Les Préalpes d'Azur, à découvrir loin des foules
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Les Préalpes d'Azur, à découvrir loin des foules

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Montagnes du Cheiron, de Charamel, de Thorenc. Plateaux de Calern et de Caussols. Vallées de l’Estéron, de Bouyon, de Miolans... Villages de Sigale, d’Aiglun, de Coursegoules, de Conségudes... Qui connaît ces noms ? Sans doute pas les touristes qui n’ont d’yeux que pour la dolce vita littorale et ses paillettes. Ni même ceux qui poussent jusqu’à Grasse, captivés par l’industrie du parfum et ses visites d’ateliers.

Qu'est-ce que les Préalpes d'Azur ?

À vrai dire, les Préalpes d’Azur sont un territoire montagneux qui n’a rien d’autre à donner que l’âpreté sauvage de son décor et la beauté brute de ses villages perchés, difficilement accessibles. Dépourvu d’adresses bling-bling, le site pourtant labellisé Parc naturel régional n’a sans doute pas assez d’atouts pour convaincre certains de pousser jusque-là...

Gourdon et le Saut du Loup, rares sites touristiques

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Deux lieux font toutefois exception, Gourdon et le Saut du Loup. À moins de 15 kilomètres de Grasse, le premier est l’archétype du village perché azuréen. Un bourg « nid d’aigle » tourné vers le sud et la Méditerranée, scandé d’une myriade de boutiques touristiques. Un petit clone d’Èze ou de Saint-Paul-de-Vence qu’on appréciera pour ses ruelles pittoresques et sa vue panoramique, moins pour l’affluence estivale et la superficialité de certains commerces. À quinze minutes du village, on retrouve le Saut du Loup, un lieu tout aussi fréquenté. Ce petit fleuve côtier né dans les Préalpes d’Azur se précipite dans une vasque calcaire avant de former un bassin moussu aux airs tropicaux. En se faufilant ensuite dans des gorges, il accompagne les touristes qui redescendent définitivement vers la côte.

S'aventurer jusqu'aux plateaux de Calern et de Caussols

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Mais pour ceux qui empruntent la D12 depuis Gourdon en direction du col de l’Êcre (1 121 m), un autre voyage commence. Finie, l’ambiance mercantile, place au désert de calcaire ! De part et d’autre d’une vallée haute d’aspect « jurassienne », deux plateaux décharnés encadrent le décor. Au nord, c’est celui de Calern et ses installations astronomiques, d’allure fantomatique sous le brouillard. Au sud, celui de Caussols, plus boisé, émaillé de maisons et de quelques fermes. Deux plateaux karstiques percés de grottes et de gouffres, dont les dernières bories racontent le pastoralisme des siècles précédents.

Faire étape au village de Gréolières

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Après le col de la Sine et Pont-du-Loup, une fraîche route de vallée suit longuement la rivière éponyme, sous les falaises des Baumouns. Elle débouche à Gréolières, village connu des Azuréens pour abriter une discrète station de ski, Gréolières 1 400 (ex-Gréolières-les-Neiges), sujette au manque de poudreuse. Déployé sur le versant sud de la montagne du Cheiron, ce bourg de 600 habitants est suffisamment loin du littoral pour jouir d’une parfaite tranquillité tout en étant assez proche pour y drainer les visiteurs. Comme un leitmotiv de ces communes préalpines, on se baladera avec gourmandise le long de ses ruelles bordées d’antiques maisons en pierre, de fontaines, de placettes et d’une église surmontée d’un clocher à campanile, typiques des villages de montagne du Sud-Est. Sous les ruines de son château, trois à quatre adresses d’hébergement et de restauration permettent d’y faire étape.

Cipières et Coursegoules, villages de charme

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La route vers l’est déroule son chapelet de villages au charme brut. Face à Gréolières, voici Cipières et son ancien château du XIIIe siècle (privé), restauré dans les années 1950. Étroites et longues ruelles, escaliers, pentes raides... Tout dans ce « village à pied » respire l’authenticité, à l’image aussi des maisons serrées aux façades pastel ou en pierres apparentes, des volets peints et du glouglou de la fontaine centrale. Coursegoules dégage une impression encore plus forte. Ce gros bourg aggloméré et isolé au milieu d’un coteau sec semble avoir réuni sous ses tuiles tous les habitants d’un vaste territoire désolé. Avec près de 600 administrés lui aussi, il cache dans ses replis étagés passages sous voûtes, escaliers plongeant et tortueux, rambardes métalliques, placettes... et un terrain de boules sommital, symbole du loisir favori du Sud, la pétanque.

Bézaudun-les-Alpes et Bouyon, l'élégance rustique

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En se dirigeant vers la vallée du Var, toujours à l’est, la D8 rencontre Bézaudun-les-Alpes et Bouyon, deux autres bourgs pelotonnés de moyenne montagne, à l’élégance rustique. À l’écart de la route, le premier porte bien son nom, avec sa tour médiévale et son clocher à campanile regardant vers le nord et le Mercantour. Le second est plus méditerranéen, émaillé de jardins fleuris et d’oliviers. Commence ensuite un « parcours des confins » de 20 kilomètres, jusqu’à La Roque-en-Provence et Roquestéron. 

La Roque-en-Provence et Roquestéron, l'esprit de montagne

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Longeant les vallées boisées et profondes du Bouyon et de l’Estéron, scandées en contrebas de hameaux isolés, la route sinue à perdre haleine dans un paysage vierge. Pas âme qui vive dans cette contrée, hormis dans les deux villages tassés des Ferres et de Conségudes, livrés à l’appétit des chasseurs plutôt qu’à celui des promoteurs immobiliers. C’est ainsi que l’on parvient à Roquestéron et La Roque-en-Provence, séparés par l’Estéron. Médiévale à souhait, dominée par une église perchée sur un piton rocheux, La Roque-en-Provence flirte avec la rivière aux reflets bleu-vert, que l’on traverse par une passerelle piétonne. En face, Roquestéron, plus peuplé et achalandé, témoigne de son statut de bourg-centre, autour de sa rue centrale à commerces dominant un versant sillonné de ruelles et de pountis (passages piétons sous voûtes). Les deux furent jadis « ennemis », la première rattaché au royaume de France, le second à celui de Piémont-Sardaigne.

Parcourir la haute vallée de l'Estéron

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La suite de l’itinéraire plaira aux passionnés de la France rurale « oubliée ». Deux routes distinctes fouillent la haute vallée de l’Estéron, et le moins que l’on puisse dire est que la densité de sa population tranche avec celle de la Côte d’Azur ! C’est l’occasion de rappeler que beaucoup de Niçois sont en réalité originaires de ces hautes vallées et conservent un esprit de montagnard. Pour cette raison, la ville a longtemps tourné le dos aux frivolités marines. Car qui peut vivre à l’année dans ces territoires oubliés ? Des seniors, certes. Quelques actifs, sans doute. Mais pour beaucoup, le salut passe par la côte riche en emplois. Une vie professionnelle à la géographie imposée avant de retrouver le week-end, en vacances ou à la retraite, les plaisirs simples de la montagne. On pense à tout cela en s’enfonçant dans la vallée de l’Estéron depuis le village de Sigale.

De Sigale à Aiglun

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Une commune mal nommée, tant on y imagine plutôt une vie laborieuse de fourmi ! Le bourg et sa tour en forme de phare font face à la vallée, long corridor ultra-boisé dans lequel une étroite route pénètre difficilement. Elle conduit jusqu’à Aiglun, à 8 kilomètres, objectif de l’excursion. Voilà à nouveau un adorable petit village, tapi à flanc de montagne et dont les façades de maisons cherchent constamment le soleil, si généreux ici. La route le traverse en passant curieusement sous une bâtisse abritant le restaurant L’Auberge de Calendal. Le bourg mérite une visite. Il abrite l’une des plus jolies clues du territoire, un étroit défilé rocheux où s’engouffrent les eaux vertes de l’Estéron, très apprécié des adeptes de canyoning. À Aiglun se jette aussi la cascade de Végay, une chute d’eau de 140 mètres de haut dévalant de la montagne du Cheiron, impressionnante quand les pluies gonflent son débit. Le village est également célèbre pour avoir été encensé par le poète provençal Frédéric Mistral, dans son recueil Calendal, paru en 1867.

Randonnée jusqu'à la forteresse troglodyte d'Aiglun

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Enfin, l’un de ses sentiers rejoint une forteresse troglodyte nichée sous la falaise. Une rude grimpette mène en 25 minutes à cet abri-sous-roche fortifié qui, du XIVe au XVIIe siècle, fut sans doute utilisé par les habitants pour se protéger. Il le fallait, tant le village, frontalier entre le comté de Provence et la Savoie, fut longtemps la proie de convoitises.

Rouler jusqu'à Saint-Auban

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Avant de retrouver la Route Napoléon et Grasse, reste à découvrir la partie la plus amont de l’Estéron, jusqu’à la clue et le village de Saint-Auban. Plus on remonte une rivière, plus, semble-t-il, on touche au degré ultime de l’isolement. Mais quelle beauté ! Par la clue du Riolan, autre corridor spectaculaire, on rejoint la route conduisant à Saint-Auban. Passé le microvillage de Collongues, un crochet s’impose jusqu’à Gars, à 750 mètres d’altitude. Coup de cœur ! Ce village cul-de-sac est une pépite de ruralité. Une cascade dévalant de la montagne de Gars s’y jette bruyamment sous la rue principale, avant de rejoindre l’Estéron. Cette rue, longue et étroite, est bordée de maisons rustiques aux murs épais. Elle débouche sur une adorable placette, dont l’une des maisons a vu naître, en 1896, Célestin Freinet. Oui, le Freinet des fameuses écoles, dont la pédagogie, toujours d’actualité, est fondée sur l’apprentissage individualisé et l’autonomie.

Un parc naturel régional bien loin du « surfait d’en bas »

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« Freinet a enseigné aux enfants le fait d’écouter, de ne pas apprendre par cœur, d’observer. Il a marqué les anciens d’ici, car il les a emmenés, enfants, dans la campagne, en leur ouvrant les yeux et les oreilles », affirme Denise Labessède, retraitée et habitante du village, après une carrière à Cannes et à Mougins. À Gars, on ira justement voir l’ancienne école aux pupitres en bois, joliment reconstituée, et l’écomusée doté d’un vaste fonds d’objets agricoles. Dans ce village jadis connu pour ses productions de lavande sauvage, de fleurs de tilleul et de cocos fèves, la côte paraît bien loin. « Ici, on échappe au surfait d’en bas », explique Laurent Aigus, agent technique du village. Ces Préalpes d’Azur valent à coup sûr le détour.