Évian-les-Bains, la belle du lac Léman
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Évian-les-Bains, la belle du lac Léman

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C'est la plus suisse des villes françaises. Avec son front de lac paisible, ses rues proprettes et son atmosphère ouatée, Évian-les-Bains offre un visage souriant. Si l’on arrive par bateau depuis Lausanne, la cité apparaît alors au-dessus du miroir d’eau, adossée sur sa colline que domine la dent d’Oche (2 221 m), emblématique sommet du Chablais. En approchant, on distingue de fastueux bâtiments : le toit oriental du casino, le dôme du Palais Lumière, l’immense façade de l’hôtel Royal...

Deux siècles de thermalisme

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À la fin du XIXe siècle, la Belle Époque a transformé le petit port de pêche en une station thermale huppée. On sait ce que l’atmosphère de ce type de lieu peut avoir de suranné, mais Évian échappe à la règle. Depuis une vingtaine d’années, la ville redécouvre son patrimoine, le restaure, s’invente une riche vie culturelle. Et a misé sur le golf avec la création de l’Evian Masters en 1994, devenu depuis The Amundi Evian Championship. Son éclat, Évian le doit à son eau de source, connue dans le monde entier. Au XVIIe siècle, c’est pourtant à Amphion que l’on venait prendre les eaux. La ville n’était alors qu’une bourgade insignifiante : on y logeait, c’était bien assez. En 1790, la découverte des bienfaits diurétiques de la source Cachat, l'une des nombreuses sources de la ville, décide de son destin thermal. 

L'histoire de la source Cachat

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Un noble auvergnat, le comte de Laizer, qui souffrait de la gravelle, remarqua alors que son état s’améliorait lorsqu’il buvait l’eau située dans le jardin d’un dénommé monsieur Cachat. Des analyses soulignèrent l’efficacité de ces eaux dans le traitement des affections urinaires. Un homme d’affaires genevois, François Fauconnet, exploita les eaux minérales et fit édifier un établissement thermal sur l’emplacement de l’actuelle buvette Cachat. La nouvelle d’une eau guérisseuse se répandit et, après les thermes, un théâtre, un casino et une suite d’hôtels de prestige furent rapidement construits. Évian a vu les plus grandes célébrités venir se soigner sur les rives du lac Léman jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, avec un pic dans les années 1920. Les Évianais continuent depuis de remplir leurs bouteilles chaque jour à la source, dont l’eau acratopège jaillit d’un robinet fixé sur un mur en mosaïque, sous une demi-rotonde Belle Époque. En face, un étrange beffroi signale la buvette Cachat. Le gotha mondain venait se soigner dans ce « temple de l’eau », sorte de pavillon de bois coiffé d’une coupole de tuiles, et orné de vitraux et de boiseries ouvragées. Il faut imaginer le ballet des donneuses d’eau et les mouvements étonnés des curistes juchés sur les étranges instruments de mécanothérapie que l’on aperçoit à travers la vitre.

Des rives françaises aux rives suisses

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Aujourd’hui, la ville prospère toujours grâce à la notoriété de son eau, riche en calcium et en magnésium, propriété du groupe Danone, le principal employeur de la ville. Avec 1,5 milliard de bouteilles vendues par an, l’eau minérale d’Évian est la plus consommée dans le monde. Pourtant chaque jour, une grande partie des habitants quittent la ville. Qu’on se rassure, ils reviennent chaque soir par le bateau de Lausanne : les « pendulaires » (Français travaillant en Suisse, ndlr) savent bien que l’air est tout aussi pur de ce côté-ci du Léman. 

Activités et décors d'hier remis au goût du jour

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Si, aujourd’hui, l’eau est produite à Amphion, à 7 kilomètres d’Évian, on peut encore voir la première usine d’embouteillage de la station, bâtie dans un style régionaliste, à gauche de la buvette Cachat. Non loin, le Palais Lumière, rénové en 2006, abrite les anciens établissements thermaux. L’édifice, serti de briques vernissées et surmonté d’une haute coupole, en impose par sa taille autant que par la richesse de ses décors intérieurs. Dans le hall, le regard se perd entre les paysages d’Arcadie d’Albert Besnard, les statues de nymphes aux quatre fontaines d’angle, les iris et les nénuphars emprisonnés dans la transparence des verrières... L’eau s’écoulait en permanence dans des vasques de marbre rouge. Le Palais Lumière abrite désormais un espace culturel et un centre de congrès. Les thermes actuels, au design plus contemporain, dispensent leurs soins aux curistes un peu plus loin sur le front de lac. Si cette activité n’est plus ce qu’elle était il y a un siècle, la ville jouit encore de son patrimoine thermal. Le casino, incontournable dans toute ville d’eau, évoque ici la mosquée Sainte-Sophie d’Istanbul avec son étonnante coupole néobyzantine.

Balade autour du Palais Lumière

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Derrière le Palais Lumière, la station basse du funiculaire de 1907 a conservé ses carreaux de faïence biseautée et son guichet en bois. Comme jadis les clients des hôtels Royal ou Splendide, on peut emprunter les voitures de ce funiculaire à traction électrique de mi-mai à mi-septembre. Et l’eau ? Elle coule toujours en multiples rus, à l’instar du Nant d’Enfer, torrent capricieux transformé en 2011 en chemin paysager bordé de berges engazonnées. Quant au Léman, on s’y jette chaque jour en été.

Où puis-je me baigner à Évian ?

Au choix, sur la plage ou à la piscine, conçue en 1966 au bord de l’eau par l’architecte Maurice Novarina.

La villa Lumière, demeure Belle Époque

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Dans le centre-ville, la villa Lumière est sans doute la plus célèbre des demeures Belle Époque. C’est le siège de l’hôtel de ville depuis 1927. Derrière la façade Louis XIII, le style est grandiloquent : dorures et onyx brillent de mille feux dans le salon doré, tandis que la cage d’escalier est surchargée de boiseries en chêne, de bas-reliefs en bronze et éclairée par un lustre en fer forgé. La villa servait de résidence d’été à la famille Lumière. Les inventeurs du cinématographe, les frères Auguste et Louis, y séjournèrent souvent, comme le signale un putto tenant une caméra sur l’imposte au-dessus de la porte d’entrée. Ailleurs, les villas marient tous les genres : de la demeure néoclassique un rien hautaine au manoir anglo-normand, du châtelet alsacien au cottage anglais...

Fastes 1900 et hôtels de luxe

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Les hôtels Royal et Ermitage perpétuent la tradition des palaces thermaux. Le premier s’étend au-dessus d’Évian-les-Bains avec majesté. Inauguré en 1909 et rénové en 2015, il doit son nom au roi d’Angleterre, Édouard VII, qui mourut avant d’avoir pu y séjourner ! Sacha Guitry, Greta Garbo, l’Aga Khan, Maurice Chevalier... jusqu’à François Hollande et Angela Merkel : de nombreuses célébrités y ont logé. Sans doute certains ont-ils éprouvé là ce que Marcel Proust écrivait de sa chambre du Splendide : « Ce lac qui est devant moi n’est plus un spectacle dont j’aie à chercher la beauté, c’est l’image d’une vie longtemps vécue et dont la beauté et le charme retentissent trop vivement dans mon cœur pour que j’aie besoin de chercher en quoi elle consiste. »

Les séjours de Proust à Évian

En 1893, au retour d’un voyage en Engadine, Marcel Proust séjourne une semaine à Évian-les-Bains. Il y reviendra à quatre reprises, de 1899 à 1905, le temps pour lui de soigner son asthme et d’observer la petite société aristocratique. Proust logeait à l’hôtel Splendide, un palace situé au-dessus de la buvette Cachat, détruit en 1983. Mettre ses pas dans ceux de Proust revient à se plonger dans les fastes de la Belle Époque. Cap sur Amphion, près d’Évian, où se cache la villa Bassaraba, demeure de la princesse de Brancovan, qui inspira le personnage de la marquise douairière de Cambremer. La petite société de curistes fortunés se retrouvait dans les salons des villas privées, construites autour des grands hôtels. Parmi elles, la Sapinière, palais néo-Renaissance posé au bord du plus grand lac d'Europe occidentale. Son clocheton est emprunté à la Villa Médicis, ses bas-reliefs en façade sont signés Alexandre Falguière et les frontons de pierre du hall, d’Auguste Rodin, pas moins !