Les secrets de la patrouille de France

Les pilotes de la Patrouille de France s’entraînent plusieurs fois par jour à bord d’Alpha Jet, un avion de combat ultra-maniable surnommé le « Gadget ». Au programme, maîtrise des plans de vol et des figures hautement périlleuses. À g., une série en formation grande flèche. Les pilotes de la Patrouille de France s’entraînent plusieurs fois par jour à bord d’Alpha Jet, un avion de combat ultra-maniable surnommé le « Gadget ». Au programme, maîtrise des plans de vol et des figures hautement périlleuses. - © Bertrand Rieger / Détours en France

Publié le par Florence Donnarel

L'essentiel

Résumé par l’IA, validé par la Rédaction.

  • La Patrouille de France, unité de légende basée à Salon-de-Provence, est célèbre pour ses démonstrations aériennes lors de grands événements nationaux, mettant en lumière le savoir-faire aéronautique français et suscitant des vocations.
  • Composée de neuf pilotes, dont un remplaçant, la Patrouille se distingue par un recrutement basé sur l'humain et le collectif, nécessitant au moins 1 500 heures de vol et la qualification de chef de patrouille.
  • Utilisant l'Alpha Jet pour ses performances acrobatiques, les démonstrations de la Patrouille incluent des figures aériennes précises et synchronisées, conçues chaque année pour émerveiller le public lors des meetings aériens.

Arrivée de la flamme olympique à Marseille, cérémonies d'ouverture de Paris 2024, commémoration des quatre-vingts ans du Débarquement, défilé du 14 Juillet… Les grands événements nationaux, mais aussi de nombreux meetings aériens à travers le monde, sont marqués par un intense moment d’émotion lorsque le ballet aérien de la Patrouille de France illumine le ciel de son panache tricolore. Les figures en escadrille d’une précision millimétrée font rayonner le savoir-faire aéronautique de la France et inspirent des vocations. Cette unité de légende est installée sur la base aérienne 701 à Salon-de-Provence où sont formés les officiers de l’armée de l’air et de l’espace. Profil et recrutement au sein de la Patrouille de France, conception des démonstrations [plans de vol avec figures, créés par le chef de patrouille, ndlr], quotidien de l’équipe, nous avons voulu en savoir plus en allant à la rencontre de ces pilotes d’exception.

Un indispensable sens du collectif

Installé dans le cockpit, le capitaine Cédric Quey- ranne effectue les dernières vérifications d’usage avant chaque vol. Dans le même temps, l’adjudant Nicolas Renard, son pistard, inspecte scrupuleusement l’avion de combat pour s’assurer de son aptitude à voler.
Installé dans le cockpit, le capitaine Cédric Queyranne effectue les dernières vérifications d’usage avant chaque vol. © Bertrand Rieger / Détours en France
Dans le même temps, l’adjudant Nicolas Renard, son pistard, inspecte scrupuleusement l’avion de combat pour s’assurer de son aptitude à voler.
Dans le même temps, l’adjudant Nicolas Renard, son pistard, inspecte scrupuleusement l’avion de combat pour s’assurer de son aptitude à voler. © Bertrand Rieger / Détours en France

Chaque année, une vingtaine de candidats postule pour intégrer la Patrouille acrobatique de France (PAF) qui compte neuf pilotes dont un remplaçant. Les prérequis ? Être un pilote de chasse justifiant d’au moins 1 500 heures de vol et de l’obtention de la qualification de chef de patrouille. « C’est le côté humain qui prime dans le recrutement. Il faut pouvoir s’intégrer dans l’équipe et avoir envie de vivre de manière collective, car on vole ensemble, on s’entraîne ensemble et on vit ensemble, du jeudi au lundi, durant la saison des meetings », explique le capitaine Cédric Queyranne, pilote qui a rejoint la PAF pour la saison 2024. Ainsi, le recrutement se fait par cooptation. Chaque année, l’équipe en place retient trois nouveaux pilotes pour intégrer l’escadre et remplacer les trois partants. « Il faut être prêt à une remise en question totale de la technicité, car contrairement à nos missions précédentes, on apprend  à voler à huit. On repart de zéro, il faut savoir faire preuve d’humilité », insiste le trentenaire.

Neuf postes composent l’escadre, chacun étant désigné par un numéro accolé à Athos, l’indicatif générique de la Patrouille de France. Athos 1 est le leader, véritable chef d’orchestre du ballet aérien, qui guide à la voix les autres pilotes pour l’exécution des figures. Un pilote ne peut être leader qu’une seule année et ceci après être passé par le poste de charognard (Athos 4). Les trois nouveaux pilotes occupent toujours un poste près du leader : intérieurs droit et gauche (Athos 2 et 3) et charognard. Derrière eux, les solos (Athos 5 et 6) sont ceux qui réalisent lesfigures en duo. Athos 7 et 8 occupent les postes d’extérieurs droit et gauche. Enfin, Athos 9 est le plus ancien pilote de la PAF. Il peut remplacer tous les postes, sauf celui de leader. Tous les ballets aériens sont réalisés avec huit avions sauf à une occasion : le défilé du 14 Juillet où les neuf pilotes volent ensemble pour la formation Big Nine.

L'Alpha Jet comme avion de pointe 

un Alpha Jet entreposé dans le hangar, où l’équipe de dépannage est amenée à effectuer des opérations de maintenance programmées ou des réparations importantes.
Un Alpha Jet entreposé dans le hangar, où l’équipe de dépannage est amenée à effectuer des opérations de maintenance programmées ou des réparations importantes. © Bertrand Rieger / Détours en France

L’aéronef de la Patrouille de France est loin d’être bourré de technologie. Utilisé depuis plus de quarante ans par les pilotes de l’unité de démonstration, l’Alpha Jet a surtout l’avantage d’être très manœuvrant et de ne présenter aucun problème lors des pointes de vitesse transsoniques. Cela en fait l’avion idéal pour les vols acrobatiques. Jusqu’à ces dernières années, le biréacteur était aussi utilisé pour la formation des pilotes de chasse. Parmi les quelques modifications apportées pour la PAF, le conteneur canon sous le ventre a été remplacé par le conteneur fumigène qui permet de tracer dans le ciel un panache tricolore. L’Alpha Jet décolle en 700 mètres et atteint une vitesse maximale Mach 0,86, soit près de 1 000 kilomètres par heure.

Équipés de leur tenue anti-G, les membres de l’escouade rejoignent le tarmac et leur Alpha Jet après le briefing. Investissement total et fort esprit d’équipe sont des prérequis indispensables pour ces pilotes qui doivent apprendre à voler à huit et gérer le stress des risques encourus.
Équipés de leur tenue anti-G, les membres de l’escouade rejoignent le tarmac et leur Alpha Jet après le briefing. Investissement total et fort esprit d’équipe sont des prérequis indispensables pour ces pilotes qui doivent apprendre à voler à huit et gérer le stress des risques encourus. © Bertrand Rieger / Détours en France

Visualisation mentale du vol aérien

Briefing dans les locaux de la PAF et répétition en musique avant le vol, avec Athos 1 – le leader – en chef d’orchestre.
Briefing dans les locaux de la PAF et répétition en musique avant le vol, avec Athos 1 – le leader – en chef d’orchestre. © Bertrand Rieger / Détours en France

La voix du leader emplit la salle de briefing, tandis que ses mains se livrent à une chorégraphie précise. « Cadence, cadence bien, cadence encore, cadence plus, cadence toujours… » Guidés par cette litanie incompréhensible pour le néophyte, les pilotes de la PAF miment, certains les yeux fermés, les gestes qu’ils s’apprêtent à accomplir en vol. « Nous pilotons au trim c’est-à-dire avec une sorte de joystick positionné au sommet du manche, sous le pouce de la main droite. On actionne cet interrupteur comme on actionnerait un manche. En amont de chaque vol, on visualise mentalement tous les gestes avec cette répétition », nous explique le capitaine NicolasDesagulier, intérieur gauche (Athos 3). Le leader est bien un chef d’orchestre et, en vol, c’est sur sa voix uniquement, « son flow » et sur la position de son avion, que s’appuient les pilotes pour réaliser les figures acrobatiques.

Un florilège de figures techniques

Chaque année, le leader crée une nouvelle « série » ou « démonstration », le plan de vol d’une durée de vingt minutes environ présenté lors des meetings aériens de la saison estivale. La première partie nommée « ruban » met en scène les huit Alpha Jet dans des figures lentes, en différentes formations, comme le diamant, le canard ou la flèche, puisées dans le répertoire de la PAF. L’art du vol en escadrille ? « Les spectateurs doivent avoir l’impression de ne voir voler qu’un seul avion », résume Athos 3. La seconde partie ou « synchronisation » voit évoluer les Alpha Jet en groupe de deux, quatre ou six avec des figures dynamiques comme le croisement. En dehors des meetings aériens, la PAF peut réaliser des passages lors d’un événement, en signant le ciel de son panache tricolore ou en exécutant des figures sur mesure comme les anneaux olympiques. La mise au point de la série s’effectue entre octobre et mai. Lors du ballet aérien, les pilotes volent à une vitesse allant de 300 à 800 kilomètres par heure.

Mécanicien et pilote : une confiance absolue

Une vraie relation de confiance doit pouvoir s’installer entre les pilotes et leurs mécaniciens de piste, sur- nommés les « pistards ». Ces derniers choisissent traditionnellement le binôme avec lequel ils souhaitent travailler.
Une vraie relation de confiance doit pouvoir s’installer entre les pilotes et leurs mécaniciens de piste, surnommés les « pistards ». Ces derniers choisissent traditionnellement le binôme avec lequel ils souhaitent travailler. © Bertrand Rieger / Détours en France

La Patrouille de France est la seule escadre où le pilote confie à son mécanicien la responsabilité de contrôler son avion avant le décollage. C’est le signe de la relation de confiance établie entre ce duo. C’est d’ailleurs le mécanicien qui choisit le pilote avec lequel il souhaite travailler. Nommé pistard, il accompagne le pilote sur toutes les représentations. L’équipe de dépannage reste à Salon-de-Provence. Une quarantaine de mécaniciens assurent la disponibilité de 12 Alpha Jet et permettent à la PAF d’être autonome, même en meeting. Le plus grand risque pour les avions ? Les oiseaux qu’un camion effaroucheur veille à éloigner avant chaque vol.

Entre octobre et mai, les pilotes répètent les figures aériennes et préparent leurs organismes avec un programme sportif rigoureux. En vol, ils subissent des accélérations variant entre – 3G et + 7G. En plus du port de la combinaison anti-G pour favoriser la circulation du sang à travers tout le corps et prévenir les évanouissements, la préparation physique reste essentielle. Chaque journée commence à 7 h 50 par une séance de sport d’environ 25 minutes avant les vols d’entraînement, qui ont lieu entre 9 h 30 et 12 h 30. Chaque vol est encadré d’un briefing et d’un débriefing. Entre 16 heures et 17 heures, une nouvelle séance sportive, collective, vise à renforcer l’esprit d’équipe. Les pilotes se consacrent ensuite à de l’instruction ou à des tâches administratives, sauf si un troisième vol d’entraînement s’avère nécessaire.

Juste avant l’entraînement, les pilotes récupèrent leur casque avec inhalateur à oxygène dans le couloir.
Juste avant l’entraînement, les pilotes récupèrent leur casque avec inhalateur à oxygène dans le couloir. © Bertrand Rieger / Détours en France

Ambassadeurs des Ailes de France

Membres d’une unité de démonstration de l’armée de l’air et de l’espace, les pilotes déploient leur savoir-faire technique lors des séries en patrouille serrée et au cours de figures aériennes à hauts risques. En vol, les avions peuvent être proches de deux mètres, descendre jusqu’à 30 mètres à peine au-dessus du sol ou effectuer des croisements périlleux, et cela sans l’assistance d’outils technologiques. C’est dans les années 1930 que la première patrouille acrobatique est recensée en France. D’Étampes, elle rejoint la base de Salon-de-Provence en 1937 avant d’être dissoute durant la Seconde Guerre mondiale. Après l’officialisation du nom de « Patrouille de France » lors d’un meeting aérien à Alger en 1953, plusieurs escadres dans l’Hexagone se verront confier la mission de représenter le savoir-faire aéronautique français. En 1964, la PAF s’installe définitivement sur la base aérienne de Salon-de-Provence. La France compte d’autres unités de démonstration comme l’Équipe de voltige de l’armée de l’air et de l’espace (EVAAE), également présente à Salon, ou le Rafale Solo Display.

Le 5 juillet dernier, à Salon-de- Provence, survol de la Patrouille de France lors de la cérémonie officielle de l’échange des Gardes, qui vient clore la première année des élèves-officiers de l’École de l’air et de l’espace. En 2024, la promotion Capitaine Romain Gary a ainsi transmis la garde du drapeau aux « poussins » promus de la classe Jean Moulin.
Le 5 juillet dernier, à Salon-de- Provence, survol de la Patrouille de France lors de la cérémonie officielle de l’échange des Gardes, qui vient clore la première année des élèves-officiers de l’École de l’air et de l’espace. En 2024, la promotion Capitaine Romain Gary a ainsi transmis la garde du drapeau aux « poussins » promus de la classe Jean Moulin. © Bertrand Rieger / Détours en France

Sources

Sujets associés