V86. C'est le nom de code de cette véloroute de 160 kilomètres qui remonte le cours du Lot jusqu'à Cahors. Des vergers lot-et-garonnais au vignoble cadurcien, le parcours suit la France des terroirs et des villages, perchés ou lovés dans un méandre de la rivière. Une France profonde chantant les vertus du bien-vivre que les gens du Sud-Ouest savent si bien incarner.
La véloroute démarre là où la rivière rejoint la Garonne. Nous sommes à Aiguillon, village médiéval situé dans le Lot-et-Garonne. Le relief de plaine et de coteaux est ici propice aux cultures fruitières [fraises, prunes...]. une constante sur cet itinéraire jusqu'au Quercy viticole. La mise en route vers Clairac est tranquille. Rive droite du Lot, on pédale sereinement entre petits châteaux et pigeonniers épars. Avantage de Clairac : sa plage. C'est l'occasion de tester un aménagement comme il en existe peu sur le Lot. Autre atout: lesfraises! En saison, des fermes de la commune [Marais Bas, Prats de Roux...) en vendent. Il faudrait être fou pour s'en priver.
Casseneuil, village aux trois rivières
Toujours rive droite, le point de vue de Laprade permet d'embrasser la vaste plaine et son patchwork agricole. On passe Castelmoron et son hôtel de ville façon palais mauresque, avant de rejoindre le Temple-sur-Lot et sa commanderie. Quelques coups de pédale encore jusqu'au gros bourg de Sainte-Livrade-sur-Lot et l'on atteint Casseneuil. Surnommé le village aux trois rivières, cette cité médiévale livre de belles maisons à colombages et d'autres perchées en surplomb de la Lède. Casseneuil marque la fin de la route partagée et le début de la voie verte, aménagée sur l'ancienne voie ferrée jusqu'à Villeneuve-sur-Lot. C'est le terme de la première étape. Après avoir franchi le Lot au pont du Martinet, vous aurez parcouru plus de 45 kilomètres. Repos bien mérité.
Villeneuve-sur-Lot exige une matinée de visite. D'abord pour son cœur de ville de bastide typique du Sud-Ouest, avec son plan orthogonal, sa place centrale à cornières [marché le samedi depuis le XIIIe siècle) et son vieux pont des Cieutat sur le Lot. Ensuite pour son village jumeau, Pujols, dominant le Lot de plus de 180 mètres. Cette place forte, estampillée comme l'un des « Plus beaux Villages de France», est immanquable, malgré la raide côte qui y grimpe.
Jour 2. L'itinéraire s'échappe à l'est par de petites routes à travers un paysage toujours fruitier. La prune y est reine, fruit de bouche consommé frais ou prune d'ente mangée séchée : le fameux pruneau d'Agen. Voici Penne-d'Agenais. Ce haut village médiéval exige un écart depuis la véloroute mais la récompense est au bout : derrière les remparts de la place forte, maisons de maître et ateliers d'art jalonnent les ruelles escarpées qui grimpent jusqu'au sanctuaire Notre-Dame-de-Peyragude. Pano-rama assuré sur la plaine et le Lot. L'heure tourne, il faut avancer... Retour au Port de Penne et cap sur Monsempron-Libos et Fumel. Au passage, voici la première vraie côte du parcours, à Clauzade. Les 107mètres d'altitude atteints, on dévale cheveux au vent vers Monsempron, dominé, à la confluence du Lot et de la Lémance, par un prieuré bénédictin : encore un village-éperon avec des ruelles pentues. Un bout de voie verte mène finalement à Fumel, à 4 kilomètres.
➔ Fin de l'étape 2 dans cette cité dont le château, au-dessus du Lot, a des allures de palazzo italien.
Bonaguil, splendide forteresse médiévale
Le jour 3 signe l'entrée dans le département du Lot. Avant, les cyclistes courageux rallieront Bonaguil, à 8 kilomètres de Fumel. C'est l'un des cinq plus beaux châteaux du Lot-et-Garonne, une forteresse médiévale parfaitement conservée. Après les pruneaux et les fraises, les spécialités du Lot ne plaident pas en faveur de la pratique sportive... Foie gras, truffes aux cèpes, agneau du Quercy, fromages de Rocamadour, noix, vin de Cahors ... il n'y a guère que le melon pour sauver la mise. Est-ce l'effet du vin de Cahors? Le Lot se met soudain à divaguer en courbes amples, appelées ici cingles, dans un décor magnifié de collines sèches où s'épanche le cépage malbec, ADN du vignoble. On s·arrête à Puy-l'Évêque, énième bourg médiéval perché, adorable avec ses jardins suspendus. On dépasse Grézels, Pescadoires, Anglars-Juillac... jusqu'à Castelfranc, ancienne bastide posée à la confluence du Lot, du Vert et de la Masse. Enchemin, on pourra visiter un domaine viticole, Lavaur à Soturac, Château Latuc à Mauroux, Château Famaey à Puy-l'Evêque... Ouf ! L'intensité exige de poser pied à terre.
Pont Valentré fortifié
Reste à rallier Cahors, à 41 kilomètres de Castelfranc. Plus sinueuse et sauvage, plus pentue aussi, l'étape égrène des villages de caractère, Albas, Parnac, Douelle... et surtout Luzech, resserré sur un cingle quasi fermé autour de son donjon. Dérouté par ces ondulations, lecycliste rejoint enfin le pont fortifié Valentré et la cité médiévale de Cahors, dont le cœur a été restauré à merveille. Si c'est mercredi ou samedi, jours de marché place de la Cathédrale, le jackpot s'offre alors au bout de l'itinéraire !
L'itinéraire
Le parcours de la vallée du Lot est une véloroute de 160 kilomètres tracée d'Aiguillon (Lot-et-Garonne) à Cahors (Lot), en remontant le cours de la rivière. 90 % de l'itinéraire s'effectue sur de petites routes à faible trafic, avec de rares passages sur des départementales. 10 % sont en voie verte, notamment entre Casseneuil et Villeneuve-sur-Lot etentre Touzac et Vire-sur-Lot. L'ensemble du parcours se pratique à raison de 30 à 50 kilomètres par jour. Entre Luzech et Cahors, la route est étroite avec quelques côtes
Vin de Cahors, le nectar du Lot
Présent depuis les Romains, le vignoble de Cahors acquiert ses lettres de noblesse à partir du XIIe siècle, quand il est reconnu en Angleterre puis sur la table des tsars de Russie. Sa spécificité de vin rouge tannique et puissant provient de son cépage malbec, à l'origine aussi de sa robe rouge sombre. Bénéficiant d'une AOC depuis 1971, son vignoble s'étend sur 22000 hectares, répartis entre 45 communes. 20 millions de bouteilles sont produites en moyenne chaque année, les trois quarts par des caves particulières, le quart restant par des coopérateurs adhérents de la cave des Côtes d'Olt, à Parnac (Lot).