Arrivée de la flamme olympique à Marseille, cérémonies d'ouverture de Paris 2024, commémoration des quatre-vingts ans du Débarquement, défilé du 14 Juillet… Les grands événements nationaux, mais aussi de nombreux meetings aériens à travers le monde, sont marqués par un intense moment d’émotion lorsque le ballet aérien de la Patrouille de France illumine le ciel de son panache tricolore. Les figures en escadrille d’une précision millimétrée font rayonner le savoir-faire aéronautique de la France et inspirent des vocations. Cette unité de légende est installée sur la base aérienne 701 à Salon-de-Provence où sont formés les officiers de l’armée de l’air et de l’espace. Profil et recrutement au sein de la Patrouille de France, conception des démonstrations [plans de vol avec figures, créés par le chef de patrouille, ndlr], quotidien de l’équipe, nous avons voulu en savoir plus en allant à la rencontre de ces pilotes d’exception.
Un indispensable sens du collectif
Chaque année, une vingtaine de candidats postule pour intégrer la Patrouille acrobatique de France (PAF) qui compte neuf pilotes dont un remplaçant. Les prérequis ? Être un pilote de chasse justifiant d’au moins 1 500 heures de vol et de l’obtention de la qualification de chef de patrouille. « C’est le côté humain qui prime dans le recrutement. Il faut pouvoir s’intégrer dans l’équipe et avoir envie de vivre de manière collective, car on vole ensemble, on s’entraîne ensemble et on vit ensemble, du jeudi au lundi, durant la saison des meetings », explique le capitaine Cédric Queyranne, pilote qui a rejoint la PAF pour la saison 2024. Ainsi, le recrutement se fait par cooptation. Chaque année, l’équipe en place retient trois nouveaux pilotes pour intégrer l’escadre et remplacer les trois partants. « Il faut être prêt à une remise en question totale de la technicité, car contrairement à nos missions précédentes, on apprend à voler à huit. On repart de zéro, il faut savoir faire preuve d’humilité », insiste le trentenaire.
Neuf postes composent l’escadre, chacun étant désigné par un numéro accolé à Athos, l’indicatif générique de la Patrouille de France. Athos 1 est le leader, véritable chef d’orchestre du ballet aérien, qui guide à la voix les autres pilotes pour l’exécution des figures. Un pilote ne peut être leader qu’une seule année et ceci après être passé par le poste de charognard (Athos 4). Les trois nouveaux pilotes occupent toujours un poste près du leader : intérieurs droit et gauche (Athos 2 et 3) et charognard. Derrière eux, les solos (Athos 5 et 6) sont ceux qui réalisent lesfigures en duo. Athos 7 et 8 occupent les postes d’extérieurs droit et gauche. Enfin, Athos 9 est le plus ancien pilote de la PAF. Il peut remplacer tous les postes, sauf celui de leader. Tous les ballets aériens sont réalisés avec huit avions sauf à une occasion : le défilé du 14 Juillet où les neuf pilotes volent ensemble pour la formation Big Nine.
L'Alpha Jet comme avion de pointe
L’aéronef de la Patrouille de France est loin d’être bourré de technologie. Utilisé depuis plus de quarante ans par les pilotes de l’unité de démonstration, l’Alpha Jet a surtout l’avantage d’être très manœuvrant et de ne présenter aucun problème lors des pointes de vitesse transsoniques. Cela en fait l’avion idéal pour les vols acrobatiques. Jusqu’à ces dernières années, le biréacteur était aussi utilisé pour la formation des pilotes de chasse. Parmi les quelques modifications apportées pour la PAF, le conteneur canon sous le ventre a été remplacé par le conteneur fumigène qui permet de tracer dans le ciel un panache tricolore. L’Alpha Jet décolle en 700 mètres et atteint une vitesse maximale Mach 0,86, soit près de 1 000 kilomètres par heure.
Visualisation mentale du vol aérien
La voix du leader emplit la salle de briefing, tandis que ses mains se livrent à une chorégraphie précise. « Cadence, cadence bien, cadence encore, cadence plus, cadence toujours… » Guidés par cette litanie incompréhensible pour le néophyte, les pilotes de la PAF miment, certains les yeux fermés, les gestes qu’ils s’apprêtent à accomplir en vol. « Nous pilotons au trim c’est-à-dire avec une sorte de joystick positionné au sommet du manche, sous le pouce de la main droite. On actionne cet interrupteur comme on actionnerait un manche. En amont de chaque vol, on visualise mentalement tous les gestes avec cette répétition », nous explique le capitaine NicolasDesagulier, intérieur gauche (Athos 3). Le leader est bien un chef d’orchestre et, en vol, c’est sur sa voix uniquement, « son flow » et sur la position de son avion, que s’appuient les pilotes pour réaliser les figures acrobatiques.
Un florilège de figures techniques
Chaque année, le leader crée une nouvelle « série » ou « démonstration », le plan de vol d’une durée de vingt minutes environ présenté lors des meetings aériens de la saison estivale. La première partie nommée « ruban » met en scène les huit Alpha Jet dans des figures lentes, en différentes formations, comme le diamant, le canard ou la flèche, puisées dans le répertoire de la PAF. L’art du vol en escadrille ? « Les spectateurs doivent avoir l’impression de ne voir voler qu’un seul avion », résume Athos 3. La seconde partie ou « synchronisation » voit évoluer les Alpha Jet en groupe de deux, quatre ou six avec des figures dynamiques comme le croisement. En dehors des meetings aériens, la PAF peut réaliser des passages lors d’un événement, en signant le ciel de son panache tricolore ou en exécutant des figures sur mesure comme les anneaux olympiques. La mise au point de la série s’effectue entre octobre et mai. Lors du ballet aérien, les pilotes volent à une vitesse allant de 300 à 800 kilomètres par heure.
Mécanicien et pilote : une confiance absolue
La Patrouille de France est la seule escadre où le pilote confie à son mécanicien la responsabilité de contrôler son avion avant le décollage. C’est le signe de la relation de confiance établie entre ce duo. C’est d’ailleurs le mécanicien qui choisit le pilote avec lequel il souhaite travailler. Nommé pistard, il accompagne le pilote sur toutes les représentations. L’équipe de dépannage reste à Salon-de-Provence. Une quarantaine de mécaniciens assurent la disponibilité de 12 Alpha Jet et permettent à la PAF d’être autonome, même en meeting. Le plus grand risque pour les avions ? Les oiseaux qu’un camion effaroucheur veille à éloigner avant chaque vol.
Entre octobre et mai, les pilotes répètent les figures aériennes et préparent leurs organismes avec un programme sportif rigoureux. En vol, ils subissent des accélérations variant entre – 3G et + 7G. En plus du port de la combinaison anti-G pour favoriser la circulation du sang à travers tout le corps et prévenir les évanouissements, la préparation physique reste essentielle. Chaque journée commence à 7 h 50 par une séance de sport d’environ 25 minutes avant les vols d’entraînement, qui ont lieu entre 9 h 30 et 12 h 30. Chaque vol est encadré d’un briefing et d’un débriefing. Entre 16 heures et 17 heures, une nouvelle séance sportive, collective, vise à renforcer l’esprit d’équipe. Les pilotes se consacrent ensuite à de l’instruction ou à des tâches administratives, sauf si un troisième vol d’entraînement s’avère nécessaire.
Ambassadeurs des Ailes de France
Membres d’une unité de démonstration de l’armée de l’air et de l’espace, les pilotes déploient leur savoir-faire technique lors des séries en patrouille serrée et au cours de figures aériennes à hauts risques. En vol, les avions peuvent être proches de deux mètres, descendre jusqu’à 30 mètres à peine au-dessus du sol ou effectuer des croisements périlleux, et cela sans l’assistance d’outils technologiques. C’est dans les années 1930 que la première patrouille acrobatique est recensée en France. D’Étampes, elle rejoint la base de Salon-de-Provence en 1937 avant d’être dissoute durant la Seconde Guerre mondiale. Après l’officialisation du nom de « Patrouille de France » lors d’un meeting aérien à Alger en 1953, plusieurs escadres dans l’Hexagone se verront confier la mission de représenter le savoir-faire aéronautique français. En 1964, la PAF s’installe définitivement sur la base aérienne de Salon-de-Provence. La France compte d’autres unités de démonstration comme l’Équipe de voltige de l’armée de l’air et de l’espace (EVAAE), également présente à Salon, ou le Rafale Solo Display.