Lantosque, petit bourg pittoresque posé sur un éperon rocheux juste au-dessus du lit de la rivière.
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L'isolement d’un territoire se mesure souvent à son accès. C’est peu dire que « monter » en Vésubie se mérite. Depuis Nice, il faut rejoindre au nord l’entame des gorges du Var avant de bifurquer à droite et de glisser pendant 10 kilomètres sur une autre route de gorges, la RM2565, tortueuse et inhospitalière, encadrée de hautes falaises. Un corridor étroit et sombre, peu accueillant pour l’automobiliste (arrêts difficiles) et redoutable par temps de pluie et de neige.

La vallée de la Vésubie, au double visage

Dans les ruelles de Saint-Martin-Vésubie, un beau village qui semble figé dans le temps.
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Dans les ruelles de Saint-Martin-Vésubie, un beau village qui semble figé dans le temps.

Quand on s’y rend la nuit, l’impression de « changer de monde » est encore plus flagrante. Ce n’est qu’après avoir franchi ce verrou que la vallée daigne montrer un visage plus avenant, à hauteur de Saint-Jean-la-Rivière.

Une rivière qui est tout sauf anodine. Née au pied de la cime du Mercantour, la Vésubie s’écoule sur 46 kilomètres dans un bassin-versant pentu et effilé avant de rejoindre le Var. Pour qui la longe en été au plus bas de son débit, difficile d’imaginer sa nature capricieuse. De régime pluvial et nival, elle gonfle naturellement avec les pluies d’automne et à la fonte des neiges, au printemps. Mais lorsque s’y ajoutent des épisodes climatiques exceptionnels, devenus plus violents en raison du réchauffement, ses crues dépassent l’entendement. Ce fut le cas en 1926, 1970, 2014 et, surtout, lors des tempêtes Alex et Aline, en 2020 et en 2023, où elles prirent un tour dramatique. Le 2 octobre 2020, près de 500 millimètres de cumul de pluie sont enregistrés à Saint-Martin-Vésubie. Tout le monde a gardé en tête ces images d’éboulements torrentiels, de ponts et de berges emportés, de voitures renversées, de maisons détruites. Bilan : dix morts et huit personnes disparues, en Vésubie et en Tinée.

Crues dévastatrices

Saint-Martin-Vésubie et Roquebillière (ci-contre), deux cités bas-alpines posées au plus près des rives de la Vésubie. Si le lit est souvent à sec l’été, les crues éclair d’automne peuvent être impressionnantes et révéler la nature changeante et capricieuse de cette rivière de montagne.
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Saint-Martin-Vésubie et Roquebillière (ci-contre), deux cités bas-alpines posées au plus près des rives de la Vésubie. Si le lit est souvent à sec l’été, les crues éclair d’automne peuvent être impressionnantes et révéler la nature changeante et capricieuse de cette rivière de montagne.

En 2025, les stigmates sont encore visibles. Et les colossaux travaux de restauration de la rivière sont toujours en cours. À Saint-Martin-Vésubie et au Boréon, des armées de camions et de pelleteuses s’escriment à sécuriser les berges, à enrocher, à dresser des murs… bref, finir de panser les plaies d’un drame qui a secoué les Vésubiens et éviter qu’il ne se reproduise. Est-ce pour cela que les hommes ont globalement préféré s’installer sur les hauteurs ? Hormis Saint-Martin-Vésubie et Roquebillière-Vieux, tous les villages s’agrippent aux versants ou sur des rebords de plateaux, regardant en contrebas ce sillon d’argent qui roule dangereusement ses eaux et les galets. Roquebillière-Vieux est une exception. Rive gauche, il ne reste pourtant pas grand-chose de ce que fut le village d’antan. Son haut clocher à bulbe qui surplombe une poignée d’escaliers et de ruelles en pente ne laisse pas deviner le drame qui s’est joué ici le 24 novembre 1926. Après deux mois de pluies torrentielles, un gigantesque glissement de terrain a emporté la partie sud du village. On recensera 19 victimes, pour lesquelles une plaque commémorative a été apposée. Roquebillière fut alors reconstruit plus haut, rive droite, ce qui explique l’urbanisme de cette commune, aujourd’hui bourg commerçant traversé par la route principale de la Vésubie et quadrillé de rues coupées à angle droit. De Roquebillière-Vieux, il ne reste qu’un pan de village et un quartier bas, rive droite, la Bourgade, où se dresse l’église Saint-Michel-de-Gast, faussement nommée « des Templiers ». Rebâti au XVIe siècle, ce bel édifice gothique est doté depuis la fin du XIXe d’une immense horloge sur son clocher.

Sur la route du sel

Ancienne escale sur la route du sel, Saint-Martin-Vésubie est aujourd’hui une agréable station de basse montagne.
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Ancienne escale sur la route du sel, Saint-Martin-Vésubie est aujourd’hui une agréable station de basse montagne.

Les touristes qui ont fréquenté Saint-Martin-Vésubie à l’orée du XXe siècle avaient-ils conscience de ces dangers ? La vallée était alors nommée la « Petite Suisse niçoise » et nombreux étaient les visiteurs de la bonne société, en séjour sur la côte, à venir prendre l’air des montagnes, à près de 1 000 mètres d’altitude. Au confluent des torrents du Boréon et de Fenestre, qui se rejoignent ici pour former la Vésubie, Saint-Martin est alors la capitale de cette « Suisse niçoise ». « Au plus fort de la fréquentation, on comptait jusqu’à 20 hôtels dans la commune. Et il y avait aussi des maisons de villégiature », précise Anne Sivirine, membre d’Amont, une association qui met en valeur le patrimoine matériel et immatériel du Haut-Pays (Vésubie, Tinée, Bévéra). Bourg principal de la vallée (1 400 habitants), doté de commerces et agrémenté d’un grand centre sportif indoor (Vésubia Mountain Park) et d’un hôtel haut de gamme (Pure Montagne Resort & Spa), Saint-Martin-Vésubie tire sa réputation d’une longue histoire, née à l’époque médiévale. « À l’époque du comté de Nice, auquel il appartenait, le village était sur la seule voie de passage de la route du sel, la strada ducale, qui rejoignait le Piémont. Cette route partait des salins d’Hyères, remontait la vallée de la Vésubie puis, par le col de Fenestre, passait côté piémontais. Au XVIIe siècle, à l’apogée des convois de mulets, on a compté jusqu’à 15 000 bêtes par an dans le village », éclaire Anne Sivirine. Et de nous montrer l’ancien palais Gubernatis, une maison de notable qui tenait lieu  d’office du sel. Les mulets et leurs guides grimpaient alors la rue Cagnoli et son célèbre béal médiéval, une rigole d’eau issue d’un captage du torrent de Fenestre. Ils pouvaient se recueillir dans l’église paroissiale baroque, qui abrite la statue en bois polychrome de la Madone de Fenestre (XIVe) et des parties de retables du XVIe siècle, attribuées à l’école des Bréa. Ou prier dans la chapelle des Pénitents Blancs, au splendide décor baroque alpin, entretenue grâce au commerce du sel ; ou encore dans celle des Pénitents Noirs, bien plus ancienne et rustique, remarquable par son chœur décoré de hauts-reliefs en stuc.

Outre ses calades et hautes demeures ornées de ­ portissols en façade, le village ­ présente quelques vestiges de sa période médiévale, comme cette maison dite « du ­ coiffeur » qui date du XIVe siècle.
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Outre ses calades et hautes demeures ornées de ­ portissols en façade, le village ­ présente quelques vestiges de sa période médiévale, comme cette maison dite « du ­ coiffeur » qui date du XIVe siècle.

Saint-Martin-Vésubie est désormais une agréable cité bas-alpine, d’âme sportive (randonnées, escalade et canyoning), avec de hautes maisons aux fenêtres cachées par des volets à jalousies (les fameux portissols niçois) et animée l’été par un marché quotidien qui prend place au-devant de l’imposante mairie à arcades, symbole du rattachement de la commune à la France en 1860.

Un petit air d’Italie

La Vésubie, ce sont aussi ses villages perchés. On y grimpe par des routes sinueuses où il vaut mieux compter en temps qu’en kilomètres – comme en Corse. Tous d’accès difficile, certains sont des culs-de-sac, d’autres donnent accès aux territoires voisins de la Tinée et de la Bévéra. En tout, cinq sont à visiter absolument.

À chacun d’établir ensuite sa préférence – nous avons la nôtre ! Une fois sorti des gorges, le premier à nous faire de l’œil est Utelle, suspendu en équilibre sur la vallée. Pour le rejoindre, il faut traverser un pont étroit sur la Vésubie à Saint-Jean-la-Rivière puis se concentrer 9 kilomètres sur une route en lacets dignes d’une spéciale de rallye.

Une fois arrivé… c’est l’Italie. Irrigué par une rue centrale longue et étroite, le village s’ouvre sur la place de la République, agora piétonne encadrée de vieilles maisons aux couleurs pastel, d’une fontaine, d’arcades et d’une atmosphère en tout point transalpine.

La place de la République, à Utelle. Une agora piétonne où l’on trouve le porche de l’église Saint-Véran et la façade rouge en trompe-l’œil de la maison Thaon (XVIIIe).
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La place de la République, à Utelle. Une agora piétonne où l’on trouve le porche de l’église Saint-Véran et la façade rouge en trompe-l’œil de la maison Thaon (XVIIIe).

Si elle est ouverte, l’église Saint-Véran à la superbe porte sculptée livre en contraste la rusticité de son architecture alpine et le foisonnement de son décor baroque. Rues étroites, maisons aux linteaux sculptés, chapelles, recoins privés d’où s’échappent les bruits de la vie domestique… La balade dans ce dédale piétonnier mène au cimetière, derrière lequel un belvédère ouvre un point de vue splendide sur les gorges de la Vésubie. Dans le silence vespéral, le soleil couchant fait rougeoyer les versants opposés. Utelle est incontournable, comme l’est le site de la Madone, 6 kilomètres plus haut.

La nef centrale et le chœur de l’église Saint-Véran (XVe). Au-dessus du maître autel figure un beau retable en bois sculpté datant du XVIIe siècle.
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La nef centrale et le chœur de l’église Saint-Véran (XVe). Au-dessus du maître autel figure un beau retable en bois sculpté datant du XVIIe siècle.

Verrou rocheux

Lantosque, village suspendu sur la via ferrata.
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Lantosque, village suspendu sur la via ferrata.

Depuis ce lieu de pèlerinage où se dresse un sanctuaire, à 1 194 mètres d’altitude, un panorama à 360° découvre les rives de la Méditerranée autant que les plus hauts sommets du Mercantour. Lantosque présente un autre visage. Plutôt que de se déployer sur les versants d’altitude, il a choisi de s’établir sur un verrou rocheux au-dessus du lit de la Vésubie. Cela le protège de ses furies et lui confère une ambiance intimiste et sauvage, avec d’antiques maisons en pierre, dont beaucoup sont à restaurer. D’escalier en venelle, on grimpe ainsi jusqu’au faîte du village, depuis lequel le regard plonge sur un passage  resserré de la rivière. Il a été opportunément équipé d’une via ferrata et d’un pont de singe, ce qui conduit à Lantosque des cohortes de visiteurs équipés de casques et de mousquetons. Par la rue escalier de la Carrierette, on dévale ainsi jusqu’au Riou de Lantosque, un torrent équipé lui aussi de passerelles. 

Plus haut, cap sur La Bollène-Vésubie, archétype du village-escargot. Agglomérées sur un versant couvert d’une forêt de châtaigniers, 3 kilomètres au-dessus de la rive gauche de la vallée, ses ruelles concentriques convergent vers l’église paroissiale, totem du village. En chemin, on longera inévitablement une flopée de maisons rustiques, la plupart datant du XVIIIe et du XIXe siècle, des fenêtres desquelles pendent quelques pièces de linge séchant au vent. La Bollène-Vésubie n’est pas un village impasse. La route qui l’irrigue grimpe jusqu’au col de Turini et à la vallée de la Bévéra, hauts lieux du Rallye automobile Monte-Carlo. Cela vaut à la commune d’être traversée à la belle saison par des caravanes de voitures sportives et de motos.

La Bollène-Vésubie, joli village perché en forme d’escargot. À voir, l’église Saint‑Laurent, édifice roman du XVIIIe siècle qui abrite de nombreuses toiles classées.
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La Bollène-Vésubie, joli village perché en forme d’escargot. À voir, l’église Saint‑Laurent, édifice roman du XVIIIe siècle qui abrite de nombreuses toiles classées.

Territoire rustique

Belvédère, gros bourg d’altitude situé aux portes de la Gordolasque, vallée en cul-de-sac parmi les plus sauvages du Haut-Pays niçois.
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Belvédère, gros bourg d’altitude situé aux portes de la Gordolasque, vallée en cul-de-sac parmi les plus sauvages du Haut-Pays niçois.

Perché au-dessus de Roquebillière, Belvédère porte parfaitement son nom. Moins connu que d’autres, ce gros bourg donnant accès à la secrète vallée de la Gordolasque a conservé un côté vivant agréable, illustré par la place des Tilleuls où des habitants se retrouvent pour discuter au soleil, au pied du clocher carré de l’église Saint-Pierre-Saint-Paul. Bâti à flanc de versant, il est parcouru par un lacis de ruelles étroites, de passages sous voûtes, d’escaliers, de coins et de recoins. On y respire les effluves de cuisine s’échappant des fenêtres, on y croise des chats alanguis sur des placettes. Un air italien flotte également ici, en témoigne les maisons hautes à balcons alignées de la rue Victor-Maurel et la flopée de boîtes aux lettres portant des noms transalpins, Santarelli, Allietta, Méoni, Mercati, Vigna, Lanteri… Depuis une terrasse située derrière la poste, la vue plonge sur la Vésubie et son tracé d’argent.

Vient ensuite Venanson, notre deuxième coup de cœur, qui offre la meilleure vue panoramique sur la vallée et son sillon gris-blanc. En face se dressent la cime herbeuse de Piagu (2 338 m), puis loin le mont Archas (2 526 m) et la cime du Belletz (2 610 m). Le village au caractère montagnard très marqué présente aussi une curiosité. Sur la place se dresse une chapelle du XVe siècle entièrement recouverte de fresques intérieures de Baleison, représentant la vie de saint Sébastien, invoqué jadis contre la peste. Venanson possède aussi un « jardin secret ». On le découvre de part et d’autre de son arête rocheuse, en pénétrant dans l’écheveau de rues étroites et d’escaliers sombres. Omniprésente, l’eau y coule avec force dans les canalisations souterraines. Côté sud-ouest, depuis la place Civalier ou celle de la mairie, le bourg regarde une autre vallée, plus sauvage, plus alpine, le vallon du Riou de Venanson, petit affluent de la Vésubie. Un dernier regard aiguisé sur cette Haute Vésubie, territoire difficile et montagnard, bien éloignée des fantaisies du littoral.

Coup de cœur pour Venanson, ancien fief­ des comtes de Vintimille situé à 1 167 m d’altitude. Un formidable nid d’aigle face à la cime du Piagu où l’on peut admirer les fresques Renaissance de la chapelle Sainte-Claire.
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Coup de cœur pour Venanson, ancien fief­ des comtes de Vintimille situé à 1 167 m d’altitude. Un formidable nid d’aigle face à la cime du Piagu où l’on peut admirer les fresques Renaissance de la chapelle Sainte-Claire.