Château de la Napoule
Amour, création et fantaisie
Entre Cannes et Théoule-sur-Mer, impossible de manquer le château de la Napoule, silhouette aux allures de forteresse dressée face à la baie de Cannes. Ses hauts remparts aux couleurs rouge et vert de l’Esterel tout proche étonnent par leur sévérité. Quant aux tours crénelées, elles trahissent son origine médiévale. Mais ce qui rend unique ce château, c’est son histoire singulière, celle écrite par un couple d’Américains, Henry et Marie Clews.
Construit au XIV e siècle par les comtes de Villeneuve, il servait à l’origine de fort militaire. Au fil des siècles, l’édifice subit de nombreuses destructions, notamment durant les guerres de Religion et sous le premier Empire, avant de tomber en ruine. Ce n’est qu’en 1918 qu’il entame une nouvelle vie grâce au sculpteur américain Henry Clews, ancien banquier de Wall Street, et à sa femme Marie, artiste et architecte.
Les Clews tombent sous le charme de ces vestiges et entreprennent une vaste restauration du site. Vingt ans de travaux pendant lesquels ils sculptent, peignent et façonnent chaquepièce, transformant le fort en demeure féerique. Si les tours, remparts et créneaux rappellent le passé guerrier de la forteresse, l’intérieur pointe l’extravagance de ses propriétaires. Leur quotidien était théâtralisé, avec domestiques en costume et animaux sauvages dans le jardin. Le couple avait également pour habitude de prendre ses repas dans une salle à manger agencée comme une église médiévale, avec voûtes et vitraux colorés. Henry Clews, grand admirateur de l’architecture gothique, a également conçu plusieurs sculptures ornant la demeure.
Excentrique jusqu’au bout, le couple s’est promis de se retrouver cent ans après la mort du dernier d’entre eux. Pour ce rendez-vous de l’au-delà, les amoureux ont fait construire une tour attenante au château, destinée à abriter au sous-sol leur sépulture. Les portes doivent y rester constamment ouvertes afin que leurs âmes puissent s’échapper le moment venu. Au sommet de la tour, une pièce serait destinée à ces retrouvailles. Sans escalier ni porte, elle n’est accessible qu’aux esprits, laissant planer le mystère pour l’éternité…
Villa Domergue
Casting de rêve
Un palais italien sur les hauteurs de Cannes ! Tel était le rêve de Jean-Gabriel Domergue quia construit sa villa Fiesole en 1934, en la baptisant du nom d’une demeure visitée dans le village de Fiesole en Toscane. Dans un décor végétal peuplé de cyprès, oliviers et pins parasols, les lignes épurées et symétriques de cet édifice Art déco dispose d’une vue imprenable sur la baie de Cannes.
Artiste prolifique du début du XXe siècle, Jean-Gabriel Domergue est principalement connu pour ses Parisiennes, portraits de femmes élégantes aux silhouettes allongées, à l’instar de sa muse Joséphine Baker. Moins connue est sa participation active à la renommée internationale du Festival de Cannes. Sa villa était un haut lieu de fêtes où se côtoyait l’élite artistique et culturelle de l’époque. Et lorsqu’en 1939 la ville veut organiser son premier festival, c’est tout naturellement à l’artiste que l’on confie la création de l’affiche. La Seconde Guerre mondiale ne permettra pas la tenue de l’événement. Sa veuve Odette léguera la propriété à la ville de Cannes avec une condition : continuer d’y accueillir des célébrités, scellant ainsi son destin glamour. Son vœu sera exaucé : Sharon Stone, Steven Spielberg, Robert De Niro, Francis Ford Coppola… les plus grandes stars du 7e art passeront par la villa et, durant près de vingt ans, le jury du Festival de Cannes s’y réunira pour délibérer et attribuer la Palme d’or.
Villa Kérylos
Voyage en Grèce antique
Dressée sur son promontoire rocheux face à la mer, elle aimante le regard au cœur du paysage grandiose de la baie grandiose de la baie des Fourmis, à Beaulieu-sur-Mer. Dans le palmarès des villas étonnantes de la Côte d’Azur, la villa Kérylos occupe une place particulière. Si la fortune de son propriétaire Théodore Reinach y est pour beaucoup, c’est surtout sa passion et sa parfaite connaissance de la Grèce antique qui lui permettront de créer un édifice aussi surprenant.
Dès 1902, avec l’aide de son ami architecte Emmanuel de Pontremoli, lui aussi féru de culture hellénique, il lance la reconstitution d’une villa de Délos du IIe siècle au pied des falaises d’Eze, un lieu qui lui rappelle les Phédriades, célèbres roches de Delphes. La demeure fut construite en quatre ans, après que les deux hommes ont effectué un travail de recherche considérable afin de reproduire fidèlement le style, les décors et l’organisation d’une villa noble de l’Antiquité, tout en intégrant des commodités contemporaines comme l’électricité ou le chauffage. « C’est une vie antique avec le confort moderne de la Belle Époque. Et la modernité ne se limite pas aux commodités. Sous l’évidente ressemblance avec un palais hellénistique, l’œil d’un connaisseur peut vite déceler les références à l’Art nouveau, courant artistique à la mode à l’époque », explique Antide Vian, l’administrateur des Monuments nationaux qui gère la villa.
Esthète érudit, Théodore Reinach a ainsi réalisé son idéal « hellénistique ». Un rêve évalué à 9 millions d’or, l’équivalent de 35 millions d’euros actuels. Mais les rêves n’ont pas de prix…
Villa E-1027
Architecture design et bord de mer
Roquebrune-Cap-Martin, suspendue face à la Grande Bleue, une forme élégante et minimaliste se devine entre les pins parasols. Sortie de l’imagination avant-gardiste de la designer irlandaise Eileen Gray, la villa E-1027 représente l’une des œuvres architecturales les plus emblématiques du XXe siècle. Sans portail grandiose ni allée imposante, la maison se veut discrète et semble se fondre dans la nature. « Elle devait être une résidence d’été ouverte sur la mer », raconte Elisabetta Gaspard, chargée d’action culturelle sur le site de Cap Moderne.
Construite entre 1926 et 1929, la villa doit son nom au « e » de Eileen, le 10 désignant le « j » – la dixième lettre de l’alphabet –, soit la première lettre du prénom de son compagnon Jean (Badovici), les chiffres 2 et 7 symbolisant, eux, les lettres « b » et « g », initiales de leurs noms respectifs. Car la maison est née d’une collaboration intime entre Eileen Gray et l’architecte roumain Jean Badovici. À une époque où les femmes architectes restent rares, Gray révolutionne l’habitat. Rejet du superflu, préférence accordée à l’espace, la lumière, la fonctionnalité… en entrant dans la villa E-1027, la sensation d’ouverture est immédiate.
De larges baies vitrées invitent la lumière naturelle à inonder l’espace et offrent une vue panoramique sur la mer comme toile de fond hypnotique. Le mobilier intégré est l’autre signature forte de la designer avec notamment le fauteuil Bibendum et la table E-1027,pièces devenues iconiques. L’histoire de cette villa est également liée à l’architecte Le Corbusier. Invité par son ami Jean Badovici, il y séjourna fréquemment et, à la demande de ce dernier, y a peint des fresques murales polychromes rompant brutalement avec le style épuré et sobre de la villa. Une « défiguration » quia longtemps contrarié Eileen Gray. Malgré la controverse, les fresques font partie de la villa depuis 1939, année de leur réalisation.
Le cabanon
Le minimalisme façon Le Corbusier
Séduit par la région, Le Corbusier vient souvent à Roquebrune-Cap-Martin avec son épouse Yvonne, et se lie d’amitié avec Thomas Rebutato, « un chic type » qui tient l’Étoile de Mer, situé non loin de la villa E-1027. Comme pour la villa, il y décore les murs. C’est là que Le Corbusier esquisse, sur une serviette de table, le plan d’un cabanon destiné à être rattaché à cette cantine. Il s’agissait au départ d’une solution temporaire pour sa femme Yvonne qui avait des difficultés à marcher jusqu’à leur villa de location, perchée sur les hauteurs. Mais cette structure minimaliste de 3,66 x 3,66 mètres deviendra rapidement son havre de paix personnel. « Ce cabanon est l’aboutissement de sa réflexion sur le minimalisme et le bien-être dans un espace réduit », précise Elisabetta Gaspard, guide-conférencière.
Malgré une surface restreinte, l’intérieur est pensé de manière à répondre à tous les besoins essentiels de la vie quotidienne : une table pliante, un lit, des rangements, et même un lavabo y sont intégrés tout en permettant une circulation fluide. « La conception du Cabanon suit les principes du Modulor, un système de proportion basé sur le nombre d’or et la taille moyenne d’un homme évaluée à 1,83 mètre », poursuit-elle. En 1965, Le Corbusier meurt à 77 ans d’un malaise cardiaque au cours de sa séance quotidienne de natation au pied de son Cabanon.
Les unités de camping, des « tiny houses » avant l'heure
Le Corbusier appliquait son concept architectural le Modulor à de nombreux projets. Les Unités de camping construites à proximité du Cabanon l’illustrent bien. Conçues comme des cellules d’habitation pour les clients de l’Étoile de Mer, les cinq Unités offrent chacune une superficie de 18 mètres carrés, suffisante pour loger l’essentiel: deux lits, un rangement pour les valises, une penderie et un lavabo, le toutpensé pour maximiser l’ergonomie. L’agencement spartiate mais réfléchi donne aux lieux un aspect fonctionnel. En conjuguant l’architecture moderniste avec les plaisirs du camping en pleine nature, Le Corbusier a légué ici sa philosophie de l’habitat, sa vision du rapport entre l’homme et la nature. Les Unités de camping apparaissent comme les prémices aux réflexions actuelles sur les « tiny houses ».