On quitte en voiture la station thermale de Bagnères-de-Luchon, en direction de Superbagnères, pour remonter la vallée de la Pique. La route serpente à travers la forêt de Charuca et passe nombre de cascades pour déboucher dans la vaste clairière où se dresse l’Hospice de France. À 1335 mètres d’altitude, cette hôtellerie de montagne accueillait jadis les muletiers et pèlerins en route vers Compostelle qui franchissaient les 2444 mètres du port (col) de Vénasque. Aujourd’hui, l’Hospice de France fait le bonheur des touristes et des randonneurs. Le sentier qui grimpe au port commence en face de la terrasse de l’Hospice. Après quelques minutes de marche, le coup d’œil sur la montagne à gravir se dévoile. Pour le néophyte, un Himalaya! Il faut un peu d’expérience pour savoir qu’en montagne, la perception du temps et des distances n’est pas la même qu’en plaine. Ici, pas après pas, à un rythme volontairement lent, on s’élève dans la pente. On s’installe dans un effort doux et constant qui a pour vertu de déclencher l’imaginaire. On marche, on rêve, on médite… Trois heures de marche, voici enfin une haute vallée. Quel bonheur d’allonger le pas sur un terrain plat !
Bientôt apparaissent les Boums du Port (comprenez les lacs) et le refuge de Vénasque. C’est la première étape de la randonnée, à 2338 mètres d’altitude ; encore une heure d’effort et nous serons au col. Enfin, après avoir franchi une étroite brèche dans la crête montagneuse, le panorama se dégage sur l’Espagne.
Vallée de l'Ésera en mire
C’est fou comme les paysages diffèrent de ceux de la France : splendeur de la vallée de l’Ésera, puissance du massif de la Maladeta et pic de l’Aneto, le point culminant des Pyrénées à 3404 mètres. Le sentier dévale la pente par un large chemin facile, longeant un torrent dont on a longtemps cru qu’il s’agissait d’une résurgence du trou du Toro, gouffre où descendaient les eaux des glaciers et névés du pic de l’Aneto. Les eaux du gouffre ne partent pas, comme elles semblent le faire, vers la vallée de l’Ésera. Quelque part sous terre, elles s’orientent à angle droit pour filer vers le val d’Aran puis la France. Le trou du Toro est la source du fleuve, la Garonne, et nous y sommes !
Nous pouvons prendre le chemin du retour. La montée au port de Vénasque sera sans doute rude car la journée adéjà été longue. Ensuite, on n’a plus qu’à se laisser descendre vers l’Hospice de France, dont la terrasse paraîtra on ne peut mieux venue.