L’ascension du Mont Ventoux à vélo électrique
Sommet mythique du Tour de France qui culmine à mille neuf cent dix mètres d'altitude, le géant de Provence n'est pas réservé aux cyclistes aguerris. Au guidon d'un deux-roues électrique, la « bosse » est accessible aux plus motivés.
L'ascension la plus célèbre du mont Ventoux s'effectue depuis Bédoin, village au pied du versant sud, sur une route bitumée ouverte entre avril et novembre, selon les conditions météorologiques. Au programme, un parcours de près de 21 kilomètres, 1 600 mètres de dénivelé et une pente autour de 10 % sur une grande partie de l’itinéraire. « Il peut y avoir jusqu’à 1 500 cyclistes par jour et il faut composer avec le trafic automobile. La prudence est de mise : on roule en file indienne si l’on est plusieurs », nous explique Olivier Brunaud, guide qui s’apprête à grimper avec nous. Ses conseils pour réussir la montée ? « Le pédalage doit être fluide pour obtenir une bonne cadence, sans forcer. Et l’on veille à appuyer sur la pédale avec la première moitié du pied. » À la sortie du village, vignobles et vergers festonnés de coquelicots composentun tableau bucolique.
Au loin, à main gauche, la longue croupe du mont Ventoux et son sommet pelé, reconnaissable à sa tour blanche. Le virage de Saint-Estève annonce le début des lacets. Sept courbes à travers les rochers et une épaisse forêt de chênes où flotte l’odeur du buis. La montée devient franche, les hêtres puis les pins à crochets remplacent la chênaie. Une ambiance montagnarde et une fraîcheur bienvenue nous escortent jusqu’au Chalet Reynard, restaurant situé à 1 447 mètres d’altitude et étape connue du parcours. Désormais, la route serpente parmi les pierriers tapissés ici et là de genévriers nains et criblés, en ce printemps, de campanules des Alpes violettes. L’atmosphère est devenue lunaire.
La vue sur le sommet et sa tour militaire en forme de fusée récompense les coups de pédale. Les poteaux rouges et bleus qui balisent les crêtes nous installent dans le domaine du céleste. Puis vient le col des Tempêtes. Proche de l’arrivée, il nous épargne ce jour-là ses violentes rafales qui peuvent atteindre 300 kilomètres par heure. Au col se dévoile au nord le bel enchevêtrement de reliefs des Baronnies provençales. Encore quelques efforts et nous atteignons le sommet, à 1 910 mètres. Par temps clair, le panorama s’ouvre de la Méditerranée jusqu’aux Alpes.
Plongée dans les gorges de la Nesque
Au sud-est du mont Ventoux, entre les villages de Monieux et Méthamis, la Nesque entaille le massif pour dessiner un sculptural canyon. Suspendu entre les barres rocheuses et le cours d’eau, un sentier pénètre sur près de huit kilomètres dans une nature préservée.
C’est assez rare sous le soleil de Provence : une agréable fraîcheur enveloppe le marcheur dès le début de la randonnée. Depuis le petit lac de Monieux, retenue artificielle des eaux de la Nesque, le sentier s’engage dans un sous-bois d’érables sycomores et de grands buis odorants.
La rivière née à Aurel, quelques kilomètres plus au nord, a façonné un paysage de gorges jusqu’au village de Méthamis. La route panoramique perchée au-dessus de la rive droite ne donne qu’un aperçu de la grandeur de ces abysses. C’est sur le sentier, dans les tréfonds du canyon, qu’il faut être. Peu après le lac, le chemin s’élève rive gauche, à l’écart de la Nesque, vers un petit plateau couvert de chênes blancs. Bientôt, on atteint le sommet des gorges où se dévoile leur fascinante architecture.
D’immenses barres rocheuses lardent l’épaisse végétation dans une belle symphonie de gris et de vert. « Des fouilles archéologiques ont montré que certains des creux qui flanquent ces roches, nommés “baumes” en Provence, étaient occupés par l’homme de Néandertal et même auparavant », éclaire Daniel Villanova, notre guide accompagnateur, familier des lieux. Aujourd’hui, treize couples de vautours fauves nichent dans les parois du rocher du Cire reconnaissable à l’ouest par sa tailleimpérieuse et sa forme arrondie. Avec les vents thermiques de 11 heures, les rapaces, arrivés il y a quelques années à la faveur d’un programme de réintroduction dans les Baronnies provençales, s’envolent haut dans le ciel pour notre bonheur.
Le sentier plonge dans les entrailles du canyon, frôlant les bourrelets rocheux jusqu’à la Nesque chantante aux eaux émeraude, que l’on franchit à un passage à gué. Sur l’autre rive, lovée dans une cavité rocheuse, la chapelle Saint-Michel accueille les marcheurs depuis le XIIe siècle. On y fait une halte avant d’entamer la montée sur une vire où chaque virage dévoile une vue vertigineuse. Plus loin, le sentier s’extirpe des gorges pour déboucher sur la route panoramique. Il se poursuit dans une garrigue semée de bories, ces abris en pierre sèche typiques de la région. Puis, on atteint rapidement le village médiéval de Monieux et son petit lac, ivre de cette parenthèse sauvage.
Sur les sentiers des Dentelles de Montmiral
À l'ouest du Ventoux, ce petit massif aux crêtes délicatement ciselées a tout de la carte postale provençale, son relief magnétique en plus. De Crestet à Lafare, entre les arêtes roches, nous avons tutoyé le ciel et la pierre.
C'est une île dominant les plaines de Carpentras et de l’Ouvèze. Modeste par sa taille, seulement 14 kilomètres sur 12, mais si singulière avec sa silhouette minérale accidentée. Ses ports d’entrée ? Gigondas à l’ouest, Vaison-la-Romaine au nord, Malaucène à l’est, Beaumes-de-Venise au sud. Bienvenue dans les Dentelles de Montmirail. Pour admirer de près les trois chaînes qui balafrent le massif de leurs arêtes crénelées, nous avons opté pour une traversée ambitieuse du nord au sud. Crestet, notre point de départ, est peut-être le plus confidentiel des villages du massif. Comme eux, il présente de délicieux atours : situation perchée, église médiévale, calades et maisons en pierre. Un château, en partie restauré et privé, domine le hameau. Il ouvre sur le mont Ventoux, figure tutélaire qui restera visible sur une grande partie de la randonnée. Sur les premiers kilomètres, le sentier file vers le sud, à travers une forêt de chênes et de pins.
Le paysage s’ouvre à la Pousterle, où l’on s’engage sur la crête de Saint-Amand, la plus haute du massif. Cheveux d’ange flottant au vent, orpin âcre aux nuances jaune vif, liserons roses… un jardin botanique semble s’être enraciné entre les rochers. Si cette crête n’a pas de découpe spectaculaire, elle offre, depuis son sommet à 720 mètres, le plus beau des belvédères sur les trois plis calcaires qui festonnent le massif. D’ouest en est, le Grand Travers, les Dentelles sarrasines et le Grand Montmirail apparaissent entrecoupés de vallons tapissés de vignes et de garrigue. « Ces lames de pierre sont des roches très anciennes redressées à la verticale pardes mouvements tectoniques. Avec cette déformation, des sols vieux de 240 millions d’années se sont intercalés avec des plus jeunes. Cette diversité de terrains explique l’appétence des viticulteurs pour le massif », éclaire notre guide Pierre Peyret. La marche se poursuit sur le Grand Travers. Sur la crête des Trois Yeux, le sentier en balcon dévoile, face à nous, les écailles de pierre des Dentelles sarrasines léchées par les frondaisons. Les trois yeux font référence à trois grandes ouvertures qui percent la muraille. Il nous faut franchir un vallon puis réaliser une franche montée pour s’approcher des lames qui hérissent les Dentelles sarrasines. Là, il n’est pas rare de croiser des grimpeurs chargés de cordes ou d’entendre leurs voix résonner contre les parois. Une brèche près du rocher du Turc nous fait basculer en douceur sur le flanc sud-ouest pour cheminer sur la crête avec un large point de vue ouvrant sur la dernière arête rocheuse, celle du Grand Montmirail. C’est ici que la randonnée atteint son acmé, face à la puissante beauté d’une architecture de pierre tourmentée sous un ciel pommelé de nuages. Un grand rapace, le circaète Jean-le-Blanc, patrouille au-dessus de nos têteset nous arrache à notre contemplation. On redescend alors vers le col d’Alsau pour rejoindre sans heurt une ultime balafre rocheuse. Le sentier se faufile entre le Grand Montmirail et le Clapis qui le prolonge avec d’impérieuses faces verticales. Moins de deux kilomètres en contrebas, le village de Lafare marque la fin de cette exaltante marche.