Le Nord ne ressemble plus qu Nord tel qu'on se l'imagine ici. La brique s'efface derrière la pierre bleue, la tuile laisse place à l’ardoise, les haies du bocage morcellent les prés dans un paysage vallonné plus proche de la Normandie que de la Flandre. Avec raison, on surnomme l’Avesnois la « petite Suisse du Nord ».
Hormis le secteur du Val de Sambre autour de Maubeuge, l’arrondissement d’Avesnes-sur-Helpe est essentiellement rural. Il est bordé au nord et à l’est par le Hainaut belge et, au sud, par la Thiérache picarde. À l’écart des grands axes, loin des autoroutes et des lignes du TGV, l’Avesnois bénéficie d’une nature préservée qui fait tout son charme. Pourtant, cette région appréciée des touristes belges et hollandais reste méconnue chez nous, y compris des Nordistes qui n’y mettent jamais les pieds, persuadés que c’est trop loin. Avesnes-sur-Helpe, sous-préfecture et capitale d’arrondissement, n’est pourtant situé qu’à une heure et demie de route de la métropole lilloise. Alors qu’à l’autre extrémité de la région, Le Touquet nécessite plus de deux heures de trajet.
Les premiers contreforts des Ardennes ont modelé l’horizon en une succession de vallons, où la Sambre et ses affluents serpentent au milieu des champs. Le bocage avesnois, ce sont 59000 hectares de prairies, bordées de 11 500 kilomètres de haies. Le parc naturel de l’Avesnois, l’un des quatre que comptent les Hauts-de-France, a vu le jour en 1998 afin de préserver ce paysage spécifique.
Le Quesnoy, cité star en Nouvelle-Zélande
Pour le visiteur en provenance de la région lilloise, la principale porte d’entrée de l’Avesnois a l’apparence d’une cité fortifiée. Le Quesnoy est une ville de quelque 5000 habitants qui possède une ceinture de remparts intacte, avec huit bastions élevés par Vauban au XVIIe siècle. De nos jours, l’intérêt stratégique de la cité est limité, mais cela n’a pas toujours été le cas. Sous Louis XIV, elle se trouvait en première ligne du pré carré de Vauban. Car pour protéger les conquêtes du Roi-Soleil, il a fallu renforcer la frontière nord menacée par les Pays-Bas espagnols.
Le Quesnoy a subi plusieurs sièges au XVIIIe siècle, puis la menace s’est éloignée… Les remparts ont été déclassés en 1901. Faute d’argent pour les raser, ils ont été conservés et ont joué, une dernière fois, leur rôle défensif en mai 1940. Mais si le nom du Quesnoy s’affiche aujourd’hui à l’autre bout du monde, à Wellington, dans l’hémicycle du parlement néo-zélandais, c’est grâce à un fait d’armes datant de la Grande Guerre.
Un matin de novembre 1918, les soldats kiwis partent à l’assaut des remparts quercytains masqués par le brouillard. À l’aide d’une échelle, ils escaladent les murailles de Vauban et s’emparent de la ville occupée par l’armée allemande. Cet exploit a marqué durablement les Néo-Zélandais. Pour eux, Le Quesnoy est l’équivalent de Verdun, le temps fort de la Première Guerre mondiale. En un siècle, les liens entre la cité nordiste et ses libérateurs n’ont fait que se renforcer. Avec la rue de la Nouvelle-Zélande ou l’avenue des Néo-Zélandais, la toponymie témoigne d’une Histoire que rappelle encore un mémorial de pierre blanche édifié sur les lieux de l’action…
À la sortie du Quesnoy, en direction de Maroilles, s’étend le poumon vert du Nord. La forêt de Mormal n’est pas aussi vaste que celle de Compiègne, mais elle est le plus grand massif forestier de la région. Ancien domaine royal, elle est composée en grande partie de chênes (en vieux français, « quesnoy » signifie « chênaie ») et abrite une forte population de cerfs, chevreuils et sangliers. Ainsi, elle couvre près du quart du territoire de l’Avesnois et est abondamment fréquentée par les randonneurs qui empruntent le GR 122.
Maroilles, le pays du fromage
De l’autre côté de la forêt se trouve la capitale touristique de l’Avesnois. Maroilles – 1500 habitants – porte un nom célèbre, celui qu’elle a donné au « plus fin des fromages forts ». La plupart des Français ont fait connaissance avec la spécialité locale à la sortie du film de Dany Boon, Bienvenue chez les Ch’tis (2008). Le maroilles, pourtant, existe depuis le Moyen Âge.
Il aurait été créé par les moines de l’abbaye bénédictine, laquelle fut détruite après la Révolution française. Principal vestige de cet établissement, la grange dîmière datant de 1735 abrite la Maison du parc naturel de l’Avesnois. Aux devantures des boutiques de produits régionaux qui fleurissent dans la rue principale, le maroilles occupe la place d’honneur. C’est un fromage à base de lait de vache, à pâte molle et croûte lavée, à l’odeur puissante et au goût fort. Il se présente sous la forme de pavés carrés recouverts d’une croûte striée, de teinte orangée.
Protégé par une appellation d’origine depuis 1955, il est fabriqué dans l’Avesnois et la Thiérache par une douzaine de producteurs. Pour l’essentiel, ce sont des fermiers. Ainsi, la famille Gravez à Saint-Aubin, situé à 8 kilomètres d’Avesnes-sur-Helpe. À la fin des années1960, Claudine et Michel Gravez ont commencé à produire artisanalement des maroilles et des boulettes d’Avesnes. Un demi-siècle plus tard, leurs fils Alexandre et David sont à la tête d’un troupeau de 170 vaches et d’une fromagerie employant une vingtaine de salariés.
Il y a cinq ans, la fromagerie a quitté l’exploitation des origines et a traversé la route pour emménager dans des locaux adaptés à l’accueil du public. Un couloir de visite suit la chaîne de fabrication.
Avant d’arriver à maturation, le maroilles est lavé, retourné et brossé à l’eau salée. Chaque jour, à la ferme du Pont des Loups, 4000 litres de lait sont transformés en 450 kilos de fromages. Le maroilles reste le produit phare des Gravez mais il existe des variantes qui méritent d’être découvertes, comme la boulette d’Avesnes aromatisée aux herbes ou le T’Chiot Biloute, une création maison qui se déguste après un passage au four.
Région rurale, l’Avesnois possède également une histoire industrielle. À l’extrémité est du département, la ville de Fourmies était connue pour ses usines à la campagne. Au XIXe siècle, elle était en plein boom économique. La cité et ses alentours comptaient 80 filatures de laine, employant chacune plusieurs centaines d’ouvriers et d’ouvrières. On y cardait et filait la laine de mouton en provenance de Nouvelle-Zélande, dans des conditions de production très éprouvantes. Le textile fourmisien, révolu depuis les années 1970, a marqué l’histoire sociale. Le 1er mai 1891, l’armée a tiré sur les grévistes qui manifestaient à l’occasion de la première célébration en France de la Journée internationale des travailleurs. Le bilan fut extrêmement lourd avec neuf morts et 35 blessés. L’ancienne filature Prouvost-Masurel, transformée aujourd’hui en musée du Textile et de la Vie sociale, évoque cet épisode. Elle retrace aussi les conditions de travail et les revendications des ouvriers de l’époque.
Outre le traitement de la laine à Fourmies, une industrie plus ancienne a franchi les siècles. Comme c’est le cas dans plusieurs villes des Hauts-de-France, on a longtemps travaillé le verre. Dans le secteur de Trélon et de Sars-Poteries, les fabriques trouvaient le sable, la matière première, et le bois, nécessaire à la cuisson. Pendant plusieurs siècles, ces deux communes proches d’Avesnes-sur-Helpe ont vécu de l’industrie verrière. À Sars-Poteries, un musée, ouvert en 1967 pour témoigner de ce savoir-faire, a eu droit à une cure de jouvence spectaculaire en 2016. À la sortie du village, à la limite des pâturages où paissent des vaches bleues du Nord, se dresse un bâtiment résolument moderne. Le MusVerre, magnifique écrin aux murs de pierre bleue, abrite aussi bien une collection de « bousillés », pièces naïves et colorées qui étaient réalisées par les souffleurs pendant leurs pauses, que des créations de verriers contemporains venus du monde entier exercer leur art sur place, lors d’une résidence d’artistes dans l’Avesnois.
À vélo, autour du lac de ValJoly
Encore un plus à l’est, à la limite de la Belgique, alors que le terrain se fait plus accidenté, les travaux sur la rivière Helpe Mineure ont donné naissance, dans les années 1960, au principal équipement de loisirs de la région d’Avesnes. Le lac du ValJoly est le plus grand pland’eau du nord de la France. Il s’agit d’un lac de barrage créé pour réguler le cours de la rivière qui alimentait la centrale électrique de Pont-sur-Sambre, 20 kilomètres en aval. Plus tard, une base nautique et une station verte, avec boutiques et restaurants, ont vu le jour sur les rives de la retenue d’eau, soit 400 hectares de nature dédiés aux loisirs. Même si on ne peut toujours pas se baigner dans le lac, on y pratique la voile, l’équitation, la pêche ou la randonnée. Au ValJoly, la discipline reine est le VTT. Sur place, la Maison des sports et de la nature propose des vélos à la location pour parcourir la centaine de kilomètres de sentiers balisés.
La forêt de Trélon qui s’étend sur la rive sud, avec ses pistes vallonnées, le bocage, les villages, les carrefours marqués par la présence de chapelles, est un terrain de jeu parfait pour les vététistes. Outre le classique « tour du lac » (une balade facile de 18 km), plusieurs parcours balisés entre 3,5 et 45 kilomètres permettent de découvrir les environs riches en histoire. Comme celle du clocher penché de l’église de Solre-le-Château. Selon la légende, victime d’un torticolis après s’être incliné pour admirer une jeune mariée, il n’a jamais pu retrouver sa position d’origine… Moins urbanisé et moins touché par les transformations éprouvées par les autres territoires nordistes, l’Avesnois apparaît magnifiquement préservé.