Montbrun-les- Bains, village perché labellisé parmi les beaux de France, est sans doute l’une des communes les plus photogéniques des Baronnies provençales, avec ses calades en pierre sèche et les vestiges du château Renaissance des Dupuy-Montbrun.

Les Baronnies provençales, bastion de nature

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En cette journée de fin juin, géologues et élus locaux se sont donné rendez-vous à la Charce, dans la vallée de l’Oule. La cérémonie de pose du clou d’or vient consacrer le caractère exceptionnel du site du Serre de l’Âne, dans le nord des Baronnies provençales. Une succession de bancs calcaires et de marnes dressés à la verticale raconte les forces à l’œuvre lors de la formation des Pyrénées et des Alpes. « Ces mouvements tectoniques expliquent l’orientation de la plupart des vallées des Baronnies provençales, d’est en ouest et, dans une moindre mesure, du sud au nord », précise Claude Martin, éco-interprète et géologue. « Le site est aussi très fossilifère, car les couches de marne et de calcaire ont surgi du fond d’une mer qui recouvrait la région », poursuit-il avant de s’agenouiller pour examiner le sol. Il soulève quelques pierres et déniche une petite ammonite de l’Hauterivien. L’Hauterivien ? Un âge géologique (132 millions d’années environ), qui succède au Valanginien. Le passage entre ces deux périodes se lit dans les affleurements jaune et gris des lieux. Avec le clou d’or, les scientifiques veulent marquer ce barreau sur l’échelle géologique.

Site géologique exceptionnel où chaque strate de marne- calcaire représente 20 000 ans de formation rocheuse, le Serre de l’Âne, dans la vallée de l’Oule, marque la jonction entre les périodes du Valanginien et de l’Haute-rivien. Comme en atteste (ci-dessous) la pose officielle d’un clou d’or.
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Site géologique exceptionnel où chaque strate de marne-calcaire représente 20 000 ans de formation rocheuse, le Serre de l’Âne, dans la vallée de l’Oule, marque la jonction entre les périodes du Valanginien et de l’Haute-rivien. Comme en atteste (ci-dessous) la pose officielle d’un clou d’or.
Pose officielle d'un clou d'or.
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Pose officielle d’un clou d’or.

Visiter le pays du vautour fauve

Coincées entre le Vercors et le mont Ventoux, les Baronnies provençales déploient ses cols et vallées encaissées dans un paysage semi-provençal semi-alpin, où garrigue et hêtraies verdoyantes se mêlent harmonieusement.
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Coincées entre le Vercors et le mont Ventoux, les Baronnies provençales déploient ses cols et vallées encaissées dans un paysage semi-provençal semi-alpin, où garrigue et hêtraies verdoyantes se mêlent harmonieusement.

Mais nul besoin d’être féru de géologie pour aimer les Baronnies provençales, ce massif de moyenne montagne entre le mont Ventoux et le Vercors. Les paysages s’imposent par leur beauté, leur ampleur et leur diversité. Gorges entaillées de rivières impétueuses, crêtes dentelées, sillons de marnes noires à l’aspect lunaire, longues barres rocheuses… Dans ce massif compartimenté, les cols et les gorges propulsent d’une vallée à l’autre, dans des ambiances provençales ou alpines, des garrigues ou des hêtraies. Le territoire, à cheval entre la Drôme et les Hautes-Alpes, est l’un des moins densément peuplé de l’Hexagone. Même si, ici et là, les tapis de lavande agrippés aux pentes rappellent la présence de l’homme, l’impression d’évoluer dans de grands espaces de solitude domine. Au point que cet espace sauvage aux falaises escarpées s’est révélé, il y a une trentaine d’années, propice à la réintroduction des vautours fauves. 

Doucement incliné, le plateau Saint-Laurent qui surplombe le village de Rémuzat dans la partie nord se signale de loin avec sa barre rocheuse parfaitement dessinée. Christian Tessier, longue-vue sur l’épaule, nous guide sur le sommet tabulaire jusqu’au rebord de la falaise frangé de genévriers. « Il y a 100 mètres de parois en dessous de nous, des vires, des cavités… Pour les rapaces, c’est un bon site pour nicher et s’envoler », détaille le président de l’association Vautours en Baronnies à l’origine du projet de réintroduction dans le massif.

Après avoir traversé des champs de lavande sur le plateau Saint-Laurent, Christian Tessier nous invite à observer les vautours fauves sur les sommets tabulaires. Équipé de sa longue-vue, le président de l’association Vautours en Baronnies sait tout de cette espèce sauvage, réintroduite ici à la fin des années 1990.
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Après avoir traversé des champs de lavande sur le plateau Saint-Laurent, Christian Tessier nous invite à observer les vautours fauves sur les sommets tabulaires. Équipé de sa longue-vue, le président de l’association Vautours en Baronnies sait tout de cette espèce sauvage, réintroduite ici à la fin des années 1990.

Observatoire des Baronnies provençales

À 780 mètres, le rocher du Caire est l’endroit où l’ornithologue accompagne les visiteurs pour des observations quasi garanties. L’air se réchauffe rapidement sur les parois exposées plein est, créant un courant vertical emprunté par les oiseaux pour s’envoler. Peu après notre arrivée, de larges ailes roussâtres se déploient en dessous de nous inaugurant un incroyable ballet de vautours fauves. La proximité avec les rapaces est telle qu’à leur retour vers les falaises, on les voit étendre leurs pattes avant comme un avion sortirait son train d’atterrissage.

« Avec une envergure qui peut atteindre 2,70 mètres, ils font partie des plus grands oiseaux d’Europe. Le premier vautour fauve a été lâché en 1996. Aujourd’hui, près de 300 couples nichent dans les Baronnies et jusqu’aux gorges de la Nesque, au sud du Ventoux. Cette espèce, qui vit en colonie, avait disparu du sud de la France depuis plus d’un siècle », confie le naturaliste. Le projet a ouvert la voie à un programme ambitieux, œuvrant aussi au retour du vautour moine (le plus grand des oiseaux d’Europe, qui niche sur la cime des hauts pins) à partir de 2004 et du gypaète barbu en 2016, deux espèces en voie d’extinction. Quant au vautour percnoptère, le plus petit d’Europe, il est revenu spontanément. L’exemple d’une cohabitation réussie entre les oiseaux charognards et les habitants ? « Il y a déjà eu des tirs de chasseurs et des empoisonnements des carcasses d’animaux visant le loup qui ont causé la mort des oiseaux, mais cela reste marginal. Grâce au travail de l’association qui collecte les charognes auprès d’eux, les éleveurs disposent de placettes d’équarrissage naturel », rappelle Christian Tessier. Et d’ajouter que les Baronnies provençales abritent désormais la plus grande colonie de vautours fauves de l’arc alpin.

Une toison qui vaut de l’or

dans la vallée de l’Ennuye, les chèvres angoras font les bonnes affaires du Mohair du moulin, ferme familiale lancée au début des années 1980.
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Dans la vallée de l’Ennuye, les chèvres angoras font les bonnes affaires du Mohair du moulin, ferme familiale lancée au début des années 1980.

Changement de décor dans la vallée de l’Ennuye, au sud de Rémuzat, la plus ouverte des dépressions qui façonnent les Baronnies. Sa topographie favorise les cultures : elle déroule une mosaïque de champs de céréales et de vergers. Ici aussi une espèce a été réintroduite. « Au début des années 1980, ma mère a été l’une des pionnières du retour de la chèvre angora en France »,raconte Isabelle Aubert dans une des prairies au-dessus de la ferme familiale, le « Mohair du moulin », à Saint-Sauveur-Gouvernet. Avec une toison blanche très bouclée, ces chèvres se distinguent facilement des brebis laitières dans le troupeau en train de chômer sous un chêne. « Leur poil, que l’on appelle mohair, est plus soyeux et plus long. Il mesure jusqu’à 15 centimètres. Il permet une tonte deux fois par an »,explique la trentenaire qui, avec son frère Vincent, a pris la relève de sa mère et possède désormais une centaine de têtes. « C’est un élevage qui ne s’improvise pas. L’épaisse toison peut cacher des blessures, un amaigrissement. Il faut être attentif à leur comportement », nuance-t-elle. Alors que le pastoralisme recule dans les Baronnies, la présence des troupeaux participe à maintenir les paysages ouverts. « On emmène les bêtes pâturer en altitude avec des chiens de protection et un système de double clôture électrifiée pour se prémunir des attaques du loup. Nous ne sommes pas anti-loup, on s’adapte à son retour. Parmi les mesures d’accompagnement dont nous bénéficions, il y a aussi la prise en charge d’un aide-berger quatre mois par an. » Le duo fait partie des 40 éleveurs sur 150 en France (dont dix dans les Baronnies provençales) qui arrivent à vivre de leur activité. Dans leur ferme, une boutique propose pelotes, écharpes, pulls et chaussettes en mohair. Si le précieux poil, léger et chaud, est transformé en dehors des Baronnies, dans le cadre d’un groupement, les Aubert sont présents aux deux extrémités de la filière. « Éleveur et vendeur, c’est notre principe pour mieux valoriser ce produit », souligne l’éleveuse.

Histoire tumultueuse

Le château d’Aulun, fortification du XIIe siècle au cœur de l’ancien fief des Mévouillon.
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Le château d’Aulun, fortification du XIIe siècle au cœur de l’ancien fief des Mévouillon.

Dans cette succession de vallées, de nombreux châteaux, souvent en ruine, couronnent les sommets ou les villages perchés. « Les Baronnies provençales tirent leur nom de deux familles, les Mévouillon et les Montauban qui se partageaient le territoire entre le XI e et le XIV e siècle. On leur doit les villages fortifiés et le réseau de châteaux. Celui d’Aulan appartenait au système défensif des Mévouillon », éclaire son propriétaire Jérôme Feuillas. La meilleure façon de découvrir cette sentinelle dans le sud-ouest des Baronnies, consiste à l’aborder depuis le sud en empruntant la route sinueuse des gorges d’Aulan sculptées par le Toulourenc.

Le canyon encaissé, tagué de piscines naturelles couleur céladon, est dominé par l’architecture XIXe siècle du château d’Aulan. « Il a été rebâti à cette époque, puis, à partir de 1933, mon grand-père s’est consacré à sa restauration. Il l’a ouvert à la visite dès 1958. C’est la seule demeure privée des Baronnies accessible au public », insiste le descendant du comte Charles de Suarez d’Aulan, au pied du donjon crénelé. Avec sa femme Annie, il poursuit l’œuvre familiale en guidant lui-même certaines visites et en dévoilant l’histoire de ses habitants. « Le château a accueilli des résistants du maquis du Ventoux et, plus tard, Jean Giono et René Char », aime-t-il préciser.

Des piscines naturelles couleur céladon ponctuent le parcours d’une trentaine de kilomètres qui mène au château d’Aulun depuis le canyon encaissé du Toulourenc. L’occasion d’une belle balade et de quelques pauses fraîcheur au fil de l’eau.
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Des piscines naturelles couleur céladon ponctuent le parcours d’une trentaine de kilomètres qui mène au château d’Aulun depuis le canyon encaissé du Toulourenc. L’occasion d’une belle balade et de quelques pauses fraîcheur au fil de l’eau.

Un art du tissage qui tourne rond 

À Nyons, l’atelier de la Scourtinerie évoque le temps de la révolution industrielle avec ses vieilles machines en métal. Parmi elles, l’appareil à tisser circulaire inventé au tournant du XXe siècle par Ferdinand Fert, fondateur de cette entreprise familiale, pour fabriquer des scourtins, ces filtres à poche ronds pour des pressoirs à huile. Il y a aussi une bobineuse etune tireuse qui ont l’air surgies du passé. Pourtant, les objets en fibre de coco qui sortent de l’atelier sont des plus tendances. Tapis d’ameublement, paillassons, corbeilles, sets de table… ronds ou ovales, ils reposent sur un design simple avec des cercles concentriques et arborent une palette de couleurs vivaces. Surtout, ces pièces évoquent la Provence et sa douceur devivre. C’est à l’aune des années 1960 que les Fert cherchent un nouveau débouché à leur savoir-faire en s’inspirant des Provençaux qui déposent les scourtins usagés devant leur porte. Désormais, ils fabriqueront des paillassons, puis des tapis et d’autres objets. « Aujourd’hui, le scourtin décoratif en fibre de coco représente 90 % de notre production. Le reste, ce sont des filtres pour l’industrie alimentaire », explique Sophie Villeneuve-Fert, membre de la cinquième génération, à la tête de l’entreprise avec sa mère et son oncle. Dans la manufacture située sur les rives de l’Aygues, un musée raconte l’histoire de la Scourtinerie, la dernière en activité en France. À l’étage, les visiteurs peuvent aussi observer les étapes de fabrication dans l’atelier qui emploie trois personnes. Au programme : bobinage des filsen écheveau, tissage sur la machine à cadre circulaire qui entrecroise la fibre sur de longues aiguilles et finitions au crochet, avant un dernier coup demarteau final.

Terre de lavande

À Ferrassières, surnommé le « Pays bleu », les champs de lavande prospèrent au milieu des bories, ces petites cabanes en pierre sèche typiques de la région. Sur son exploitation, Nathalie Busi cultive la Super Bleue, une variété très populaire.
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À Ferrassières, surnommé le « Pays bleu », les champs de lavande prospèrent au milieu des bories, ces petites cabanes en pierre sèche typiques de la région.

Près d’Aulan, les ruines de la forteresse de Montbrun-les-Bains ont aussi conservé une belle allure. Village perché en pierre sèche, Montbrun-les-Bains est le plus méridional et peut-être le plus photogénique des Baronnies provençales. Les vestiges du château, restauré et privé, couronnent les maisons étagées à flanc de colline comme dans une crèche. Sur la calade qui grimpe vers le beffroi ouvrant sur le centre médiéval face au mont Ventoux, les tilleuls exhalent un parfum suave. « Même si la production a beaucoup diminué depuis les années 1980 et que les marchés au tilleul ont disparu, l’arbre reste un marqueur du paysage des Baronnies. À partir de la seconde moitié du XIX e siècle, on l’a beaucoup planté le long des routes en proposant ensuite une cueillette par adjudication », détaille Gérard Chappon, enfant du pays et adjoint au maire de la commune.

Au sommet d’une calade étroite, le centre historique de Montbrun- les-Bains est accessible depuis le beffroi médiéval, appelé aussi la « tour de l’Horloge », bel exemple d’architecture défensive du xiiie siècle.
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Au sommet d’une calade étroite, le centre historique de Montbrun-les-Bains est accessible depuis le beffroi médiéval, appelé aussi la « tour de l’Horloge », bel exemple d’architecture défensive du XIIIe siècle.

La culture d’une autre espèce aromatique, très présente à l’état sauvage, s’est imposée. Quelques kilomètres plus au sud, les cordons de lavande qui ondulent au milieu des bories ont donné à Ferrassières le nom de « Pays bleu ». « Avec les pluies du printemps, nous avons pris du retard dans le binage et le déchaussage à la main », expliquent Nathalie et Jean-Pierre Busi dans leurs champs mouchetés de coquelicots. À près de 1 000 mètres d’altitude, la labiacée se plaît sur les terres pauvres, caillouteuses et drainantes de ces confins du plateau d’Albion. « On cultive la lavande vraie, mais aussi le lavandin à trois brins qui produit dix fois plus d’huiles essentielles », confie l’agricultrice. Mais ce sont les bouquets de lavande bleue, variété à la couleur vive, qui connaissent le plus desuccès. Coupés à la faucille, ils sont vendus sur place ou expédiés à Hyères chez un grossiste. La lavande est devenue l’ambassadrice des Baronnies provençales. Le mistral ne souffle-t-il pas des bouffées de son parfum camphré dans toutes ses vallées ?

À Ferrassières, surnommé le « Pays bleu », les champs de lavande prospèrent au milieu des bories, ces petites cabanes en pierre sèche typiques de la région. Sur son exploitation, Nathalie Busi cultive la Super Bleue, une variété très populaire.
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À Ferrassières, surnommé le « Pays bleu », les champs de lavande prospèrent au milieu des bories, ces petites cabanes en pierre sèche typiques de la région. Sur son exploitation, Nathalie Busi cultive la Super Bleue, une variété très populaire.