont relie l’île au continent. Ce lien fixe et perpétuel avec La Rochelle a changé la vie des insulaires rétais, notamment avec l’apport d’un approvisionnement en eau et en électricité. Ayant perdu son rôle stratégique depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’île a changé de visage et est devenue un lieu de villégiature très prisé où la pression foncière n’est pas toujours compatible avec les productions agricoles qui perdurent. Entre la vigne et les délicieuses pommes de terre cultivées dans une terre sablonneuse enrichie aux algues, le goût des produits locaux contribue aussi à la réputation de l’île. Les marchés nocturnes organisés à la belle saison dans chaque commune sont parfaits pour goûter à cette manne de produits locaux. Après avoir protégé les côtes charentaises durant des siècles, Ré offre désormais à ses visiteurs douceur de vivre et sérénité à travers sa ceinture de plages, ses pistes cyclables et ses remarquables lumières

photographie aérienne de la côte : la plage de la Couarde-sur- Mer, les marais salants du Fiers d’Ars, la pointe des Baleines étendue sur 8 kilomètres, ainsi que la presqu’île des Porte-en-Ré et le Pertuis breton.
Photographie aérienne de la côte : la plage de la Couarde-sur-Mer, les marais salants du Fiers d’Ars, la pointe des Baleines étendue sur 8 kilomètres, ainsi que la presqu’île des Porte-en-Ré et le Pertuis breton. © Philippe Roy / Détours en France

Sources

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