Antibes, destination de choix
Où vivre sur la Côte d'Azur quand on aime les villes animées, à taille humaine et à forte identité locale ? À Nice ? Trop grande. Cannes ? Son côté bling-bling peut déranger. Grasse ? Son centre ancien manque de lustre. Antibes, alors ? La cité coche toutes les cases. Preuve de sa vitalité, elle vient de ravir à Cannes la seconde place des villes les plus peuplées des Alpes-Maritimes, soit 76 000 habitants, dont plus de 6 000 étudiants en comptant ceux du pôle scientifique de Sophia Antipolis. Il suffit d’arriver en voiture le long de la marina où dansent yachts et voiliers et de pénétrer à pied dans les ruelles de la vieille ville pour voir que les touristes n’ont pas réduit à néant l’atmosphère locale qui distingue la cité.
Un marché typiquement méditerranéen
Pour s’en convaincre, il suffit de se rendre sous la vieille halle le samedi matin, quand le nombre d’étals enfle à proportion de l’afflux de clients. Les Antibois le savent : les produits frais et locaux sont vendus sur les stands de l’allée centrale du marché couvert. Là s’installent les maraîchers de Biot, Saint-Jeannet, Valbonne, Saint-Laurent-du-Var... Ils écoulent au printemps cébettes, salades, épinards, courgettes, fenouils, poireaux, fraises, tout juste sortis de terre. On croise aussi un éleveur de porc de Tourrettes-sur-Loup. On discute avec Christelle, d’Antibes, qui vend des blettes sauvages mais aussi des févettes, qu’« il faut manger crues en apéritif, avec de la charcuterie ». Sur les allées latérales, il y a des revendeurs et aussi des figures locales. Comme le truculent Thierry Cerato, qui propose des spécialités provençales. Sur son étal : tapenade verte, aillade, tomatine... et bagnet, « une recette de Vallauris à base de tomates confites, d’ail, de basilic, de persil et de poivre, légèrement pimentée », glisse-t-il. Dans les allées, des hommes se disent bonjour en s’embrassant. D’autres se parlent en se tenant longuement la main. Faconde méditerranéenne, réconfortante.
La promenade des remparts
Tracée sur les remparts en bord de mer, la promenade de l’Amiral-de-Grasse dévoile la photogénie de la ville. Pour contrer les Sarrasins puis sécuriser la frontière franco-savoyarde, Antibes vit ses fortifications maintes fois renforcées par les rois de France, depuis Henri IV jusqu’à Louis XIV. De ceux-là, il reste deux tours sarrasines à gros moellons (l’une sert de clocher à la cathédrale), des hauts murs plongeant dans la Méditerranée, le château Grimaldi à l’imposant chemin de ronde et le fort Carré. La promenade guide vers un quartier dont l’esprit se veut encore villageois. Quoique... Le Safranier et ses ruelles végétalisées respirent l’authenticité mais les boîtes à clés des Airbnb ont poussé sur les façades comme du lierre sur les murs. Fumant une cigarette sur le pas de sa porte, rue du Bas-Castellet, un capitaine de remorqueur est l’un des rares Antibois à occuper encore une maison familiale.
Ateliers de création
Hors du Safranier, un temps proclamé « commune libre », la balade mène vers l’Antibes des Antibois. Voici la place Nationale et son musée Peynet, où l’on peut voir les dessins humoristiques de l’artiste, qui habita en ville. La place est irriguée par les étroites rues Sade et de la République, très commerçantes, aux enseignes historiques (boucherie Prevosto ; poissonnerie Marius...). La rue James-Close, elle, aligne les boutiques de vendeurs ou de créateurs de mode et de déco locales. Jusqu’à la place des Martyrs-de-la-Résistance, modernisée avec ses îlots jardinés, que l’on traversera pour déjeuner à la brasserie Le Pimm’s, autre institution. Si l’on doutait du caractère artistique et animé d’Antibes, il suffit d’arpenter le boulevard d’Aguillon. Les anciennes casemates séparant cette rue piétonne du port ont été transformées en ateliers de création. Artiste peintre, maître verrier et potiers y ont élu domicile. On y poussera aussi la porte des Pétanquiers du port d’Antibes. Effigie parfaite du Sud, on y boit du Ricard à tour de bras entre rires sonores et galéjades.
Le distingué cap d'Antibes
Le cap d’Antibes affiche un décorum plus cossu. Cette ample péninsule fermant le golfe Juan regorge de villas somptueuses sécurisées ou cachées dans des quartiers privés. Mais on y trouve encore des marques de nature et d’histoire. Le centre Posidonia, lui, révèle d’autres vestiges militaires. Sur sa colline, le phare de la Garoupe domine le cap et son bois de pins et d’oliviers. La plage du même nom préserve une intimité quasi virginale, à l’entrée du sentier littoral de Tire-Poil qui conduit en vingt minutes à la pointe du cap Gros et ses rochers abrupts. Le port-abri de l’Olivette, tourné vers Golfe-Juan, se souvient avec ses pointus à voile latine, restaurés par des passionnés, qu’au début du XXe siècle les pêcheurs y tiraient leurs barques sur la grève.
Menton, cité de caractère
Si Menton est aussi une station balnéaire, son ADN se niche ailleurs. Ses quartiers de villégiature (en collines) et populaires (dans les vallons), ses jardins exceptionnels et sa production de citrons en font une cité unique. Né sur la colline de l’Annonciade pour se protéger des incursions marines, Menton investit dès le XIIe siècle le bas du plateau Saint-Michel, rive gauche du Careï – rivière côtière aujourd’hui couverte, notamment par les jardins Biovès. C’est le quartier des Terres Chaudes, prolongé en direction de la mer par le centre historique. Jusque dans les années 1880, il n’y avait rien rive droite du Careï. Ou plutôt si : le château Marly, édifié en 1840 pour le comte de Partouneaux, venu passer sa retraite à Menton. La bâtisse trônera quarante ans, seule, au milieu des cabanons de jardin.
Sur les rives du Careï
« À partir de 1880 débute l’urbanisation de ce secteur, au bas de la colline de l’Annonciade. Appelé jusque-là quartier des Vignasses, il va devenir le quartier Riviera. Ses maisons et palaces accueillent les hivernants jusqu’à la guerre de 14-18, avant que ne s’impose le modèle du tourisme balnéaire d’été », commente David Rousseau, chef de projet Ville d’art et d’histoire à Menton. Et de nous entraîner dans ce secteur en pente, depuis le rond-point de la gare routière. Autre ambiance ! Au trafic automobile de la route de Sospel succède un calme champêtre, une fois engagé sur le chemin du Rosaire.
Villas et palaces
Villas de plaisance bourgeoises et anciens palaces scandent ce quartier aux jardins plantés de citronniers et d’orangers, dont les murs sont couverts de glycine odorante. Près du château Marly toujours debout, repérable à sa tour carrée rose, quelques maisons sortent du lot. Dans une impasse donnant sur l’avenue Riviera, la Villa Victoria séduit par sa porte Art nouveau, surmontée d’une marquise. Dans la partie haute du chemin du Rosaire, un chalet en bois détonne. « Après le séisme de 1887, un entrepreneur norvégien installé ici a fait venir trois chalets préfabriqués de son pays, pour montrer qu’il était possible de reconstruire vite. Il en reste deux, dont celui-ci », raconte David Rousseau.
Vestiges Belle Époque
Les quatre anciens palaces Mont Fleuri (1882), Riviera Palace (1898), Winter Palace (1901) et Lutetia (1914) sont également emblématiques du quartier et de sa vocation d’accueil des hivernants, venus profiter des bains de mer et du soleil sur la Côte d’Azur. « À l’époque, un tramway montait jusqu’à Sospel et permettait de partir en excursion. Les clients se divertissaient aussi au Lawn Tennis and Croquet Club, jumelé à Wimbledon », éclaire notre guide, soulignant ainsi la forte présence de la bonne société anglaise à Menton. Transformé en copropriété, le Riviera Palace (visites guidées avec le service du patrimoine de la ville) a conservé belle allure. Grand jardin privatif, blasons en façade des pays d’origine des clients (Grande-Bretagne, Russie, Lituanie, Pologne...), hall avec cheminée et piano... « Quand le Winter Palace a été bâti en 1901, on l’a surélevé pour qu’il soit visible de loin et dépasse en hauteur son voisin ! », précise tout sourire David Rousseau.
Entre collines et vallons
Dans cette ville jonglant entre vallons (du Careï, de Borrigo, de Garavan, de Gorbio, de Fossan) et hautes collines, le vallon du Fossan et le plateau Saint-Michel dévoilent des facettes moins connues de la ville. Après avoir arpenté tranquillement la vieille ville, son port, son marché couvert, ses jardins Biovès et visité sa basilique baroque Saint-Michel (XVIIe) au superbe clocher de 53 mètres de hauteur, la montée au plateau Saint-Michel depuis le chemin des Terres-Chaudes annonce une nouvelle plongée dans le Menton des villégiatures. Parce que les ruelles et les escaliers grimpent sec, les touristes se font rares ici. Par le long escalier en zigzag des Orangers, il faut bien quarante minutes pour se rendre jusqu’au sommet. On y croise des petites maisons du « Menton d’avant », aux jardinets fleuris et aux terrasses plantées d’oliviers et de vieilles vignes. Certaines villas portent des frises peintes sous les toits. La vue s’élargit peu à peu sur la cité et la Méditerranée, avant de déboucher sur le plateau, vaste aire arborée de 120 000 mètres carrés.
Au sommet du plateau Saint-Michel
« C’était traditionnellement la zone d’évasion des Mentonnais. Aujourd’hui, les écoles, les jeunes, les familles viennent ici s’aérer et faire du sport », affirme Joëlle Martin, chargée de communication à l’office de tourisme. Depuis le grand rocher plat sommital, le panorama s’étend sur la colline voisine de l’Annonciade, la vallée du Careï (un sentier y redescend) et les montagnes du Haut-Pays. Le retour en ville par l’escalier des Rigaudis est à l’image de la montée, bordé de villas et d’anciennes pensions de famille Belle Époque (Villa Claire, pension Rigaldi...). Au bout du sentier du parc Saint-Michel, on jouit en prime d’une vue plongeante splendide sur le Vieux Menton.
Relief en dents de scie
Reste à explorer le vallon de Fossan, face creuse d’une cité au relief en dents de scie. « Avec son côté préservé et ses petites maisons, elle est typique de ce qu’a pu être Menton au XIXe siècle Tout près du centre-ville, c’était un vallon agricole avec des terrasses, dites des “planches”, où l’on cultivait olives, pois chiches, blettes... Il y avait aussi un moulin à huile. À Menton, il y a encore un esprit de vallon », témoigne David Rousseau. Pour preuve, l’exclamation de cet habitant du vallon depuis quarante ans : « J’ai dit au maire, laissez-la comme ça cette vallée ! »
La Fête du citron, rendez-vous survitaminé
De grands hangars cachés dans le vallon du Fossan. Ce qui était il y a cinquante ans les abattoirs municipaux sert de cadre, loin des regards, aux préparatifs de la Fête du citron de Menton, « seule ville au monde à proposer cet événement, inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco », rappelle Christophe Ghiéna, directeur du centre technique municipal. Sous le toit industriel, mille éléments de décor colorés, d’armatures et de bric-à-brac rappellent les défilés de février-mars 2025. Une tête de cheval, des mains, des moutons. Tous sont de taille XXL. « La fête a été créée à la fin du XIXe siècle quand le propriétaire d’un palace a eu l’idée d’un carnaval pour divertir la clientèle. Depuis 1934, les employés municipaux s’occupent de concevoir les décors », précise Christophe Ghiéna. Qui dit « citron » dit « stock », puisque les fruits sont l’élément principal de la fête. « Nous en achetons 150 tonnes en Espagne, dans la région de Murcie. » La production locale est en effet trop précieuse pour l’utiliser sur les dix chars du corso et les huit décors géants des jardins Biovès. Abîmés ou tombés, 20 % sont remplacés chaque nuit. À l’issue des 15 jours de fête, « les fruits sont revendus aux confituriers, les structures métalliques valorisées et les décors en polystyrène réutilisés ». Tout est bon dans le citron.
Distance et itinéraire Antibes-Menton
Quelle est la distance entre Antibes et Menton ?
Moins de quarante kilomètres séparent les deux villes à vol d'oiseau. Et il faut parcourir une cinquantaine de kilomètres pour aller d'Antibes à Menton par la route.
Faut-il choisir le train ou la voiture ?
La meilleure façon de se rendre d'Antibes à Menton reste d'emprunter l'un des nombreux trains directs qui relient quotidiennement les deux villes. En 1h20 maximum et sans bouchon, rendez-vous à Menton.
Quel est le prix d'un billet de train Antibes-Menton ?
Le prix du billet de train Antibes-Menton est d'environ 12 euros.