Se poster devant la gare d’Annemasse en fin de journée suffit à comprendre la ville. Le parvis est une vaste esplanade flanquée de bancs et aérée de parterres herbeux, point de convergence des pistes cyclables. Autour, des immeubles flambant neufs abritent un hôtel et des logements, dans une harmonie de teintes claires. De l’autre côté des voies, un écoquartier, l’Étoile, se développe. Plus loin, une chaufferie en bois se pique d’un esprit design avec des panneaux en verre coloré. Seule la halle Taponnier, ancien bâtiment de stockage de marchandises aux volumes grandioses récemment racheté par la Ville, reste dans l’attente d’un grand projet de réaménagement.
Un nœud ferroviaire à la frontière franco-suisse
Bientôt, la gare laisse échapper un flot de passagers qui vient se répandre sur le parvis comme la marée haute sur le sable, avant que tout le monde ne se disperse... jusqu’au train suivant. « Annemasse était un petit bourg sur un plateau au-dessus de l’Arve jusqu’à la fin du XIXe siècle. Situé au carrefour du Genevois, de la rive sud du Léman et de la vallée de l’Arve, proche d’Annecy et facilement raccordable à l’axe Lyon-Paris, il devient un nœud ferroviaire. L’arrivée du train provoque une explosion démographique au XXe siècle qui change le destin d’Annemasse », explique Guy Desgrandchamps, architecte conseil auprès de la mairie. Pour preuve, il nous montre le petit bâtiment blanc au soubassement de granit qui abrite, à une de ses extrémités, la maison des associations. « Voici la gare qui desservait la vallée du Giffre », éclaire l’expert.
Genève-Annemasse, desserte quotidienne
Si la ligne a été fermée en 1959, la desserte entre la ville d'Annemasse (et le bassin sud du Léman) et la Suisse n’a cessé de se densifier. Le Léman Express (RER transfrontalier) rallie Genève toutes les dix minutes en journée en plus de la ligne du tramway qui vient de s’agrandir avec trois nouvelles stations. Chaque jour, près de 30% des habitants de l’agglomération d’Annemasse vont travailler en Suisse, une ruée lancée dans les années 1960 quand taux de change et salaires minimum avantageux attirent les travailleurs français.
Quelle est la distance entre Annemasse, en Haute-Savoie, et Genève, en Suisse ?
Moins de dix kilomètres séparent la ville d'Annemasse, à proximité immédiate de la frontière suisse, et Genève. Les deux agglomérations sont reliées par un réseau de transports en commun qu'empruntent quotidiennement les travailleurs transfrontaliers.
Méli-mélo architectural dans le centre-ville
« La ville s’est construite à la vitesse du XXe siècle. C’est une sorte de laboratoire de l’architecture de cette époque », résume Guy Desgrandchamps avant de nous inviter à le suivre dans le centre-ville en cours de piétonnisation. Avec son œil aiguisé, il pointe les marquises sur les façades qui, dans les années 1960, abritaient les passants venus faire leurs achats. « Annemasse a toujours été une ville commerçante. Elle a aussi vu se déployer des activités industrielles comme le décolletage ou l’horlogerie, par ailleurs très présentes dans la vallée de l’Arve », insiste-t-il. L’architecture moderniste y est représentée avec notamment une MJC monumentale, signée Novarina, composée d’une structure métallique en exosquelette. Quant à Jean Prouvé, il a laissé sa griffe sur un bâtiment d’habitation près de la mairie, avec des éléments de façade en aluminium furieusement avant-gardistes. Les quelques cèdres qui percent ici et là le macadam ? « Des reliques de propriétés privées qui ont disparu avec l’urbanisation », analyse notre guide avant de nous montrer toutefois, rue Guillaume-Camps, quelques belles demeures bourgeoises aux accents régionalistes, en pierre et parements de bois.
À visiter : la Villa du Parc et la Maison des mémoires
Les grands arbres, on en retrouve dans l’agréable jardin de la Villa du Parc, qui abrite un centre d’art contemporain. À visiter, avant ou après la Maison des mémoires, musée inauguré le 8 novembre 2025 qui retrace l’histoire de la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale.
Le Salève, belvédère favori de la population
Prisé le week-end des Annemassiens et habitants de la région, le Salève dresse son échine d’une vingtaine de kilomètres au-dessus de la plaine. Le Genevois Horace Bénédict de Saussure, le premier à avoir réussi l’ascension du mont Blanc, aimait herboriser sur ses sentiers et y étudier les blocs erratiques de granite charriés par les glaciers du Rhône et de l’Arve. En quelques minutes, la cabine du téléphérique nous propulse à 1 100 mètres d’altitude, survolant le versant abrupt du Salève éventré d’une carrière et entrecoupé de falaises calcaires où l’on voit baguenauder quelques chamois téméraires. (Tarif : 18 euros aller-retour. Site internet : telepherique-du-saleve.com)
Le lac Léman et les montagnes comme décor
Architecture en béton et lignes pures, la gare d’arrivée est un petit bijou des années 1930 dont la récente réhabilitation a été récompensée par le prestigieux prix d’Équerre d’argent 2024. Le Léman et le Jet d’eau de Genève captent immédiatement l’attention. « À l’automne, quand la brume vient matelasser la surface du lac et priver la ville suisse de lumière, ses habitants viennent ici pour profiter du soleil. La proximité de Genève a également fait du Salève un lieu d’expérimentation des sports de montagne. La varappe est née là, quand de jeunes grimpeurs genevois ont escaladé et descendu la gorge des Grandes Varappes, sur le versant nord, à la fin du XIXe siècle », explique Estelle Couchouron, la directrice du syndicat mixte La Maison du Salève. Des gorges, des grottes, des sentiers alpins le long des falaises ou des itinéraires plus accessibles parmi les hêtres, les sapins et les tilleuls ou au bord des pâturages... Le Salève annonce la haute montagne et la tutoie. Dès la gare haute du téléphérique, le regard embrasse les massifs du Jura, des Voirons, du Chablais, du Haut-Giffre et du Mont-Blanc dévoilant l’aiguille Verte et la muraille des Grandes Jorasses. La promesse de belles échappées.