Turin, une aristocrate moderne
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Turin, une aristocrate moderne

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Esageruma ne, fuma mostra’d niente. Soit, en français : « Ne pas exagérer, ne rien montrer ». Telle serait la devise turinoise, du moins celle des familles de souche, dans cette ville corsetée par un damier de rues rectilignes dont les façades cacheraient des arrière-cours et des jardins somptueux. On peut douter quand même de cet adage. Car qui débarque de la gare de Porta Nuova et remonte à pied la via Roma jusqu’à la piazza Reale, axe majeur et rectiligne du chic turinois, ne peut qu’être saisi par l’emphase architecturale apparente. Hautes bâtisses sur arcades, symétrie parfaite des constructions, solennité des statues... Dès l’extérieur, des piazzas Carlo Felice, San Carlo ou Castello, Turin exhale un parfum d’élégance qui trahit son origine, celle de la riche dynastie des Savoie, dont elle fut la capitale de 1563 à 1713.

Plan romain et résidences classées

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« La cité romaine était déjà organisée en 72 blocs. Lors de l’agrandissement de la ville à l’époque des Savoie, ceux-ci ont conservé la trame d’origine », explique Laura Sgarlazzetta, guide touristique. On finit toujours par se repérer dans ce quadrilatère dont la via Garibaldi, de 1,3 kilomètre de long, ancien decumanus des Romains, en constitue l’axe principal, avec les Alpes, à l’ouest, et des collines, à l’est. Si la porte Palatine en briques rouges demeure le seul vrai monument antique, les traces des ducs savoyards sont, elles, pléthoriques et bien visibles. Inscrites depuis 1997 au patrimoine mondial de l’Unesco, les résidences royales de Turin et du Piémont comptent 22 sites, dont la moitié située en ville.

Les musées et le jardin du Palais Royal

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Sur la piazza Reale, les palais Madama et Reale sont les plus célèbres. Façade baroque conquérante, le premier était la résidence des souveraines de Savoie. Transformé en musée (qui abrite la Naissance de Vénus, de Botticelli, et la magnifique galerie Beaumont et ses armures), le second était le palais des rois. On entre gratuitement dans la bibliothèque royale, au bout de l’aile droite du palais. « Les ducs étaient férus d’art, le lieu donne une idée de la richesse de la maison de Savoie », éclaire Laura, rappelant que la bibliothèque et ses splendides rayonnages en bois accueillent le célèbre autoportrait de Léonard de Vinci. Derrière le palais Reale, le jardin, dessiné par Le Nôtre, est la principale oasis au cœur de la vieille ville.

Monuments historiques et religieux à proximité

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On visitera aussi, le Duomo, qui abrite le saint suaire. On dit que c’est l’une des raisons du choix de Turin comme capitale des Savoie par Emmanuel-Philibert, en 1563. « Il était très attaché au suaire. Mais il trouvait aussi Chambéry [l’ex-capitale, ndlr], trop proche de la France et trop étriquée pour pouvoir la développer à sa guise », précise notre guide. Sur la rive gauche et plate du Pô, la place ne manquait pas. À l’est de la piazza San Carlo où se tient le palais Isnardi di Caraglio (1644-1656), les rues Lagrange, Vittoria, Amadeo et leurs voisines, égrènent les édifices de prestige bâtis sous les Savoie. Ainsi du palais Asinari di San Marzano (1684) et son hall aux splendides colonnes torsadées. Pour l’anecdote, c’est dans une fabrique abritée jadis sur le site qu’aurait été inventé le vermouth, en 1786.

La piazza et le palazzo Carignano

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À proximité du Musée égyptien, sur la place Carignano, on trouve le palais baroque en briques rouges du même nom. Avec, à l’arrière, les anciennes écuries, devenues aujourd’hui la Bibliothèque nationale universitaire. « C’est ici qu’est né Victor-Emmanuel II  et ici aussi qu’il promulgua, en mars 1861, l’unification de l’Italie », rappelle la guide. Un acte fondateur qui souligne le rôle crucial joué par Turin et le Piémont pour structurer le pays. « Son modèle administratif s’est imposé partout en Italie dans des régions qui n’étaient pas prêtes à accueillir une telle organisation. C’est l’une des raisons du ressentiment persistant des gens du Sud à l’égard du Nord. » On finira la balade autour du palais Carignano, en furetant dans la rue Lagrange et ses magasins de mode luxueux, dans la rue Vittoria et ses antiquaires et en découvrant la Galleria Subalpina, la plus belle et raffinée de la ville.

Quel est le monument qui symbolise à Turin la naissance du royaume italien ?

Le palais Carignan, reconnaissable à sa façade en briques rouges, où naquit celui qui deviendrait (ici même) en 1861 le premier roi de l'Italie unifiée. Le palais abrite le musée du Risorgimento, qui raconte l'histoire de ce mouvement d'unification au XIXe siècle.

Un air de campagne sur les hauteurs du Borgo Pô 

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La place ne manquait pas non plus sur les collines pour construire des villas de prestige. Par la via Pô et ses arches (Turin compte 18 kilomètres d’arcades) qui rejoignent l’immense piazza Vittorio Veneto et le pont Emmanuel-Ier, on franchit le fleuve pour grimper dans le quartier de Borgo Pô (les bus n° 52 et 56 y mènent). Changement d’ambiance, si ce n’est de style. Un air de campagne flotte sur ces hauteurs tournées vers les Alpes, ponctuées de villas Liberty mais également plus anciennes, comme la villa della Regina. Résidence de vacances de la princesse Anne puis d’autres reines et duchesses de Savoie, cette maison aux salons richement décorés brille aussi par son jardin aux décors de rocaille (en fausse pierre de corail) et son vignoble. C’est un havre de calme et de nature, avec vue dominante sur la ville.

Balade gourmande dans le vieux Turin

La Galleria Subalpina accueille deux grandes adresses. Depuis 1875, le café Baratti & Milano célèbre l’art de la chocolaterie et de la confiserie. À côté, la librairie Internazionale Luxemburg est la plus ancienne de Turin. Créée en 1872, elle sert aussi un excellent expresso. À deux pas, la place Carignano héberge depuis 1884 Pepino, un restaurant historique, tandis que l’ancienne pharmacie del Cambio sert désormais des plats de qualité. On ira ensuite goûter aux pâtisseries du café San Carlo, au superbe lustre. Avant, si besoin, d’acheter un produit à la pharmacie Masino, qui délivre des médicaments depuis 1667 et arbore toujours le blason de la maison de Savoie !

Nouveaux quartiers branchés et populaires

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Une ville qu’il ne faut pas circonscrire à ses seuls atours historiques. En bas du Borgo Pô, rive droite du fleuve, près de l’église Gran Madre di Dio, l’ancien secteur des buandières qui lavaient encore le linge dans le Pô au début du XXe siècle s’est gentrifié. Il capte désormais une population urbaine qui fréquente les lieux branchés (café Gran Bar, restaurant Monferrato...) dans un esprit typiquement « village ». L’ambiance est plus populaire dans le quartier San Salvario. Près de la gare Porta Nuova, les rues, toujours à angle droit, recèlent quantité d’adresses alternatives, tendance veggie ou chic contemporain, au milieu de restaurants anciens plus familiaux. Quand ils possèdent des terrasses, ces lieux excellent dans « l’art apéritif », tradition turinoise depuis le XIXe siècle où l’avant-soirée s’éternise bruyamment entre amis autour de vins piémontais, de cocktails et d’antipasti. Un coup d’œil au quartier de la gare Porta Susa (celle vers la France) et à ses édifices modernes, à l’image de la tour de 170 mètres de haut de Renzo Piano (2015), achèvera de convaincre que « sans exagération, ni rien montrer », Turin réussit à exposer sa puissance royale autant que son appétit de modernité.

Visite d'une ville industrielle

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Au sud de la ville, ce quartier fut durant soixante ans le centre névralgique de la production automobile de la marque Fiat. Réhabilitée depuis sa fermeture dans les années 1980, l’usine est désormais un vaste vaisseau dédié aux loisirs, à la culture, au commerce et à la formation. Lorsque Giovanni Agnelli, le fondateur, part à Detroit (États‐Unis) en 1912, c’est avec une idée bien précise : visiter les usines Ford et voir quels avantages il peut tirer de ce modèle productif révolutionnaire. Son but ? Bâtir à Turin un nouveau complexe pour répondre à la demande automobile qui explose.

Le Lingotto ou l'empire Fiat

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L’intermède de la guerre achevé, ce sera le Lingotto, un « paquebot » à étages conçu pour fabriquer des voitures par verticalité, du rez‐de‐chaussée jusqu’à la piste d’essai aménagée sur le toit. Pendant plus d’un demi‐siècle, de 1922 jusqu’au milieu des années 1980, le Lingotto va produire des véhicules de la marque, dont la célèbre Fiat 500 Topolino. Même si, dès 1939, une troisième usine encore plus moderne voit le jour à l’extérieur de Turin, sur les terrains étendus de Mirafiori – toujours en activité, le site produit la Fiat 500 électrique –, le Lingotto incarne l’alliance réussie de l’architecture et de l’efficacité industrielles du début du XXe siècle siècle. Son caractère innovant lui vaudra un article laudateur de Le Corbusier. 

Quelle architecture pour entamer le XXIe siècle ?

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Une fois sa fermeture actée, et après la livraison de la dernière Lancia Delta, sa refondation a été confiée à Renzo Piano, l’une des stars de l’architecture italienne. « Son projet était le seul qui ne modifiait pas la silhouette et la structure du bâtiment », témoigne Nemi Ferrara, médiatrice de l’association Arteco, qui organise des visites de la pinacothèque Agnelli, installée dans les murs. Le résultat, né dans les années 1990, est bluffant.

De l'art moderne dans un écrin contemporain

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Le vaisseau Fiat accueille dans ses étages une immense et longue galerie commerciale avec jardin, un auditorium de 1 900 places, un parc d’exposition (dans les anciens ateliers de tôlerie), deux hôtels, des restaurants, un cinéma, l’université polytechnique du Lingotto, des entreprises « technos », et surtout, au quatrième étage et au-dessus, un espace muséal dédié à Fiat et au Lingotto, la pinacothèque Agnelli et la Pista 500, trois attractions majeures. La deuxième expose en permanence 25 œuvres de la collection privée de Giovanni (dit Gianni, petit-fils du fondateur de Fiat) et Marella Agnelli. Que des pièces exceptionnelles ! Manet, Modigliani, Renoir (dont l’iconique La Baigneuse blonde, 1882), deux Picasso et pas moins de sept tableaux de Matisse et six de Canaletto.

Le design audacieux de la Pista 500

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Dernier aménagement, la Pista 500. Ce célèbre anneau d’essai aménagé sur le toit présente une version totalement relookée depuis 2021. Ponctué d’installations contemporaines sculptées, lumineuses et sonores (Marco Giordano, Nan Goldin...), ce mini-circuit a été également agrémenté de nombreuses plantes qui l’ont transformé en partie en jardin ultra-moderne. On admirera en particulier les rampes d’accès au toit, œuvres de béton des années 1920 qui confirment qu’art et industrie pouvaient aller de pair aux temps glorieux de la production automobile.

En bref, quelles sont les 10 choses incontournables à voir à Turin ?

La via Garibaldi, les musées du Palais Royal, la réplique du Saint-Suaire exposée au Duomo, le palais Madama, le palazzo Carignano, le musée Egyptien, la galleria Subalpina et le Lingotto. À l'extérieur de la ville, la Venaria Reale et la basilique Superga valent aussi le détour.