« Saint-Malo, départ pour Redon, voie n° 2 ! » Ainsi pourrait parler le chef de gare de Saint-Malo, annonçant un départ imminent de TER. Sauf qu’il s’agit de vélo, précisément de la « voie verte 2 Bretagne » reliant ces deux cités en passant par Rennes. Sur ce parcours de près de 200 kilomètres, on ne parle pas d’abers, de côte rocheuse, encore moins de ports et de pêche. Hormis Saint-Malo, ville-départ du périple (et quel départ !), la véloroute suit la Bretagne intérieure des rivières et des canaux. Demain, l’itinéraire reliera la Manche à l’Atlantique, par sa prolongation de Redon jusqu’à Arzal, à l’embouchure de la Vilaine. En attendant, les touristes peuvent enfourcher leur vélo pour un voyage de cinq jours sans difficulté majeure, une odyssée fleurant bon la campagne et les étapes patrimoniales.
Plein sud, la voie verte chemine de Dinard à Dinan
Saint-Malo n’est en réalité qu’un faux départ. On prendra toutefois le temps de s’égarer dans la cité corsaire, histoire de profiter des rues austères et des remparts. De cheminer sur le Sillon, aussi, réceptacle des tempêtes venues du nord qui déversent sur cette promenade des paquets de mer contre lesquels ni vélos ni piétons ne peuvent rivaliser. À observer de loin, de préférence... Faux départ, disions-nous, car à la belle saison, une navette maritime (le « bus de mer ») traverse l’estuaire de la Rance et conduit à Dinard, véritable origine de la V2. Au milieu des villas cossues, posez votre vélo et découvrez la promenade du Clair-de-Lune, la pointe du Moulinet, la grande plage de l’Écluse... Plein sud, la voie verte vous emmène ensuite vers Dinan, ville de Du Guesclin, véritable bijou médiéval. Après une heure et 20 kilomètres d’un paysage agricole, l’itinéraire rejoint la Rance à Taden. Quel bonheur de pédaler alors sur la rive gauche en remontant le fleuve côtier. Des maisons de quai en granit et des bateaux de plaisance signent l’arrivée au port de Dinan. On vous épargne la raide montée pavée du Jerzual mais, vélo en main, il est indispensable de découvrir les ruelles moyenâgeuses et les maisons à pans de bois du Vieux Dinan. Vous avez bien mérité une galette au restaurant Le Connétable. Jusqu’à Évran, la V2 chemine sur le chemin de halage entre Rance et canal d’Ille-et-Rance. Arrêt obligatoire à Léhon avant de poursuivre l’équipée bucolique le long de cette voie d’eau ombragée, jalonnée d’écluses. Jadis, on y transportait pierres, charbon, bois, produits agricoles... jusqu’à Rennes. De nos jours, la plaisance a pris le relais.
Léhon, au nom du Saint Magloire
Après avoir visité Dinan, le voyageur peut s’estimer rassasié. À 2 kilomètres de la ville, il est pourtant un autre lieu à découvrir : Léhon. Lové dans un méandre de la Rance, ce village élevé au rang de Petite Cité de caractère doit sa réputation à son abbaye et à sa forteresse. La première, fondée en 850, fut protégée au XIIe siècle par les seigneurs de Dinan par l’édification de la seconde. Rayonnant grâce aux reliques de Saint-Magloire, le monastère bénédictin enrichit la ville, tout comme le commerce de marchandises sur la Rance. De nos jours, les vestiges du château dominent la splendide abbaye et quelques ruelles bordées de maisons anciennes. Un écrin au bord de l’eau.
Les seconde et troisième étapes, d’Évran à Montreuil-sur-Ille puis à Rennes, s’effectuent quasiment à 100 % en site propre. Le parcours quitte définitivement la Rance pour se focaliser sur le canal. Adieu voitures et trafic, bienvenue à la balade « Cyclo cool » à partager en famille ! Deux temps forts sont au menu de la deuxième journée : le bourg de Tinténiac et le site des onze écluses d’Hédé. Halte au premier pour visiter le Musée de l’outil et des métiers. Aménagé en bord de canal dans des bâtiments en bois du XIXe siècle ayant appartenu à d’anciens négociants en grains, il brosse le portrait des artisans qui ont façonné le décor de ces campagnes bretonnes. Les onze écluses d’Hédé-Bazouges évoquent, elles, celles de Fonseranes, sur le canal du Midi. Sur 2 kilomètres, elles permettent de rattraper un dénivelé de 27 mètres et offrent une perspective inédite d’escalier d’eau. Une pause à la Maison du Canal éclaire sur les usages techniques et commerciaux passés de la voie d’eau.
L’itinéraire Vélouroute V2
La Voie 2 de Saint-Malo/Dinard à Redon, en Ille-et-Vilaine, suit la Bretagne intérieure des canaux et des rivières sur 200 kilomètres. D’abord tracé près de la Rance, puis le long du canal d’Ille-et-Rance et enfin de la Vilaine, au-delà de Rennes, le parcours au très faible dénivelé est accessible à toute la famille. Il est scindé en cinq étapes, avec une moyenne de 40 kilomètres par étape, facilement réalisables en une journée. En plus de proposer une itinérance douce et campagnarde en dehors de tout trafic automobile (à de rares exceptions près), la véloroute f traverse aussi quatre villes bretonnes d’Art et d’Histoire: Saint-Malo, Dinan, Rennes et Redon. Une trentaine d’hébergements (campings, hôtels, gîtes, chambres d’hôtes...) estampillés Accueil Vélo se situent à moins de 5 kilomètres de l’itinéraire et garantissent des services adaptés aux cyclistes, tel un local fermé pour remiser les vélos. Au-delà de Redon, la V2 est en cours d’aménagement pour rejoindre Arzal et la côte Atlantique, à l’embouchure de la Vilaine.
Tant à voir à Rennes...
L’étape 3 reconnecte avec le « grand monde». Après Montreuil-sur-Ille, 32 kilomètres de voie toujours verte le long du canal mènent à Rennes. Quelques péniches d’habitat permanent signent l’arrivée en ville, via la commune de Saint-Grégoire. Il n’y a pas de site majeur sur cette portion, juste le plaisir de rouler sur le chemin de halage où le nombre de pêcheurs et de joggeurs augmente à mesure qu’approche la métropole. Au final, une piste cyclable permet de rejoindre le centre-ville. Il y a tant à voir à Rennes... Les « clients » de la V2 pourront décider d’y rester un ou deux jours de plus, d’autant que la Métropole dispose de près de 600 kilomètres d’itinéraires cyclables. Immanquables à Rennes sont la visite du centre historique (basilique Saint-Sauveur, maisons à pans de bois, place des Lices, Parlement de Bretagne...), du parc du Thabor, du Musée des Beaux-Arts et du pôle culturel Les Champs Libres. La descente vers Redon s’effectue désormais le long de la Vilaine. Venu d’au-delà de Vitré, le fleuve signe une sorte de frontière nord-sud de la Bretagne, n’en déplaise à des villes situées du « mauvais côté », comme Châteaubriant.
Montmarin, châtelains rive gauche
Accordez-vous un écart au début de l’itinéraire pour visiter une malouinière. À Pleurtuit, à 4 kilomètres de la véloroute, le château du Montmarin (XVIIIe siècle) est à peu près la seule de ces résidences de riches armateurs de Saint-Malo à avoir été bâtie rive gauche du fleuve – la plupart sont situées rive droite, ou en direction de Cancale. Cette anomalie s’expliquerait par le besoin du bâtisseur d’alors, Aaron Magon, de mettre sa belle-mère à distance... Toujours est-il que de cette inimitié est né un site splendide. Le public visite le parc de 6 hectares, en terrasses au-dessus de la Rance. En automne, les parterres fleuris de cyclamens de Naples, d’un violet éclatant, sont magnifiques.
Bois de rivage et prairies bocagères
Sitôt franchie la rocade de Rennes, la nature reprend ses droits. Voici les étangs d’Apigné, dont une partie est organisée en plages et en pelouses. Moulins, écluses et petits villages scandent le parcours jusqu’à Guipry-Messac, au bord d’une Vilaine plus large, s’écoulant entre des versants boisés. Avec son pont à arches et son auberge, Pont-Réan constitue une halte fluviale agréable. De même que le site du Boël (moulin-digue), 2 kilomètres en aval, et ses deux restaurants de rive (Le Marin’Boël et la crêperie du Moulin). Il reste alors 28 kilomètres entre bois de rivage et prairies bocagères pour rejoindre, après quelques courbes, Guipry-Messac et son ancienne minoterie, dernier témoin d’un commerce fluvial évanoui. L’ultime étape, de 41 kilomètres, conduit à Redon. Elle emprunte à nouveau l’ancien chemin de halage, certitude d’une absence quasi totale de dénivelé. Plusieurs haltes nautiques promettent des pauses reposantes. Surtout, ne pas manquer le passage des Corbinières, une traversée boisée magnifique et escarpée le long d’un grand méandre. Ouvrez l’œil, la faune est possiblement au rendez-vous ! Redon est symbolique de la V2. Placée au carrefour de plusieurs voies navigables, elle symbolise la frontière entre Ille-et-Vilaine, Morbihan et Loire-Atlantique. Depuis le port de plaisance, vous irez flâner le long des anciennes maisons d’armateurs et des entrepôts à sel. Vous voilà arrivés à quai !