Avez-vous vu le film Antoinette dans les Cévennes ? Sinon, courrez-vous voir ce bijou d’humanité tourné sur le chemin Stevenson. Vous saurez tout sur l’ambiance de l’itinéraire qui mixe paysages grandioses, relation héroïque homme-animal et rencontres conviviales. L’écrivain écossais Robert Louis Stevenson expérimenta le trajet en 1878 et en tira un récit culte. Il incite chaque année des milliers de randonneurs à effectuer le parcours et de nombreux prestataires assurent la location d’ânes pour partir sur ses traces. Parmi ceux labellisés, Le Mas des Ânes (basé en Ardèche) propose des animaux parfaitement soignés qui s’avèrent d’agréables compagnons de voyage. Après les recommandations d’usage (com-ment bâter, poser le licol, nettoyer les sabots…), nous quittons Le Bley-mard, en Lozère, en complète autonomie (nourriture et affaires pour la nuit), direction Le Pont-de-Montvert. Cinq kilomètres séparent Le Bleymard de la station de ski du Mont-Lozère, pendant lesquels on apprend à mieux se connaître, en surveillant du coin de l’œil le comportement de l’âne. Le livre de Stevenson contient maintes situations dévoilant les relations orageuses ou apaisées qu’il entretient avec le sien, Modestine. Le nôtre est bien dressé et semble connaître le parcours par cœur.
Stevenson, l’amoureux contrit
En 1878, l’écrivain écossais a marché douze jours avec un âne entre la Haute-Loire et le Gard. Il fit un récit initiatique de cette plongée au cœur de la France rurale du XIXe siècle. En plein chagrin amoureux, il décide de partir pour se changer les idées. Sa description des mœurs et des paysages de l’époque, autant que ses aventures avec son âne Modestine, ont conservé une valeur de témoignage. Bien lui en prit de réaliser cette itinérance: en 1879, il épousera celle qui, finalement divorcée, ne pouvait accepter ses avances trois ans plus tôt.
Les Cévennes des Cévennes
C’est ainsi que nous entamons la montée vers le Finiels, l’un des sommets du mont Lozère. « Ici sont les Cévennes par excellence: les Cévennes des Cévennes », écrivit Stevenson. Nous grimpons avec l’âne tenu en longe, entre herbes rases et bruyères. Tous les 50 m, le chemin est bordé de montjoies, des bornes de pierre qui permettent de ne pas s’égarer en cas de brouillard. La pente s’adoucit au moment où nous approchons la crête. S’ouvre alors un paysage à 360° sur les monts Gerbier de Jonc (source de la Loire), Mézenc, Aigoual… Par très beau temps, on aperçoit le Plomb du Cantal. Aux pieds, ce sont les vallées boisées cévenoles, témoins tragiques de la guerre des protestants camisards au début du XVIIIe siècle. C’est d’ailleurs leur capitale qu’il faut rejoindre pour l’étape du soir. Pont-de-Montvert se rouve en bas, au bord du Tarn. Là, en 1702, les protestants tuèrent un prêtre, déclenchant une répression féroce des soldats du roi.
De forêts en plateaux rocailleux
Après une descente de 5 km, nous trouvons refuge à l’hôtel-restaurant l’Auberge des Cévennes, de l’autre côté du Tarn. Enclos fermé, fourrage, eau… tout est prévu pour l’âne. Nous le retrouvons le lendemain, aussi reposé que nous. Brossage du poil, nettoyage des sabots, pose du licol, installation du bât… chaque matin, il réclame sa part de travail. C’est indispensable pour sa santé et pour éviter les petites blessures et les humeurs inflexibles… L’étape du jour mène à Florac, agréable cité lozérienne. L’itinéraire remonte dans les versants puis rejoint le Signal du Bougès. Ça grimpe sec dès le matin et l’âne avance mieux que ses maîtres ! De forêts en plateaux rocailleux, le chemin livre des paysages champêtres au goût d’ancien. Mais voilà qu’après le col du Sapet (1080 m), la vallée du Tarn se profile à nouveau. Dégringolade vers le village de Bédouès-Cocurès avant de rallier Florac, où le plus dur sera de restituer l’âne à son propriétaire…
Carte IGN indispensable: Carte IGN Top25 n°2739OT Mont-Lozère/Florac/ PN des Cévennes. Le chemin de Stevenson correspond au GR®70.