À Chamonix, l’alpinisme est partout : à la première benne du téléphérique de l’aiguille du Midi où on monte prendre le départ des courses de neige ; au site d’escalade des Gaillands où on s’initie à la grimpe ; au glacier des Bossons où, pour la première fois, on chausse les crampons ; devant les boutiques d’équipement; ou au pied de la statue qui représente Horace Bénédict de Saussure et Jacques Balmat le doigt pointé vers le sommet du mont Blanc, triangle enneigé pointant à 4 809 mètres. Le plus extraordinaire ici est que chacun, à son niveau et selon ses goûts, peut s’offrir une approche idéale de l’Alpe. C’est pourquoi on reconnaît assez vite les sites qui ont notre préférence. En voici quelques approches.
Les balcons du Mont-Blanc pour un coup double
Ouverts à l’instigation de Roger Frison-Roche désireux d’amener le grand public à la découverte de la montagne, ces sentiers longent les deux flancs de la vallée de Chamonix qu’ils dominent tout en offrant des panoramas sublimes. Un de leurs avantages, et pas le moindre, est qu’on peut éviter la montée pénible depuis le fond de la vallée, en y accédant par des téléphériques. D’un côté, la vallée s’ouvre sur le massif du Mont-Blanc, de l’autre, on peut grimper par le pittoresque petit train du Montenvers qui conduit à la mer de Glace et redescendre à pied.
Le Lac Blanc pour un des plus mythiques panorama
Cette balade de trois heures est accessible en utilisant le téléphérique de la Flégère, puis le télésiège de l’Index. On prend ainsi le départ de la randonnée à 2400 mètres d’altitude. À l’Index, il suffit de suivre le fléchage « Lac Blanc », où le sentier monte doucement pour contourner le ressaut de la tête Aubuy et atteindre le lac Blanc et son chalet. Durant cette marche, on ne cessera de s’émerveiller devant la vue. En dépliant la carte, on peut identifier tous les hauts lieux du massif du Mont-Blanc : l’aiguille du Midi, le dôme du Goûter, l’hôtel du Montenvers et la partie inférieure de la mer de Glace, les Grandes Jorasses, l’aiguille d’Argentière, l’aiguille Verte, le mont Maudit… Pour le retour, poursuivre vers les lacs des Chézerys où on se dirigera vers la Tête aux Vents. À une intersection de sentiers, suivre la direction de la Flégère, on arrive ainsi au sentier balisé en rouge et blanc dit « tour du Mont-Blanc » et qui n’est autre que le grand balcon sud du Mont-Blanc. Il conduit à la Flégère où on reprendra le téléphérique (à moins de descendre à pied).
Premier de cordée
Sans doute est-il de bon ton de considérer la trilogie chamoniarde de Roger Frison-Roche (1906-1999) de romans à l’eau de rose. Pourtant, on ne saura jamais le nombre incommensurable de vocations alpines nées à la lecture de Premier de cordée, La Grande Crevasse et de Retour à la montagne. De son métier, Frison-Roche était un journaliste formé à l’école du reportage des années 1930, ce qui explique son talent à évoquer tant les détails pittoresques de la vie quotidienne à Chamonix que les moments héroïques de la vie de guide. Et si le début de cette trilogie date de 1941, l’esprit montagnard qui y apparaît semble résolument intemporel.
Le glacier du Tour pour des sommets en vue
Le refuge Albert-I er est le gîte où les alpinistes passent la nuit avant de s’attaquer, avant l’aube, aux grandes courses de cette partie du massif. Cette randonnée nous plonge au contact de ceux qui fréquentent la haute montagne et nous offre le plaisir de se trouver très haut : ne va- t-on pas longer puis dominer le glacier du Tour ? Le refuge se trouvant à 2700 mètres d’altitude, on songera à prendre une polaire et un coupe-vent ; et comme le sentier est escarpé être aménagés de câbles de sécurité. Comme on atteint la moraine latérale du glacier du Tour, le refuge apparaît, 200 mètres au-dessus de nos têtes. La pente est toujours raide, mais la vue panoramique fait oublier l’effort quand apparaissent les sommets bien connus des Chamoniards : l’aiguille du Tour, le Chardonnet, l’aiguille d’Argentière, la Verte, les Drus… Tout un programme qui donnerait envie de suivre un stage d’initiation à l’alpinisme.