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Les Milandes, le château « arc-en-ciel »

Par Hugues Dérouard
source : Détours en France N°224

« J’ai deux amours, mon pays et Paris », chantait Joséphine Baker en 1930. Si elle avait interprété cette chanson quelques années plus tard, elle y aurait sans doute ajouté les Milandes. L’Américaine, reine du music-hall français, transforma cette demeure Renaissance périgourdine en « capitale de la fraternité universelle ». Rien de moins.

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Le château des Milandes, dans le Périgord

L’aventure des Milandes commence en 1937. L'Américaine Joséphine Baker est devenue célèbre en France, douze ans plus tôt, grâce à la Revue nègre. Lors d'un séjour dans le Périgord, elle découvre un château construit à la fin du XVesiècle pour Claude de Cardaillac, l’épouse du seigneur de Castelnaud qui ne supportait plus l’austérité de sa forteresse féodale. Élégantes tourelles, larges fenêtres à meneaux laissant pénétrer la lumière... L’artiste a un coup de foudre pour cette silhouette Renaissance dominant, depuis sa colline, la vallée de la Dordogne. Elle loue les lieux et, durant la guerre, y abrite même clandestinement des résistants.

Le premier complexe touristique de la Dordogne

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Le château des Milandes, dans le Périgord

Dix ans plus tard, en 1947, elle achète les Milandes, en même temps qu'elle épouse le chef d’orchestre Jo Bouillon. Leur mariage est célébré dans la chapelle du château. Les douze enfants qu’elle a adoptés, de nationalités, cultures et religions différentes – sa tribu « arc-en-ciel » comme elle l’appelle – grandissent là, dans l’harmonie. Mieux, la star, qui milite contre la ségrégation raciale aux États-Unis, souhaite faire de son domaine un « village du monde ». Le premier complexe touristique de la Dordogne, baptisé « capitale de la fraternité universelle », voit le jour le 4 septembre 1949. Un vaste ensemble, ultramoderne pour l’époque, est créé avec ferme, hôtel de luxe, restaurants, parc de loisirs, minigolf, piscine, théâtre... Il attire les familles, venues de toute l’Aquitaine pour y passer ne serait-ce qu'une journée. « Pendant que les parents se détendent en buvant un verre ou devant un spectacle, les enfants sont confiés à des nurses et disposent d’aires de jeux », explique Angélique de Labarre de Saint- Exupéry, responsable actuelle du site.

Son village utopique 

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Vue aérienne du château des Milandes, dans le Périgord

Dans la chanson Mon village, Joséphine Baker résume son utopie périgourdine : « Si mon village pouvait servir un jour de témoignage et symbole d’amour / Si tous les gens, d’ici, de là, si tous les peuples ici-bas / sans s’occuper de leur couleur n’avaient qu’un cœur / Tous les villages alors seraient heureux / (...) Et peu à peu, le monde entier serait meilleur. » Jean-Claude, adopté par le couple Bouillon-Baker, vécut seize années aux Milandes. Il se souvient: « C’était idyllique de grandir dans ce lieu, avec ces valeurs de tolérance, d’antiracisme. Elle envisageait même d’y bâtir “un collège de la fraternité universelle“, qui aurait accueilli des enfants boursiers du monde. Hélas, elle n’en aura pas eu le temps. La chute fut vraiment terrible... »

Le rêve brisé

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Façade du château des Milandes, dans le Périgord noir

L’histoire se termine mal, en effet. Car Joséphine Baker dépense tant pour son domaine et l’aménagement de son château – exigeant de la pâte de verre de Murano avec incrustations d’or pour sa salle de bains – qu’elle finit ruinée. « Elle avait plus de 100 employés ! Elle a été victime de la malhonnêteté d’artisans, qui devaient la juger, à raison, légère et naïve... On raconte que certains d’entre eux arrivaient à vélo le matin, et repartaient en voiture le soir... », détaille Angélique de Saint-Exupéry. L’artiste est jetée hors de chez elle par ses créanciers. Dans les journaux, les photos la montrent, résistant à l’expropriation en robe de chambre, sur les marches du château. Brigitte Bardot, Fidel Castro ou Charles De Gaulle tenteront, tour à tour, de l’aider. En vain. Expulsée manu militari en 1969, elle s’installe à Roquebrune, sur la Côte d’Azur, soutenue par la princesse Grace de Monaco. Loin de son utopique village « arc-en-ciel ».