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Briançon, la cité imprenable de Vauban

Par Hugues Dérouard
source : Détours en France N°227

Juchée à 1 326 mètres, la sous-préfecture des Hautes-Alpes est l’une des plus hautes villes, en altitude, d’Europe. Ses fortifications ont été retenues parmi les « Sites majeurs de Vauban » inscrits au Patrimoine mondial par l’Unesco. Car Briançon garde encore, plus de trois siècles après, la trace indélébile de l’architecte militaire de Louis XIV qui s’adapta avec génie à ce relief montagnard. Elle porte haut sa devise : « Petite ville, grand renom ».

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Vue sur la vieille-ville de Briançon depuis le sommet du fort du château

Lorsque le visiteur vient du col de Montgenèvre (1850 mètres), Briançon le voit arriver de loin. Les forts qui cernent la ville ont été conçus pour repérer au plus tôt l’envahisseur. Pour mieux admirer la cité, une promenade dans le parc de la Schappe, aménagé au cours du XIXe siècle en bordure de la Durance, est tout indiquée : la Vieille-Ville fortifiée s’élève sur son piton rocheux, dans un décor minéral tout simplement grandiose.

Une cité imprenable

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Briançon, le plan d'eau du parc de la Schappe et la citadelle
La citadelle et le parc de la Schappe.

Même si les origines de la ville sont très anciennes – Briançon était déjà fortifiée à l’époque romaine – c’est un peu l’œuvre de Sébastien Le Prestre de Vauban (1633-1707) que l’on contemple encore aujourd’hui. À l’automne 1692, en effet, celui-ci est envoyé par Louis XIV pour protéger la ville des attaques du duc de Savoie Victor-Amédée II, lequel a rallié la Ligue d’Augsbourg contre le royaume de France et, depuis, menace les Alpes. Car Briançon est très vulnérable : « On ne peut rien imaginer de plus inégal ; ce sont des montagnes qui touchent aux nues et des vallées qui descendent aux abîmes... », constate d’ailleurs l’architecte militaire dans une lettre qu’il adresse au roi. Quoi qu’il en soit, il a su parfaitement s’adapter à ce relief escarpé, « tout bossillé ».

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Vue plongeante sur le fort des Salettes construit par Vauban, à Briançon
Le fort des Salettes.

La cité qu’il a dessinée, imprenable, est considérée comme un chef-d’œuvre de fortification en milieu montagnard. Comme les progrès de l’artillerie permettent désormais que les canons atteignent la ville, « il demande la réalisation de deux demi-lunes, ainsi qu’une fausse braie au front d’Embrun, note le service du Patrimoine briançonnais. Cet ouvrage, rendu obligatoire par la forte déclivité, est une sorte de gradin au tracé bastionné placé en contrebas, qui permet d’obtenir des feux beaucoup plus rasants, donc plus efficaces. » Il approfondit les fossés, consolide les courtines, créé embrasures, traverses et poternes, ajoute des portes de garde. Il fait aussi renforcer le vieux château médiéval, et y place une poudrière voûtée en berceau plein-cintre, qui est capable d’abriter 60 tonnes de poudre noire ; ce bâtiment est toujours visible.

« La France » et une « gargouille »

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La sculpture la France de Bourdelle au sommet du fort du château de Briançon
La France d'Antoine Bourdelle.

Après avoir passé la porte de Pignerol, dotée d’un pont-levis et d’une herse, qui garde l’entrée de la ville haute, il faut emprunter le chemin de ronde qui mène justement jusqu’au fort du Château, transformé en totalité au XIXe siècle. Au sommet, où trône une sculpture d’Antoine Bourdelle, intitulée La France (1922), on profite d’un panorama formidable sur les environs. Surtout, on découvre que la Vieille-Ville, malgré sa vocation longtemps militaire, a su conserver un aspect souriant, avec ses cadrans solaires, ses fontaines et ses façades couleur pastel. On est tout de suite charmé par ses ruelles historiques, pavées, pleines de caractère. Artère commerçante et piétonne, la Grande-Rue dévale les pentes. En son milieu, une longue « gargouille », pittoresque rigole à ciel ouvert, d’origine médiévale.

Une église en guise de bouclier

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Jolie vue sur la place d'Armes de Briançon
La place d'Armes.

En chemin, une halte s’impose place d’Armes, le cœur battant de Briançon. Unique secteur plat de la ville, l’esplanade, qui est somme toute de taille modeste, permettait aux officiers de passer en revue leurs troupes. Vauban y a fait creuser un profond puits – dont l’édicule a été récemment reconstruit – pour assurer l’autonomie en eau. C’est lui également, qui décide de pourvoir la cité d’une nouvelle l’église, la monumentale Notre-Dame-et-Saint-Nicolas ornée, sur ses deux tours, d’un beau cadran solaire et d’une horloge. À l’intérieur, elle est dotée d’une horloge supplémentaire, curieusement apposée au plafond... Les Savoyards étant extrêmement pieux, Vauban la fait bâtir délibérément sur le bastion le plus exposé de l’enceinte, renforcé d’une demi-lune. Et il cache une partie des édifices urbains derrière le sanctuaire. L’ennemi, estime-t-il à juste titre, n’osera pas bombarder une église, même si elle sert de bouclier... Tout près : la maison du Temple héberge à présent l’office de tourisme. Érigée en 1575, cette belle demeure de la Renaissance italienne est l’un des rares vestiges des immeubles anciens de la ville, ravagés par plusieurs incendies, mais aussi le plus souvent rasés, pour que leurs pierres puissent servir aux constructions militaires.

Un pont spectaculaire 

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Le pont d'Asfeld construit par Vauban à Briançon
Le pont d'Asfeld.

« Qui tient le haut, tient le bas », formulait Vauban. Lors de son deuxième voyage à Briançon en 1700, après la fin de la guerre de la Ligue d’Augsbourg, il a envisagé plusieurs forts sur les hauteurs. La majorité d’entre eux ont été exécutés après la mort de l’ingénieur (survenue en 1707), puis modifiés au gré de l’évolution de l’artillerie. Citons d’abord la redoute des Salettes, élevée sur la montagne du Poët, dominant dangereusement la ville. Destiné à prévenir les attaques venues du nord, cet ouvrage, avec tour-réduit inspirée des tours médiévales uniquement accessible par un souterrain, fut transformé sous la monarchie de Juillet en une puissante forteresse. Juste au pied des remparts de Briançon, le pont d’Asfeld, équipement tout aussi utilitaire qu’esthétique, enjambe encore spectaculairement la Durance. Il permet d’effectuer la liaison avec le fort des Têtes. Avec ses trois portes d’accès, son ancienne chapelle, son arsenal, ses casernes pouvant loger 1 200 hommes, ce complexe aménagé sur un plateau rocheux surplombant les vallons du Fontenil, à 1 440 mètres, est sans doute le plus impressionnant. Un hôtel de luxe, en projet, devrait valoriser son potentiel patrimonial...

Inscription au patrimoine mondial de l'humanité

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Maquette de la citadelle de Briançon exposée dans l'ancien palais de justice
Maquette de la citadelle exposée dans l'ancien palais de justice.

Le fort des Têtes est relié au fort du Randouillet par un ouvrage étonnant : la communication Y, construite de 1724 à 1734. Il s’agit d’une galerie longue de 200 mètres, en maçonnerie et voûtée en berceau, qui permettait aux soldats de se déplacer à l’abri des tirs ennemis. Le fort du Randouillet avait pour mission d’arrêter les d’attaques provenant des sommets de l’Infernet. C’est dans ce décor grandiose que les militaires du Cnam, le Centre national d’aguerrissement en montagne, se sont longtemps entraînés pour leurs interventions, dont certaines les ont conduits dans les massifs afghans... Les soldats ont quitté les lieux en 2009, un an après que Briançon a fait l’objet d’une inscription par l’Unesco au Patrimoine mondial de l’humanité... Comme onze autres sites Vauban en France. Mais c’est sans doute ici, que l’ingénieur a fait la démonstration la plus probante de la maîtrise de son art militaire.