En Suisse ou en France, cette pratique sportive inspirée du sauvetage pratiqué autrefois à bord de baleinières est fortement ancrée dans la culture locale. Chaque été, les 34 sections de sauveteurs du Léman, plus nombreuses sur la rive helvétique, s’affrontent lors des compétitions sportives. Une passion sans frontières. La section de Lugrin, au pied des Mémises à l’est d’Évian, est l'une des plus dynamiques.
Quel est le nom de la course de bateaux à rames au départ de Lugrin ?
Le Marathon du lac, un parcours de 11 kilomètres sur le Léman au départ de Lugrin, en Haute-Savoie, jusqu’à Villette, sur la rive suisse.
Des bateaux de pêcheurs à rames
Dans les armoires vitrées de son local au bord de l’eau, il n’y a plus de place pour les trophées remportés depuis la création de l’association en 1894. « Notre palmarès est un formidable levier de recrutement, se félicite Bruno Mongault, son président. Nous comptons 95 membres, dont 70 rameurs, ce qui permet de constituer trois équipes masculines et une féminine. » Il est 18h30 et une première session d’entraînement va commencer. « À la fin du XIXe siècle et jusque dans les années 1960, le sauvetage sur le Léman se faisait à bord de bateaux de pêcheurs équipés de rames et sur lesquels on pouvait hisser une voile. Puis, les vedettes ont remplacé les canots qui ont été peu à peu abandonnés. C’est plus tard que l’on a repris cette tradition de la barque. Ainsi, la plupart des sections de sauvetage ont, comme nous, deux activités, le secours à bord de vedettes et la pratique sportive et traditionnelle de la rame à bord de canots. Les rameurs ne sont pas forcément sauveteurs. »
Un sport exigeant sur une embarcation en bois
Torses nus ou vêtus du tee‐shirt rouge de l’association, neuf gros bras tirent le Mutin de son hangar et le guident sur les rails jusqu’à l’eau. Fuseau de mélèze pointu à l’avant et à l’arrière, la baleinière de 12 mètres pèse 1,3 tonne. « C’est un sport de barbare, concède le président de la section. On ne tire que d’un côté, le siège ne bouge pas contrairement à l’aviron, et il faut veiller à caler son mouvement sur celui des autres. » Sous les ordres du barreur, l’équipe travaille sa ramerie : « On recherche le mouvement parfait dans un effort collectif », insiste le responsable de la section. Il peut y avoir deux à quatorze rameurs mais pour les compétitions de type challenge ce sont en général huit rameurs par barque qui s’affrontent. »
Entraînement intensif des rameurs sauveteurs
L’équipe tient la cadence et le canot file vers l’est, là où la montagne se rapproche du lac et semble écraser le village de Meillerie. Le rivage de Lugrin est plus accueillant avec sa longue plage de galets ombragée d’érables et de cèdres. « À partir de début juin, on s’entraîne tous les soirs après le boulot. Les samedis sont consacrés aux courses. Rien qu’en France, il y en a huit à neuf dans la saison. Le Marathon du lac est l’une d’elles, 11 kilomètres au départ de Lugrin jusqu’à Villette, en face, sur la rive suisse, dans le vignoble de Lavaux. » Il faut aller au Pays basque pour retrouver des équipes de rameurs à bord de canots s’affronter sur l’eau avec une telle ferveur. À Lugrin, l’intensité de l’entraînement bénéficie aux rameurs qui sont aussi sauveteurs. « Nous sommes sur le Haut-Lac, là où la profondeur moyenne du Léman est la plus importante, avec de grosses conditions de vent », souligne le président de la section qui réalise une vingtaine de sauvetages par an, entre Évian et Meillerie.