Quatre heures quarante minutes. C’est le temps qu’il faut, en trois trains et deux changements, pour parcourir les 265 kilomètres qui séparent Menton de Turin, via Savone. Une durée bienvenue pour les touristes, qui profitent des paysages de la Riviera italienne avant d’entamer la remontée vers Turin à travers les collines du Piémont.
Tourisme lent sur la Riviera italienne
Depuis Menton, quinze minutes à peine suffisent pour rallier le centre-ville de Vintimille en TER. Un trajet court très surveillé (contrôle de l’immigration oblige) et effectué régulièrement par des Mentonnais qui vont faire leurs emplettes en Italie et par des Liguriens qui traversent la frontière française et viennent travailler sur la Côte d’Azur ou à Monaco pour des salaires plus attractifs. Chaque vendredi, le marché de Vintimille attire aussi la foule, entre articles de marque et contrefaçons.
De gare en gare sur la côte ligurienne
Le littoral ligurien diffère peu de la Riviera française. Même profil rocheux, mêmes villas chics de bord de mer. La nuance ? Les immeubles typiques de l’Italie, bardés de climatiseurs et de couleurs pastel plus soutenues sur les façades. Surtout, ce coin de Ligurie a mieux conservé qu’en France sa vocation agricole. En attestent les nombreuses serres blanches qui couvrent les versants, protégeant cultures florales et maraîchères. À vitesse de sénateur (à peine 50 km/h de moyenne), le train régional italien traverse les provinces d'Imperia et de Savona, égrénant les gares de la côte, tantôt à l’écart de la Méditerranée, tantôt flirtant avec elle. Vallecrosia, Bordighera, San Remo, Imperia, Laigueglia, Ceriale, Pietra Ligure... Entre deux tunnels, les montagnes livrent les quartiers perchés de ces villages colorés du littoral. À droite, la mer s’étend à l’infini, vide de bateaux en ce jour gris d’avril.
D'Albenga à Savone
Juste avant de franchir le court fleuve côtier Centa, Albenga dévoile au large le bouton rocheux de l’île Gallinara. Classée réserve naturelle, elle est l’un des deux seuls îlots de toute la Ligurie. Tenant son nom des poules sauvages qui la peuplaient jadis, elle abrite de nos jours une des plus grandes colonies de goélands leucophées de la mer de Ligurie. Après Albenga, le train traverse une sorte de plaine-delta couverte de serres. Quelques minutes encore et voilà la grande ville de Savone. Changement de train pour continuer vers Turin.
Circuit à travers la campagne piémontaise
Ce nouveau trajet s’élève peu à peu à travers des collines ponctuées de fermes isolées et d’arbres fruitiers couverts de fleurs blanches. Les cloches de l’église sonnent midi lorsque le train s’arrête en gare de Cengio, à la frontière de la Ligurie et du Piémont. Montent et descendent des locaux qui font le trajet entre la « montagne » et la côte. Puis c’est l’arrêt à Ceva, où le train traverse le Tanaro. Cette rivière venue des Alpes liguro-piémontaises est le principal affluent rive droite du Pô, qu’il rejoint aux confins de la Lombardie.
Fossano, halte médiévale
Parmi les étapes possibles entre Savone et Turin, il y a Mondovi. Avec son funiculaire, ses églises et ses palais, elle respire l’Italie provinciale. Mais c’est Fossano, 20 kilomètres plus loin et à une heure de train au sud de Turin, qui a retenu notre attention. « Les Turinois y vont pour le côté médiéval qui n’existe pas ici et pour l’œnogastronomie », expliquera plus tard notre guide à Turin. Comme nous, ils ne peuvent qu’apprécier cette petite cité de 25 000 habitants dont la vieille ville en quadrilatère occupe le sommet d’une colline.
Comment la ville a-t-elle marqué l'histoire de France ?
Depuis la gare, on y grimpe en dix minutes en franchissant la Porta di San Martino. Elle s’ouvre sur la piazza Castello où se dresse l’immense château en briques rouges (XIVe-XVe) des princes d’Acaja, membres de la maison de Savoie qui y enverra séjourner quantité de ducs et de duchesses. Avec ses quatre tours fortifiées et sa cour intérieure à galeries, c’est le bijou patrimonial de Fossano. C’est ici que sera signé, en 1562, le traité qui renverra Turin dans le giron de la famille de Savoie, après les « guerres italiennes » contre les Français. Par beau temps, la vue depuis la tour panoramique sur les Alpes-Maritimes et les collines des Langhe est superbe.
À la table des Langhe
Églises baroques, comme la très riche église San Filippo, piazzas intimes, maisons médiévales en briques rouges... Fossano se laisse apprivoiser au fil de rues à arcades tracées à angle droit. Puis, le caractère fortifié de la cité apparaît. Côté nord, elle est protégée par le bastion en « V » du baluardo del Salice ; côté est, par le rempart où est aménagée l’agréable promenade Giuseppe-Mellano, qui domine la plaine et la rivière Stura. Si on fait étape une nuit à Fossano, on goûtera la subtile cuisine des Langhe, le tajarin aux œufs (petites pâtes façon tagliatelles), les agnolotti del plin (ravioles « pincées » et fourrées), le braisé au Barolo et les boet, sorte de petits macarons. De quoi reprendre des forces pour remonter le lendemain à bord du train régional direction Turin, capitale du Piémont.