Le cours de la Loire est à la fois trop calme pour intéresser les passionnés de l’eau vive et trop fantasque pour accepter les péniches, y compris les pénichettes de plaisance. Là où en hiver sourdent de lourds rouleaux d’eau boueuse, on trouve en été de minces filets cristallins, filtrés par des bancs de sable à perte de vue. Foin de fleuve, mais une multitude de ruisseaux parallèles, et entre eux, des îles. À quelques centaines de mètres de la route nationale, un univers nouveau se structure quand la Loire s’assèche, vierge de toute trace humaine. Pour y naviguer, n’importe quel canoë ou kayak suffit, pourvu qu’on ait prévu un coffre étanche pour ranger ses affaires.
À la découverte des îles sauvages
Une descente de l’après-midi est un beau moment, mais l'idéal est de passer la nuit au milieu du fleuve. Si on se laisse tenter par une randonnée de deux jours au fil du fleuve, on commence par faire une reconnaissance depuis la terre ferme, en quête des obstacles qui pourraient se rencontrer et que, depuis le bateau, il est difficile de voir et d’anticiper. À repérer aussi : la meilleure veine d’eau pour passer sous les ponts. Ce repérage préalable constitue en soi une balade magnifique, surtout si on l’effectue à vélo. Parmi les îles où l’on se sent le plus éloigné du monde se trouvent les grands bancs de sable qui se succèdent entre Sancerre et Cosne-sur-Loire. Les aventuriers y apprécieront les monceaux de bois d’épave assez sec pour alimenter un bon feu de bivouac. On peut mettre son canoë à l’eau deux kilomètres et demi en aval de Pouilly-sur Loire, là où la D259 longe la rive gauche. Malgré la préparation en amont, il arrive qu’on s’engage dans un bras de fleuve barré par des troncs d’arbres qui se sont effondrés sur eux-mêmes. Il faut revenir à contre-courant en remorquant le canoë le long de la berge : encore une autre aventure, susceptible de faire découvrir un site idéal où planter sa tente. Sans doute car on se trouve en contrebas des berges, et à cause des rideaux d’arbres, aucun bruit de voiture ne s’entend sur les routes pourtant proches. On perçoit uniquement le chant des oiseaux et le murmure de l’eau contre la berge. Cette descente de Loire a des airs d’aventure africaine.
Descente royale
Mais plus en aval, passé Orléans, le canoë permet de découvrir par une voie oubliée les grandes heures du royaume de France. En mettant à l’eau à Meung-sur-Loire, les châteaux fameux se succèdent et des clubs de canoë-kayak se sont même fait une spécialité de descentes culturelles qui s’étendent sur plusieurs jours. Il faut l’avoir vécu pour mesurer à quel point le pont de Beaugency prend une tout autre allure quand on se glisse entre ses piliers.
De même, on ne peut apprécier la ville de Blois et son château à leur exacte splendeur que depuis le fleuve ; pareil à Chaumont, à Amboise… Mieux, si l’on prend goût à l’art de la pagaie culturelle, on se laissera porter par le courant : à quelques kilomètres en aval d’Amboise, peu avant Tours, s’alignent les vignobles de Vouvray et de Montlouis.