Randonnée sauvage dans les Aravis

© Gilles Lansard / Détours en France

Publié le par Florence Donnarel

Le col de la Croix Fry ? Il évoque un site clé du Tour de France à 1 467 mètres d’altitude, le repère gourmand où Marc Veyrat fit longtemps rayonner la cuisine des alpages ou encore le passage de saint François de Sales qui aurait gravé, avec sa crosse, le menhir dressé près de la route. Pour nous, ce col au cœur du massif des Aravis, entre Manigod et La Clusaz, constitue le point de départ d’une randonnée contemplative en raquettes.

Randonnées dans les Aravis
© Gilles Lansard / Détours en France

Ainsi, après nous être éloignés des remontées mécaniques de ce qui est aussi une petite station de ski satellite de La Clusaz, nous enfonçons dans le sous-bois en direction du plateau des Follières, au nord-ouest. « Des clairières sauvages et préservées caractérisent ce site », explique Astrid Marty, du bureau des guides de La Clusaz. Pour l’instant, dans l’enveloppante forêt d’épicéas, la neige feutre le son de notre douce montée. « Ces arbres ont servi à la construction des chalets de la région, dont les plus anciens, au Grand-Bornand, datent du xviie siècle », précise Astrid. Un insecte xylophage, le bostryche typographe, a attaqué quelques épicéas dont les troncs criblés de grosses cavités accueillent des oiseaux. « Ce sont les loges des pics noirs et des pics épeiches qu’ils utilisent pour se nourrir et nidifier, souligne la guide. Au printemps, on entendra les oiseaux tambouriner dans la forêt. » Une clairière nous soustrait bientôt à l’obscurité du sous-bois. En hiver, difficile de distinguer les tourbières qui constellent cet espace ouvert. Une petite grange blottie sous des mélèzes dépouillés de leurs aiguilles apporte une touche picturale à ce blanc jardin. De grandes gentianes y percent la neige de leurs tiges impétueuses.

Plus loin, une autre clairière, bien plus vaste, abrite la ferme des Follières. Dans cet alpage immaculé, les flocons ressemblent à des brisures de verre, craquent sous nos pas et scintillent sous le soleil. Par-delà ce parterre cerclé d’épicéas, se dévoile la chaîne des Aravis, immense muraille entaillée de combes et hérissée de pointes. Seul un col l’interrompt, celui des Aravis, en face de nous, grande fenêtre ouverte sur le mont Blanc…

Randonnée dans les Aravis
© Gilles Lansard / Détours en France

 Nous poursuivons notre marche dans le sous-bois, pour gagner les crêtes au nord. À 1 734 mètres, l’arête neigeuse domine le plateau de Beauregard, espace nordique semé de fermes d’alpage où l’on fabrique le reblochon en été. Notre guide pose un nom sur les reliefs qui se découpent à l’horizon : « Au nord, la chaîne du Bargy ; plus à l’ouest et au sud, les Bornes couronnés par la Tournette qui regarde vers le lac d’Annecy. » Les contemplateurs pourront poursuivre la balade jusqu’à la croix de Colomban pour jouir d’autres angles de vue. Nous redescendons au sud parmi les épicéas aux branches alourdies par la neige. Au sol, les empreintes d’une hermine ou des arbrisseaux qui semblent pousser le duvet blanc et forment des monticules. Ils racontent la vie sauvage qui palpite ici. Plus loin, le sentier de retour vers la Croix Fry lévite au-dessus de la vallée de Manigod. L’occasion d’un tête-à-tête avec le mont Charvin, dont le cirque enneigé demeure un des plus beaux reliefs de la chaîne des Aravis.