Voici où se trouve le beau milieu de nulle part…

Nichés au pied des falaises du Méjean, le hameau Saint-Chéry. Ses bâtisses traditionnelles constituent une escale féerique sur les eaux émeraude du Tarn. - © Philippe Roy / Détours en France

Publié le par Dominique Le Brun

L'essentiel

Résumé par l’IA, validé par la Rédaction.

  • Le causse Méjean, traversé par le GR60, offre une randonnée unique dans un désert minéral aux airs d’Altiplano, entre gorges, chaos rocheux et silence total.
  • Deux journées de marche permettent de découvrir des paysages saisissants : le vent dans les chênes nains, les vautours fauves en vol, et le site spectaculaire de Nîmes-le-Vieux.
  • Une nuit à Nivoliers, au cœur du causse, apporte chaleur et répit dans ce lieu hors du temps, où l’on marche entre solitude, nature brute et mystère.

S’il existe un endroit en France où l’on peut « se trouver en plein milieu de nulle part », c’est bien dans le causse Méjean, sur le GR60. Ce sentier de grande randonnée traverse le plateau du nord au sud entre Sainte-Énimie (au fond des gorges du Tarn) et le col de Perjuret (au-dessus de la Jonte).

Sainte-Énimie, ville-étape du canyon du Tarn, avec ses maisons en pierre serrées, ses ruelles en calade, son pont roman du XIIIe siècle et son monastère bénédictin en ruine.
Sainte-Énimie, ville-étape du canyon du Tarn, avec ses maisons en pierre serrées, ses ruelles en calade, son pont roman du XIIIe siècle et son monastère bénédictin en ruine. © Philippe Roy / Détours en France

C’est l’affaire de deux étapes de quinze kilomètres environ, mais qui exigent cependant leur petite journée de marche chacune. Pour gravir le flanc des gorges du Tarn, ne faut-il pas compter déjà deux bonnes heures ? Et le lendemain, on passera bien plus de temps qu’on ne l’aurait prévu à explorer le stupéfiantchaos ruiniforme de Nîmes-le-Vieux. L’idée est ici de passer la nuit à Nivoliers, où un gîte d’étape chaleureux se trouve idéalement situé au beau milieu du causse Méjean.

le hameau Saint- Chéry, sa plage (ci-dessous) et ses bâtisses traditionnelles constituent une escale féerique sur les eaux émeraude du Tarn.
La plage de Saint-Chéry. © Philippe Roy / Détours en France

Randonnée en désert minéral 

Vue sur les falaises depuis le centre de Florac, cité médiévale située sur la Corniche des Cévennes, ancienne route royale rejoignant Nîmes. Ce vieux bastion protestant promet de belles flâneries sur ses quais du Vibron et son cœur historique.
Vue sur les falaises depuis le centre de Florac, cité médiévale située sur la Corniche des Cévennes, ancienne route royale rejoignant Nîmes. Ce vieux bastion protestant promet de belles flâneries sur ses quais du Vibron et son cœur historique. © Philippe Roy / Détours en France

Le premier jour est celui de l’initiation à la musique particulière des lieux, faite du frissonnement métallique des feuilles desséchées dans les chênes nains que le vent agite, et du sifflement des courants d’air dans les rocailles. Tandis que les yeux s’habituent à la lumière crue, blanche, aveuglante. Il faut aussi prendre le réflexe de marcher le nez sur la carte, car les repères sont rares au milieu des cailloux et de l’herbe rase, quand les marques rouge et blanc du balisage, effacées par le temps, se font trop discrètes. Après une longue marche dans le désert minéral, c’est un moment étrange que celui où l’on traverse la route D16 qui conduit à Florac, la sous-préfecture du département de la Lozère. Un panneau signale l’aérodrome de Florac-Chanet, ce que confirment un hangar solitaire et une manche à air au-dessus d’une piste en terre rouge. Le causse, avec son air surchauffé par la pierre calcaire en été, offre en effet de belles ascendances aux planeurs.

Hures-la-Parade, charmant hameau au bâti traditionnel.
Hures-la-Parade, charmant hameau au bâti traditionnel. © Dominique Delfino / hemis.fr

Si loin de tout

Pour tout dire, dans cette plaine de Chanet, on se croirait aussi bien sur l’Altiplano ou dans le Montana. Un peu plus loin, la carte mentionne, non loin du chemin, plusieurs bâtiments : le Fraisse. Comment peut-on vivre si loin de tout ? En approchant, on découvre une grande exploitation agricole ancienne, comme en témoigne l’allée bordée d’arbres menant au logis. Sur le linteau de la porte, on déchiffre, gravé dans la pierre: 1784, à côté d’un dessin cabalistique. Ici,on marche dans l’étrange… Enfin, voici Nivoliers où nous ferons étape, qui se présente comme une grappe de maisons au milieu du désert. Après ces quelques heures de solitude au milieu du causse, l’accueil n’en paraît que pluschaleureux. Notre seconde étape commence par une tranquille montée au flanc du Serre-du-Bon-Matin, en direction d’un bois de conifères, qui fait l’objet d’une opération de reboisement. Comme on prend graduellement de l’altitude, peut-être repérera-t-on des oiseaux énormes planant au-dessus du relief…

Ruines en paysage

Nîmes-le-Vieux, immense chaos granitique aux formes étranges.
Nîmes-le-Vieux, immense chaos granitique aux formes étranges. © Dominique Delfino / hemis.fr

Ce sont des vautours fauves, incroyables volatiles dont l’envergure dépasse souvent les deux mètres et demi ! Ces planeurs terriblement impressionnants, qu’on voit de près lorsqu’on se trouve au bord des falaises, sont inoffensifs. Ils sont surtout très utiles, car ils se nourrissent exclusivement des cadavres de brebis accidentées sur le causse. Après avoir traversé une zone boisée, on retrouve le mélange de steppe, de garrigue et de parcelles cultivées qui s’étend vers des infinis vallonnés. En contrebas apparaît ce qui ressemble à un vaste champ de ruines, comme une ville entière après un bombardement. « Nîmes-le-Vieux » indique la carte sur des chiures de mouches pas très compréhensibles. La tradition veut que, pendantles guerres de Religion, des troupes royales firent marche forcée vers Nîmes. Arrivées là où passe aujourd’hui le GR, devant ce même panorama, elles crurent l’objectif atteint et se mirent en ordre de bataille. Une heure plus tard, les soudards ébahis se trouvaient au milieu d’un chaos rocheux, ruiniforme… En suivant le sentier qui fait le tour des lieux, on n’en revient pas en effet ! Et comme en une demi-heure, nous achevons ensuite l’étape, cette pensée nous vient à l’esprit : sur le causse Méjean, la réalité est plus forte que toutes les légendes.

Sources

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